Saints pour témoigner de la Sainteté de Dieu

Le 7 septembre, devant 80 000 fidèles réunis place Saint-Pierre, le Pape Léon XIV a canonisé deux Italiens nés au XXème siècle, et morts jeunes, l’un à 15, l’autre à 24 ans. Il les a donc proclamés saints. Pourtant, à chaque messe, seul Dieu est reconnu, loué, chanté comme Saint. Il convient donc de dépasser ce paradoxe en éclairant la notion de sainteté, en montrant qu’elle peut être un chemin de vie, en discernant dans le vécu de Pier Giorgio FRASSATI et Carlo ACUTIS ce qui a mené à leur inscription au canon des saints : 4 juillet pour le premier, 12 octobre pour le second

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Dire dans la Bible que Dieu est Saint, c’est le reconnaître comme le tout autre par rapport à tout le créé. Mais cette transcendance n’est pas isolement, Il est tout autre parce qu’Il est tout amour, Il est donc Dieu vers nous, entrant en relation avec nous qu’Il appelle à participer à sa Sainteté, c’est-à-dire à sa vie d’amour. Si nulle créature ne peut franchir seule la distance d’avec son créateur, l’histoire de la Révélation nous montre en effet que, dès les commencements, Dieu prend l’initiative de nous rejoindre : la Parole est l’instrument de son dialogue avec l’homme, transmise par les prophètes au peuple d’Israël qu’Il a élu, c’est-à-dire mis à part pour remplir une mission, puis incarnée en Jésus, lui le « Verbe fait chair [qui] a habité parmi nous » (Jn 1,4), Saint lui aussi, car « engendré, non pas créé, consubstantiel au Père ». Et, parce que Jésus est Saint, les croyants en Christ le sont aussi (cf. Paul en 1Co 1,2), non pas sur la base d’une perfection morale difficilement atteignable, mais parce que, par leur baptême, ils ont été plongés dans la mort et la résurrection du Christ « venu dans le monde pour que le monde soit sauvé » (Jn 12,47). Eux aussi sont mis à part pour vivre en relation avec le Seigneur. Leur sainteté est donc ontologique : c’est l’appel reçu et accueilli qui les transforme et les amène à vivre en saints, avec l’aide de l’Esprit promis et envoyé par le Seigneur.

« Deviens ce que tu es », cette injonction de Nietzsche (!) définit parfaitement le programme de vie du disciple du Christ. En effet, le baptisé est convié à reconnaître que Dieu, qui l’a créé à son image, l’appelle à s’ajuster de plus en plus à Lui, pour être aux yeux du monde le reflet de sa Sainteté. Tendre vers la sainteté donnée par grâce au baptême, c’est vivre en relation avec le Seigneur à chaque instant de sa vie pour être comme Lui dans une relation de bienveillance, d’amour avec les autres, chacun étant son prochain. Ce n’est pas forcément accomplir des actes exceptionnels, même si l’hagiographie regorge de récits merveilleux, c’est, dans l’ordinaire des jours, « ne pas gaspiller sa vie en dehors du projet de Dieu » (Léon XIV) ; c’est se libérer des sollicitations du monde qui réduisent souvent en esclavage ceux qui y sont trop soumis ; c’est faire de sa vie un témoignage de la Sainteté, participant ainsi à faire connaître sa Gloire. C’est la mission à laquelle il a été envoyé : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19), et acceptée librement, car à la grâce divine répond la liberté de l’homme.

Si la mission des chrétiens est d’aider à mieux rencontrer Dieu, il est sûr que certains sont plus aidants que d’autres ! C’est pourquoi l’Eglise les érige en exemples afin qu’après leur mort ils demeurent aussi rayonnants qu’ils l’étaient de leur vivant. En canonisant Pier Gorgio FRASSATI et Carlo ACUTIS, l’Eglise veut en faire des sources d’inspiration pour les jeunes d’aujourd’hui qui s’en sentent proches. Le premier s’est manifesté par sa foi et sa charité bien ancrées dans sa vie d’étudiant et d’alpiniste. « La charité, voilà la fin à laquelle je veux tendre avec la grâce de Dieu ». Membre des jeunesses catholiques, il aurait voulu faire advenir une démocratie chrétienne et s’oppose fermement à Mussolini arrivé au pouvoir en octobre 1922, à ses Chemises noires, et à ceux qu’il trouve trop accommodants à leur égard. Son précoce souci des pauvres, des sans terre très nombreux dans l’Italie rurale des années 1920, l’amène très tôt et dans la discrétion à leur venir en aide. C’est d’ailleurs alors qu’il les visitait qu’il contracte la poliomyélite qui l’emporte en 1925. Le second est parfois appelé « le geek de Dieu », car, très tôt, il utilise l’informatique pour transmettre la Bonne Nouvelle. Il est donc un précurseur de l’évangélisation sur internet. Les deux, bien ancrés dans leur temps, comme le montre la tenue vestimentaire de Carlo ACUTIS, rayonnaient d’une joie profonde, « la tristesse doit être bannie des cœurs animés par la foi » (Pier Gorgio FRASSATI), et d’une grande foi eucharistique, participant quotidiennement à la messe, et invitant à s’approcher le plus souvent possible de la Table eucharistique pour y « puiser la force du combat contre les passions et l’adversité » (id.). Carlo ACUTIS parlait d’ailleurs de l’Eucharistie comme de son « autoroute vers le ciel ».

Si la Sainteté n’appartient qu’à Dieu seul, nous sommes tous appelés, quels que soient notre âge et notre existence, à la désirer. Jésus lui-même ne nous a-t-il pas dit « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Et pour cela, suivons-le, lui qui est « le chemin, la vérité, la vie », lui qui nous assure que « personne ne va au Père si ce n’est par [lui] » (Jn 14,6). Ainsi, comme nous y invite notre Pape : « ne gâchons pas notre vie, orientons-la vers le haut pour en faire un chef d’œuvre ». Oui, vraiment, devenons ce que nous sommes devenus par l’accueil de la Parole !

Anne-Marie Jammes