Commentaire de l’Ecriture, La Croix, 1er dimanche de carême

L’évangile (Mc 1, 12-15)

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Autres lectures : Gn 9, 8-15 ; Ps 24 (25) ; 1 P 3, 18-22

Partageons la parole de Dieu avec une sœur de la Communauté des sœurs apostoliques de Saint-Jean à Brest.

Comprendre

« Il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Ce verset du livre de la Genèse nous interroge : comment croire encore en une parole si tristement discréditée par notre actualité ? Et que dire d’un récit qui nous laisse à entendre que Dieu serait l’Auteur des catastrophes naturelles ou des pandémies qui nous assaillent ? Une telle lecture fondamentaliste des textes bibliques ne pourrait que mettre notre foi en danger. Comprenons bien : au-delà de l’approche anthropomorphique de cet écrit, l’Esprit Saint nous invite à reconnaître l’engagement de Dieu à l’égard de sa Création. Il nous a créés, ainsi que l’univers, dans un débordement d’Amour et jamais Il ne se repentira de ses dons. Par ce même Amour, Il va donc s’engager jusque dans les dérèglements initiés par le mal, afin de nous attirer dans sa béatitude. C’est toute la dynamique de l’Incarnation : Jésus nous sauve et nous introduit dans son propre bonheur en nous rejoignant là où le péché défigure l’œuvre de Dieu. Il y ensemence le germe transformant de sa Résurrection, don inouï proposé à notre foi.

Méditer

Nous voilà entrés en Carême. Pour nous préparer à célébrer la Pâque du Seigneur dans l’aujourd’hui de nos vies, l’Église nous invite à accompagner Jésus au désert. À moins que ce ne soit le Christ qui nous rejoigne dans nos solitudes désolées, ces lieux intérieurs et relationnels où les démons aiment à se déchaîner pour assaillir nos cœurs de sentiments malades ! En effet, pourquoi Jésus aurait-il voulu faire face à Satan et à ses ruses, sinon pour nous ? C’est au fond son baptême que le Christ poursuit ici, si nous accordons à l’étymologie du mot tout son réalisme : Il s’immerge dans les profondeurs de notre nature déchue. Et cela pour y annoncer que « les temps sont accomplis » car la semence du règne de Dieu transfigure notre histoire. Mais alors, comment répondre à l’appel de Jésus pour que ce Carême hâte la venue de son royaume ? Jésus nous invite à la conversion, c’est-à-dire à un retournement : de nous, vers lui. Il est là, venu habiter en nous, dans sa chair. Venu assumer notre humanité pour nous donner part à sa divinité. Il nous attend dans la réalité concrète de notre existence. Nous pouvons multiplier jeûnes et privations : si nous ne basculons pas en Lui, présent à nos actions et au plus secret de nos cœurs, tout sera vain. N’est-il pas là, le vrai combat du Carême : laisser le Christ vivre notre vie en nous, Lui, la source qui jaillit en nous depuis le baptême ? Saint Paul y insiste : telle l’Arche de Noé, ce sacrement nous arrache aux affres de la mort, il nous purifie et nous sauve par la vertu de la résurrection de Notre Seigneur. Magnifique programme ! Il ne s’agit plus de compter nos efforts ni de mesurer notre avancement à l’aune de nos réussites ou de nos échecs. Mais de nous appuyer résolument sur Jésus et de croire en l’Évangile, cette folie de l’Amour où Dieu meurt à cause de notre péché pour que, terrassée, la blessure qu’il cause ouvre à Sa Résurrection. Oserons-nous laisser son Esprit nous enfanter à cette vie nouvelle ?

Prier

« Ô Toi qui es chez toi dans le fond de mon cœur, laisse-moi te rejoindre dans le fond de mon cœur. (…) Je t’adore dans le fond de mon cœur. (…) Loué sois-tu, Seigneur, dans le fond de mon cœur. Je m’offre à ton amour dans le fond de mon cœur. (…) Que surgisse ta joie dans le fond de mon cœur. (…) Ô Toi qui es chez toi dans le fond de mon cœur, garde-moi de tout mal dans le fond de mon cœur. »

(Père Henri Caffarel)

1er dimanche de Carême