Saint François de Sales en son milieu

Le 11 décembre, à Montvendre, Mgr Alain Planet nous a introduits à la connaissance de François de Sales avec lequel la Paroisse nous invite à cheminer cette année. Il nous a présenté, avec une érudition teintée d’humour et s’autorisant de nombreuses anecdotes liées à l’histoire locale, le « background » de François de Sales afin que nous puissions entrer ultérieurement dans sa spiritualité, aidés en cela par les interventions de Mgr JC Lagleize (conférence à venir le 15 janvier). Le cadre alors brossé consiste en un état, la Savoie troublée par des difficultés nées entre autres de la guerre, et un moment de combats religieux, à tout le moins d’intenses controverses.

 

François naît en 1567 au château de Sales, près de Thorens en Savoie. Cet état est alors un duché s’étendant à la fin du XVème siècle du lac de Neufchâtel à Nice et de la Bresse à Turin. C’est donc un vaste état, fief du Saint Empire romain germanique, jouissant d’une autonomie certaine ; sa capitale est alors Chambéry. Mais il attire régulièrement les convoitises de ses voisins : les Bernois, les Habsbourg, la France. Il connaît ainsi de nombreuses invasions. Plusieurs fois démembré, il est aussi reconstitué à plusieurs reprises mais dans un cadre plus étroit. Il perd ainsi le Genevois, puis les régions séquaniennes (Bresse…), et se recentre autour de Turin, érigée en capitale en 1562, tout en restant sous l’influence française.

 

La vie de François de Sales se déroule donc dans un pays en guerre, plusieurs fois ravagé par les différentes troupes, qu’elles soient ennemies ou alliées d’ailleurs, appauvri par une lourde fiscalité nécessaire pour assumer le coût des politiques souvent aventureuses des souverains successifs ; ainsi la bataille de l’Escalade en 1602, échec cuisant devant Genève définitivement perdue. Les épidémies y sont nombreuses, et les récoltes souvent insuffisantes, les dommages résultant des guerres s’accompagnant de rigueurs climatiques liées à l’inscription de cette période dans ce que l’on a appelé le petit âge glaciaire. La famine peut sévir, ou au moins la disette, engendrant surmortalité et émigration vers les états germaniques et le royaume de France, ce qui provoque une forte diminution de la population. Les guerres et les « grandes et petites misères » qu’elles provoquent (Misères et les Malheurs de la guerre, gravures de Jacques Callot) n’épargnent pas la France voisine qui se déchire depuis 1562 entre protestants et catholiques organisés en « parti » ou en « ligue », autour des grandes familles du royaume ; ce que l’histoire appelle « les guerres de religion » – même si l’expression « guerres civiles » conviendrait mieux – auxquelles il sera mis fin en deux temps : la promulgation de l’Édit de Nantes en 1598 par Henri IV, et la paix d’Alès (ou « édit de grâce »), accordée par Louis XIII en 1629.

 

La vie de François de Sales s’inscrit aussi dans un contexte difficile de remises en question religieuses. Il naît trois ans après la mort de Calvin qui a fait de Genève, dès 1541, la capitale du calvinisme, et quatre ans après la fin du Concile de Trente organisant la réforme catholique contre la diffusion de ce même calvinisme. Ainsi le Concile rétablit la discipline dans l’Église, par la création des séminaires. Les dogmes du catholicisme sont désormais bien définis et consignés dans le « Catéchisme romain » rédigé en 1566 par Charles Borromée. Enfin, la reconquête spirituelle est assurée par la création de nouveaux ordres religieux, comme celui des Théatins dont la doctrine s’appuie sur le vœu de pauvreté.
François de Sales fera de l’ouvrage de l’un d’entre eux, Le combat spirituel de Laurent Scupoli, son livre de chevet. La France, où François de Sales se rend plusieurs fois, est justement touchée au début du XVIIème siècle, ce « Grand siècle des âmes » (Daniel-Rops), par ce mouvement de renouveau catholique ; ainsi, des couvents s’y réforment, comme celui de Port Royal, avec l’abbesse Angélique Arnaud ; la piété s’y développe dans un mouvement spirituel, « l’humanisme dévot » ; et la pratique de la charité y progresse avec l’œuvre de « Monsieur Vincent » (Saint Vincent de Paul) ; la vie contemplative y connaît un nouvel essor, avec Jeanne de Chantal. C’est aussi l’époque des controverses attisées par le durcissement de la confessionnalisation entre catholiques sur la question de la grâce, question d’ailleurs au cœur du calvinisme, avec la prédestination. Le Concile de Trente a laissé aux fidèles une certaine liberté d’interprétation : dans quelle mesure l’homme est-il libre d’assurer son salut à partir de la grâce reçue de Dieu ? Dans quelle mesure le salut ne dépend-il pas essentiellement de la seule volonté divine ? Les Jésuites accordent une large place au libre-arbitre, tandis que d’autres, qui formeront le mouvement janséniste, insistent sur l’importance décisive de la grâce.

 

Appelé Monsieur de Genève, car nommé en 1602 évêque de ce diocèse savoyard… dont le siège est fixé à Annecy en 1564, diocèse dont la moitié des fidèles étaient passés au calvinisme, François de Sales eut donc à se poser, dans un contexte géopolitique, religieux, intellectuel difficile, le problème de la lutte contre la Réforme. Comment a-t-il œuvré en ce milieu complexe ? C’est ce que nous dévoileront la prochaine conférence et notre pèlerinage paroissial. Donc, comme il nous a été recommandé de le faire : let’s book a date… en fait, deux : 15 janvier et 9 mai.

Anne-Marie Jammes