10 ans après, faut-il encore parler de Laudato Si’ ?
Le 24 mai 2015, le Pape François signait son encyclique Laudato Si’ – Sur la sauvegarde de la maison commune. Comment en parler, dix ans après ? Faut-il en parler, d’ailleurs ? N’y a-t-il pas eu bien d’autres textes depuis, à commencer par Dilexit nos, qui nous a accompagnés pendant le Carême par sa richesse et sa profondeur ?
Il y aurait une façon très « historique et officielle » de présenter les choses : Laudato Si’ est un texte majeur, qui a touché largement dans et en dehors de l’Église, et conduit aux initiatives les plus variées, depuis le développement du label Église Verte à la réflexion des évêques de France pendant 3 ans, de la multiplication des initiatives locales au foisonnement des livres, émissions de télé, de radio, reprenant les mots Laudato Si’. Au risque de malentendus, peut-être, qui feraient de Laudato Si’ le « discours écolo » de l’Église catholique, destiné à « un public particulier », ou bien un texte d’injonctions morales, ou encore un manifeste pour le tri sélectif (!). Voire même de créer des tensions ici ou là : faut-il mettre « du Laudato Si’ » partout et à toutes les sauces ?
Dans la paroisse, nous avons nous aussi organisé des événements autour des thématiques de Laudato Si’ et ce furent de beaux temps où nous avons toujours cherché à rester au cœur du message de conversion porté par l’encyclique. Parce que, si on me demande de résumer, c’est ce que j’aurais envie de dire : Laudato Si’, c’est un texte qui regarde notre monde d’aujourd’hui tel qu’il est, dans toutes ses crises – crise climatique, de la biodiversité, problème de l’eau… mais aussi inégalités, surconsommation, superficialité qui masque le vide promu par un certain modèle de la réussite. « Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands » écrivait Benoît XVI, cité dans Laudato Si. C’est un texte qui nous invite à regarder cette réalité et à aller au-delà, jusqu’à ses causes profondes, nous disant qu’il n’y a qu’une seule crise complexe, qu’un seul problème : la volonté des êtres humains de choisir par eux-mêmes ce qui est bien et ce qui est mal, en fonction de ce qui les arrange. En d’autres termes : le péché originel…
Un texte qui nous invite à vivre une conversion écologique (selon les mots de St Jean-Paul II), « qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de [notre] rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui [nous] entoure » (LS 217). Et donc un texte qui nous parle, profondément, de notre foi, et de comment vivre notre foi aujourd’hui. Qui nous parle de remettre au centre ce qui est important, d’une manière de vivre « intensément avec peu », en trouvant sa joie « dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière ». (LS 223)
Dans mon rôle de responsable du caté, je m’interdis de laisser mon autre mission, celle pour le Mouvement Laudato Si’, avoir une influence sur ce que je propose aux enfants ou aux parents. Mais, parfois, souvent, cela s’impose malgré moi. Cette rencontre de caté autour de Dieu Créateur et de notre rôle dans le monde que Dieu nous confie (dans un livre qui date de 2012, trois ans avant Laudato Si’!). Ou bien cet échange avec les parents autour de la phrase « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8) – « Nous vivons dans un monde de consommation » dit ainsi un papa. « Il faudrait revenir à des choses plus simples, l’amour, l’amitié, le partage »… Sans le savoir, il me parlait de Laudato Si’ !
Alors, sûrement, il faut parler de Laudato Si’. En parler bien, porter tout simplement notre message d’amour pour le monde. Pas comme « un truc en plus » ou « à côté » mais comme l’une des notes du message que nous portons, en harmonie avec les autres.
Parce que, comme l’écrit le Pape François dans Dilexit nos : « le contenu des encycliques sociales Laudato si’ et Fratelli tutti n’est pas étranger à notre rencontre avec l’amour de Jésus-Christ. En nous abreuvant de cet amour, nous devenons capables de tisser des liens fraternels, de reconnaître la dignité de tout être humain et de prendre soin ensemble de notre maison commune. » (DN 217)
Alors que nous nous recueillons et faisons mémoire du Pape François, ces mots résonnent d’autant plus fort. Avec Laudato Si’, Fratelli Tutti, Dilexit nos, il nous laisse des textes qui s’éclairent, se répondent, nous éclairent et nous guident. Un héritage à approfondir, à faire vivre dans nos vies, dans notre Église, autour de nous.
Laudato Si’ ! Loué sois-tu Seigneur pour tout ce qu’ils nous ont permis de vivre, et tout ce qu’ils nous permettront encore de vivre !
Anne Doutriaux
Paroisse Saint Martin de la Plaine de Valence