« Il fut mis au tombeau, il ressuscita le troisième jour. »
« Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » Tel est le salut que les orthodoxes échangent pendant tout le temps pascal ; il met en lumière la définition de la fête de Pâques : solennité de la Résurrection du Christ. C’est la plus grande fête chrétienne, celle dont la célébration est attestée dès le IIème siècle. Depuis le Concile de Nicée en 325, la date en est fixée au premier dimanche qui suit la Pâque juive, elle-même célébrée lors de la première pleine lune après l’équinoxe de printemps ; d’où la variation annuelle du quantième et du mois du dimanche de Pâques : entre le 22 mars et le 25 avril. Son importance est attestée par la comparaison suivante : dans l’année liturgique il faut quatre dimanches et au maximum quatre semaines pour se préparer à Noël dont le temps se poursuit les trois dimanches suivants, quarante jours de Carême pour revenir à Dieu, alors que le temps pascal se prolonge durant cinquante jours, formant, selon Athanase d’Alexandrie « un grand dimanche ». Comment approcher ce mystère au cœur de la foi chrétienne, celui de la Résurrection d’entre les morts de Jésus de Nazareth, au « troisième jour », le Jour de Dieu selon Osée ? Peut-être par trois concepts : passage, rencontre, bouleversement.
Pâques est d’abord un passage. Le choix précoce de la date de sa célébration met en évidence le lien avec la Pâque juive, Pessah, dont l’étymologie signifie passage. à la fois celui de l’Ange du Seigneur « passant outre » les demeures marquées du sang des agneaux immolés, pour aller frapper les premiers nés d’Égypte ; et celui du peuple d’Israël à travers la Mer Rouge sous la conduite de Moïse les menant de l’esclavage à la liberté. D’ailleurs, c’est dans le contexte de Pessah que Jésus a souffert sa Passion, lui qui est désigné comme l’Agneau de Dieu, le véritable agneau pascal. Pour les chrétiens, ce passage est celui de Jésus, « son heure était venue de passer de ce monde à son Père » (Jean 13, 1). C’est sa traversée radicale de la mort, annoncée lors de sa Transfiguration et de sa montée à Jérusalem, mais incomprise par les disciples. C’est aussi, pour l’humanité, la libération de l’esclavage du péché et de la mort : par amour, Dieu fait homme s’est abaissé jusqu’à la mort sur la croix pour élever à Lui tous les hommes ; ainsi, en Christ, tous sont appelés à cette vie nouvelle. « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui sont morts […] En Christ tous recevront la vie. » (1Co 15, 20.22).
Pâques est aussi le temps de la rencontre avec le Ressuscité, expérience inouïe vécue dans la foi par les disciples ; car Jésus n’est pas apparu à tout le peuple, mais seulement à ceux qui l’avaient suivi pendant sa vie terrestre. Dans Matthieu, il vient vers Marie-Madeleine et l’autre Marie déjà averties de sa résurrection par l’ange sur le seuil du tombeau. Chez Jean, il se manifeste à Marie-Madeleine éplorée devant le sépulcre vide, aux disciples derrière les portes verrouillées. Chez Luc, il chemine avec Cléophas et un autre disciple ayant quitté Jérusalem et faisant route vers Emmaüs, leur expliquant dans les écritures ce qui le concernait. La rencontre est toujours à l’initiative du Ressuscité, intervenant de manière inattendue, et ne provoquant pas une reconnaissance immédiate ; d’une part, dans le peuple d’Israël du Ier siècle la résurrection n’est attendue, pour ceux qui y croient, qu’à la fin des temps, d’autre part, le Christ est à la fois le même et un autre, et c’est par une parole ou un geste renvoyant à son parcours terrestre qu’il se dévoile : « Marie », présentation des plaies de la crucifixion, fraction du pain. Et, ce faisant, il transforme radicalement ceux qu’il rencontre.
Pâques est ainsi le temps du bouleversement. C’est d’abord celui de l’ordre naturel des choses : Benoît XVI parle d’un « saut ontologique ». Jésus n’est pas simplement réanimé comme le jeune de Naïm, la fille de Jaïre ou Lazare ; en passant vers l’infini de Dieu, il est entré dans une vie différente, nouvelle, qui s’affranchit des contraintes spatiales et temporelles. Par le roulement de la pierre et la présence d’anges, le tombeau, signe de mort implacable est devenu lieu de vie. Bouleversement aussi des bénéficiaires de la rencontre : les évangiles insistent sur la joie des femmes, celle des disciples, leur empressement à vérifier la nouvelle inouïe, à raconter cette expérience pourtant difficile à rapporter. La quête du cadavre du Crucifié est remplacée par la foi en Christ ressuscité ; celle du « disciple que Jésus aimait », béatitude énoncée avec Thomas : « Heureux ceux qui sans avoir vu ont cru » (Jn 20,29), puisque c’est le constat de l’absence du corps qui provoque le saut dans la foi ; celle de Marie reconnaissant en Jésus le Seigneur, celle de Thomas passant du refus de croire au témoignage des autres disciples, à la proclamation « mon Seigneur et mon Dieu ! ». Pâques est donc le retournement complet des disciples passant des larmes à la joie, du doute de la nuit à la lumière de la foi, de l’enfermement craintif au départ en mission.
Ainsi, au matin de Pâques, la découverte du tombeau vite n’est pas la négation de la mort : le corps crucifié de Jésus y a bien été déposé, et nul n’est exempt de passer par elle. Mais désormais, la mort n’a plus le dernier mot : la vérité ultime appartient à une force plus haute, celle de Dieu. Le Crucifié est le Ressuscité, le Vivant entré dans la vie de Dieu et entraînant dans la vie éternelle tous ceux que son Père lui a donnés. Il se rend présent à eux dans l’écriture et l’Eucharistie. Christ est ressuscité ! Alléluia ! Que ce cri d’allégresse résonne en nous et soit porté aux extrémités de la terre, jusqu’à la fin des temps !
Anne-Marie Jammes
Paroisse Saint Martin de la Plaine de Valence