À l’école de Saint François de Sales
En cette année 2025-2026, notre paroisse a choisi de se mettre à l’école de Saint François de Sales.
Dans un premier temps, Mgr Planet avait replacé cette grande figure du catholicisme dans son environnement ; dans un second temps, c’est Mgr Lagleize, ancien évêque ‘’salésien‘’ de Valence (Le Dauphiné Libéré) qui nous a présenté la spiritualité de ce maître, telle qu’elle s’exprime dans sa vie, celle d’un prêtre missionné en Chablais d’abord, ensuite celle d’évêque d’un diocèse fortement marqué par le calvinisme, à un moment où l’église catholique a engagé une profonde réforme de ses abus antérieurs. Spiritualité qui s’exprime aussi dans une œuvre littéraire considérable d’où émergent l’«Introduction à la vie dévote » (1608), premier ouvrage de spiritualité écrit en français et adressé à des laïcs, et le « Traité de l’amour de Dieu » (1616), sans compter sa nombreuse correspondance (plus de deux mille lettres).
Cette spiritualité repose sur deux convictions (la voie de la sainteté est ouverte à tous, Dieu est d’abord Dieu du cœur humain) et sur une méthode de diffusion fondée sur la souplesse et un profond sens de l’humain.
Ainsi donc, François de Sales a fait sortir la sainteté du cloître où elle était jusqu’alors cantonnée, pour la faire entrer dans la compagnie des soldats, la boutique des marchands, la Cour des princes, le ménage des gens mariés et jusque dans les prisons. Comme l’indique Saint Paul, tous les baptisés y sont appelés quelle que soit la situation dans laquelle ils sont placés.
Ainsi, la voie de la sainteté n’est plus l’apanage de quelques-uns, elle est ouverte à tous. Elle se réalise dans le devoir d’état, chacun développant ce que l’Esprit Saint lui donne pour mener une vie dévote, c’est-à-dire une vie ajustée au message évangélique, et pour la vivre « joyeusement, promptement, cordialement », selon l’esprit de Jésus, humble devant Dieu et doux envers le prochain. Car c’est la volonté de Dieu que nous soyons tous des saints, et chacun de nous doit rencontrer cette volonté en sa vocation propre et y demeurer. « Il faut fleurir là où Dieu nous sème ».
Dans une vision délibérément optimiste, liée à sa formation humaniste et tranchant avec son époque, François de Sales considère que l’expérience de Dieu est une évidence pour le cœur humain, nul n’en étant trop loin, quelle que puisse être sa déchéance. C’est dans le cœur et par le cœur que l’homme reconnaît Dieu : prier, c’est simplement dire à Dieu qu’on l’aime, qu’on s’abandonne totalement à lui, comme le fit François lui-même en 1586, pour sortir d’une terrible tentation de désespoir liée à l’incertitude au sujet de la prédestination ; car « le cœur divin est amoureux de notre amour ».
Comment conduire le fidèle dans cet engagement ? Par la persuasion. Il s’agit d’abord de dialoguer en s’appuyant sur des arguments solides, et pour cela connaître parfaitement ceux des interlocuteurs.
Ainsi François de Sales s’appuie sur les écrits des théologiens protestants. Il rencontre par deux fois le successeur de Calvin, Théodore de Bèze. Il écoute l’autre attentivement et avec son cœur, car « la langue parle aux oreilles et le cœur parle au cœur ». Il se montre humble, en se mettant au niveau de l’autre, aussi bien le juge au Parlement, que le simple paysan ; c’est ainsi qu’il utilise un langage des signes pour faire connaître l’Évangile à un sourd-muet. Il s’appuie sur des métaphores tirées d’images quotidiennes pour s’adresser à ses ouailles ; il donne l’image des « avettes » (abeilles) qui butinent du thym et produisent du miel pour décrire l’action de Dieu. Il met le chemin de la sainteté à la portée de chacun en recommandant de ne pas chercher à égaler le cèdre du Liban, trop lointain et inaccessible, mais de viser plutôt l’hysope des vallons savoyards. Il magnifie l’image de la violette, petite fleur cachée mais si parfumée.

Avec la fondation de l’ordre de la Visitation il ouvre la vie monacale aux personnes âgées ou de santé fragile auxquelles les autres ordres étaient interdits. Il utilise les progrès techniques et scientifiques de son temps, ainsi l’imprimerie pour diffuser ses présentations claires et argumentées de la doctrine catholique, d’où sa désignation en 1923 comme saint patron des journalistes. Il ne recourt pas à l’injonction, renonce à la sévérité, mais pratique une pédagogie de la patience, s’adaptant aux cas individuels et crée ainsi une spiritualité de la vie quotidienne en rendant familière la voie de la sainteté.
Homme de dialogue, saint équilibré, « gentilhomme, docte et dévot » (Henri IV), pionnier de l’humanisme chrétien, ainsi nous apparaît François de Sales. Sa pensée élaborée à une époque de troubles et de recherches spirituelles intenses semble adaptée au monde contemporain. Il a inspiré les papes Jean XXIII et Paul VI et donc le Concile Vatican II. Son message est simple et lumineux : être doux avec tous et d’abord avec soi-même ; plutôt que craindre Dieu, Lui faire confiance, recourir à sa Miséricorde, s’appuyer sur sa Providence.
Faire « comme les petits enfants qui de l’une de leurs mains se tiennent à leur père, et de l’autre cueillent des fraises et des mûres le long des haies ».

Anne-Marie Jammes
Paroisse Saint Martin de la Plaine de Valence