Cheminer dans les vieilles rues d’Annecy avec François de Sales

Le 9 mai, une cinquantaine de paroissiens a vécu la dernière étape du chemin entamé à l’automne menant à la découverte de Saint François de Sales : un pèlerinage à Annecy.

7h, départ de Nazareth pour la ville où il vécut en tant qu’évêque de…Genève (!), dans le difficile contexte de la Contre-réforme découlant des décisions du concile de Trente en réaction à la Réforme protestante.

Ainsi, après avoir été éclairés sur l’environnement de François de Sales, sa vie et son œuvre, les paroissiens étaient invités à mettre leurs pas dans les siens, guidés par Mgr. Lagleize.

Premier temps du voyage, dans le bus nous est proposé un quiz sur le saint patron des écrivains et journalistes, afin de nous remettre en mémoire ce que les deux conférences et les rencontres organisées autour des « lettres » de cet auteur prolifique, « reçues » pendant le Carême. C’est donc après avoir révisé le sujet que nous avons entamé, avec Mgr. Lagleize, la visite de la vieille ville d’Annecy, nous arrêtant d’abord dans la chapelle de la Galerie.

Au départ simple maison en bord de lac, elle fut achetée en 1610 par Jeanne de Chantal et François de Sales pour y installer l’ordre nouvellement fondé des sœurs de la Visitation Sainte Marie, dont la tâche principale était bien sûr l’oraison, mais ils gardaient aussi un lien avec le monde en allant régulièrement visiter les malades.

L’affluence des vocations – l’ordre étant ouvert à toutes, riches ou pauvres, bien portantes ou de santé plus fragile – conduit à la construction d’un monastère dont l’église Saint François était la chapelle, reconstruite en 1642 pour accueillir les tombeaux des fondateurs, qui y resteront jusqu’en 1793.

Nos pas nous ont menés ensuite à la cathédrale dont François devenait le prévôt à la fin de l’année 1593. À l’occasion de son installation il prononce une harangue sur la reconquête de Genève où Calvin avait mis le catholicisme hors la loi. Le panneau central de la chaire rappelle le moment où le visage de François semble frappé par le rayonnement de l’Esprit Saint, tandis qu’à rebours du discours guerrier attendu, il prêche la prière, la pénitence, la conversion, en particulier celle des ecclésiastiques « pervers ».

« C’est par la charité qu’il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu’il faut l’envahir, par la charité qu’il faut la recouvrer. » Après tout, sa devise n’était-elle pas « rien par la force, tout par l’amour » ?

Arrêt ensuite à Notre-Dame de Liesse où fut exposé en 1566 le Saint Suaire de Turin, devant lequel la future maman de François pria pour concevoir un premier fils, qui naquit l’année suivante.

Enfin, visite de l’église Saint-Maurice où, plus qu’à la cathédrale trop petite, François enseigna le catéchisme aux enfants, aux familles, aux femmes, aux hommes, les prêches, annoncés par des jeunes parcourant les rues revêtus d’un surplis vert et agitant une cloche, étant très courus ! Dans tous ces édifices, les portraits de François faisaient l’objet d’une grande attention : son strabisme prononcé était-il ou non représenté ?

Dans le premier cas, le tableau était contemporain de François… dans le second, plus tardif !

L’après-midi, la messe a été célébrée à la basilique de la Visitation où depuis 1930 les reliques de François de Sales et de Jeanne de Chantal sont conservées dans deux châsses au pied du maître-autel.

Mgr Lagleize qui présidait la messe nous a rappelé que la spiritualité salésienne est une spiritualité de l’Incarnation, proposant un art évangélique de vivre le quotidien où la vie nous a placés. « De quoi sert-il de bâtir des châteaux en Espagne puisqu’il nous faut habiter la France ? »

Au terme de cette riche journée, que retenir de François de Sales ? Il était indéniablement un homme de la mesure, de l’équilibre, fidèle en cela à la devise de sa famille paternelle « ni plus, ni moins » ; notre contemporain par bien des aspects, il nous ouvre à l’espérance dans ce monde aussi troublé que le fut le sien.

Il est un modèle de douceur, à ne pas confondre avec la faiblesse, modèle dont semble s’inspirer notre Pape Léon XIV, lorsqu’avec le sourire et d’une voix égale il rappelle à quelques plus ou moins grands de ce monde l’apport évangélique primordial de la paix fondée sur la justice et l’amour du prochain.

Anne-Marie Jammes