À la rencontre d’un agriculteur
Lors des « Rencontres de Nazareth » du mardi 11 février sur le thème Transmission, conviction, enjeux, vus du monde agricole, nous avons eu la joie d’écouter le témoignage d’un arboriculteur-viticulteur de Saint-Péray, Benoît Nodin. Un temps riche en partage de ses difficultés, questions, joies et convictions.
Il a repris l’exploitation familiale, implantée depuis 4 générations et dispose aujourd’hui de 2 ha de vigne et plus en arboriculture, principalement des abricotiers. Pour diversifier sa production, il s’est également lancé en maraîchage.
Il a également pris la présidence du syndicat des viticulteurs de Saint-Péray, lui a redonné une dynamique en œuvrant pour donner une notoriété au vin de Saint-Péray, entouré de crus d’exception aux noms si évocateurs : Cornas, Hermitage, Crozes Hermitage, Saint-Joseph. Sa grande victoire a été de fédérer les viticulteurs autour de ce projet, de les faire mieux se connaître entre eux et échanger sur leur travail. Afin de valoriser leur cru, ils se sont mis en lien avec de jeunes restaurateurs formés, pour certains, chez Pic.
Benoît Nodin nous a donc parlé de transmission. Qui dit transmission dit succession et donc division des terres, avec parfois éparpillement géographique. Il faut donc reconstituer un domaine, racheter des terrains à la famille élargie ou au gré des opportunités, ce qui n’est pas aisé car la pression immobilière est forte. Il faut absolument préserver les espaces agricoles.
Il nous a également parlé des différents enjeux qui touchent le monde agricole et, en premier lieu, la gestion de la main-d’œuvre. La diminution de la main-d’œuvre familiale sur les exploitations du fait d’une réglementation excessive entraîne des surcoûts. La main-d’œuvre représente 40 à 50 % du chiffre d’affaires en termes de charges. Et il faut continuer à produire au même prix, voire moins cher, et toujours d’aussi bonne qualité. Et comme dans d’autres secteurs, l’agriculture peine à trouver du personnel fiable et à le garder sur plusieurs années.
Un second enjeu, de taille, concerne l’environnement et le changement climatique. Cultiver en bio est très compliqué en arboriculture. Les arbres et les fruits sont fragiles et il faut faire face à de nombreux bio-agresseurs. Désherber manuellement augmente le coût de 300 %.
Et puis, il y a des non-sens : par exemple la culture de la cerise devient quasi-impossible en France, du fait de l’interdiction d’utiliser des produits efficaces pour lutter contre la mouche, parasite de la cerise. Mangerons-nous donc des cerises venant de Turquie, traitées avec ces mêmes produits interdits en France ?
Les changements climatiques empêchent d’avoir une vision sur le long terme. Quel visage aura la vallée du Rhône d’ici 10 ans ? Besoins en eau pour les agriculteurs mais aussi sûrement pour la population…
L’agriculture parviendra-t-elle encore à nourrir la France ?
Les aléas climatiques sont de plus en plus réguliers et puissants et l’agriculture les prend de plein fouet. Les sécheresses ont entraîné une mortalité accrue des arbres et des plants de vigne.
Le gel tardif fait perdre une saison entière de production. L’agriculture peine à s’adapter. La recherche n’est pas suffisante. De plus, les attentes vis-à-vis de l’agriculture sont très exigeantes. Le monde agricole ne parvient pas à évoluer aussi vite.
Mais nous avons cependant conclu sur une belle note d’espérance avec le témoignage d’agriculteurs revenant des Journées paysannes organisées chaque année à Paray-le-Monial : la présence de nombreux jeunes, agriculteurs ou en formation, non issus forcément du monde agricole et dynamiques, volontaires, heureux et confiants.
Et quelques pépites : « Dans le monde agricole, nous sommes tout le temps en contact avec la vie, la vie est toujours devant nous et c’est elle qui nous tire en avant. Et cette vie nous met en relation avec Dieu car qui fait pousser le vivant ? On essaye de faire ce qu’on peut, si on y arrive tant mieux, si on échoue, tant pis. Ce n’est pas là l’essentiel, l’essentiel est de rejoindre Celui qui nous donne la Vie et de Lui faire confiance. (…) Nous vivons avec la nature et la réussite ne dépend pas uniquement de notre travail. Beaucoup de paramètres rentrent en jeu. (…). Et cela nous montre que, profondément, nous ne sommes pas faits pour vivre ici-bas ».
Tout en étant acteur de notre monde, notre vocation, c’est l’éternité…
Merci à la maison Nazareth de nous offrir ces temps d’ouverture sur une thématique ou un secteur d’activité particulier. Toujours pour mieux se connaître et s’accueillir. Nous en redemandons !
Valentine Rolin
Paroisse Saint Martin de la Plaine de Valence