Commentaire de l’Écriture, La Croix, dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Procession des Rameaux (Mc 11, 1-10 ou Jn 12, 12-16)

Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : “Que faites-vous là ?”, répondez : “Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.” » Ils partirent, trouvèrent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachèrent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »

Autres lectures : Is 50, 4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1-15, 47.

Partageons la parole de Dieu avec sœur Bénédicte Rollin, de la communauté des religieuses de l’Assomption de Vilnius (Lituanie).

Comprendre

Le récit de Marc que nous entendons au début de la procession nous présente comment Jésus a soigneusement prévu son entrée à Jérusalem. Deux disciples sont envoyés avec des instructions précises, comme pour la préparation de la Cène au ch. 14. Il s’agit donc, à la manière des prophètes de l’Ancien Testament, de la mise en scène d’une révélation prophétique. Elle proclame symboliquement que Jésus est le Roi Messie, héritier de David, qui entre dans sa ville. L’ânon dont il est question à plusieurs reprises évoque la prophétie de Zacharie 9, 9 sur le roi humble et pacifique qui vient à Sion. Réquisitionner un animal de somme était une prérogative royale et étendre des vêtements sur le chemin du cortège royal est un rite rapporté par 2 R 9, 13. Ce roi est acclamé comme le Messie, « celui qui vient », celui par qui advient « le règne de David ». La foule crie « Hosanna », acclamation extraite du Ps 118 que l’on chante lors des grandes fêtes liturgiques du calendrier juif. « Hosanna », « de grâce, sauve-nous », à l’origine parole de supplication, était devenue un cri de louange. Le psaume 118 est encore cité par la foule quand elle crie : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Ces harmoniques vétérotestamentaires, et d’autres encore, contribuent à présenter l’entrée de Jésus à Jérusalem comme l’accueil du roi.

Méditer

De fait, le récit de la Passion selon Marc, comme celui de Jean, souligne la royauté de Jésus : l’expression « roi des Juifs (ou roi d’Israël) » revient six fois dans le chapitre 15. En écoutant ce récit, laissons-nous interpeller par le paradoxe qu’il met en relief dans sa sobriété presque brutale. C’est le même paradoxe proclamé par la 2e lecture tirée de l’épître aux Philippiens : la kénose du Fils est ce qui le conduit à l’exaltation, elle est la révélation ultime de son être divin.

Ce roi qu’acclame la foule enthousiaste n’est pas vraiment celui qu’elle attend. Et c’est pourquoi, excitée par les grands prêtres, elle prendra le parti de Barrabas lors du procès. Le Messie sera un roi livré (le terme revient neuf fois), lié, mené de-ci de-là comme un objet, un roi sans défense qui se laisse conspuer et outrager par la soldatesque comme par les gens de bien. Roi revêtu par dérision de pourpre, couleur réservée à l’empereur. Roi couronné, mais d’épines. Il est Roi d’Israël, mais, quand il expire, c’est un païen qui confesse : « Vraiment cet homme était fils de Dieu. » Fallait-il qu’il meure ainsi pour que se révèle le visage de Dieu Père en lui ?

Le centurion, sans le savoir, répond à l’invitation du Père à la Transfiguration : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le » (Mc 9,7). Or qu’a-t-il entendu pour naître à la foi ? Un grand cri (Mc 15,37). Il est étrange qu’un homme qui meurt par asphyxie crie ainsi. Mais ce cri inarticulé, Marc nous le donne à entendre comme le dernier « mot » du Fils expirant. Quand il n’y a plus de parole qui puisse dire une douleur ni une prière insondables, il reste le cri. Laissons-le résonner, sachant que jamais nous ne pourrons en sonder le mystère.

Prier

Seigneur Jésus, mon Roi, mon Seigneur et mon Dieu, aujourd’hui je veux crier Hosanna de plein cœur. Il m’est difficile de ne pas être sarcastique devant ma propre versatilité. Je sais que je vais dormir à Gethsémani et m’enfuir à l’heure de l’épreuve. Mais je sais aussi qu’il n’y a en toi aucune arrière-pensée et que tu accueilles ma louange avec amour. Fais-moi aussi la grâce de faire mien ton cri, cri de l’immense détresse du monde et cri de ton amour sans limite.

dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur