Commentaire de l’Écriture, La Croix, 6ème dimanche du temps ordinaire

L’Évangile (Mc 1, 40-45)

En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

Autres lectures : Lv 13, 1-2.45-46 ; Ps 31 (32) ; 1 Co 10, 31 – 11, 1.

Partageons la parole de Dieu avec Patrick Laudet, diacre à la cathédrale Saint-Jean de Lyon.

Comprendre

La purification ! Être purifié ! Mot d’ordre qui a fait couler beaucoup d’encre, et pas de la meilleure eau. L’impureté, vécue comme une infamie, et la pureté son revers, un idéal en soi, une valeur quasi absolue qui nous obsède, qu’on idolâtre, quitte même à la préférer à Dieu. L’hérésie cathare, qui prône une religion de purs, est hélas de tous les calendriers. Si souvent, nous assimilons l’impureté à une saleté, à une indignité. Quelque chose qui nous abîme tellement que nous ne méritons plus l’appartenance au groupe, celui des « purs et durs » justement, une culpabilité dont la pire souillure est de nous soustraire au regard de Dieu et à sa considération. Mais purifier, ce n’est pas nettoyer une saleté ! Après l’eucharistie, le diacre « purifie » calice et ciboire. Non pas qu’ils soient sales, ils ont contenu le corps et le sang du Christ ! On ne fait pas alors la vaisselle : après ce qu’ils viennent de contenir, on redonne ces ustensiles à la vie normale. Dans le rite juif déjà, une femme devait se purifier après avoir donné la vie, non qu’elle en ait été salie : au contraire ! Après qu’elle a accompli quelque chose de sacré, on la rend à la vie ordinaire. Le beau scandale de l’Évangile, c’est que le Christ s’approche de nos impuretés, les touche et ne s’en détourne jamais. Pour lui, la pureté, sauf celle du cœur, ce qui est bien différent, n’est pas une béatitude en soi. Être purifié, c’est d’abord être béni et rendu au plein régime de la vie. La vie rendue, la vie ordinaire, mais à plein régime ! Celle que, pour chacun, Dieu veut si intensément.

Méditer

Que de loupés finalement dans cette guérison ! Jésus, qui n’est pas d’abord là pour faire le médecin, n’a pas su contenir son cœur. L’ex-lépreux, lui, tout à sa joie, n’a pas pu tenir sa langue. Rien ne va donc comme prévu, et c’est cela qui est beau : les imprévus de l’amour ! Jésus ne souhaitait pas faire le guérisseur ni le thaumaturge, mais dès qu’un pauvre se présente à lui, il est bouleversé. Il ne sait pas refuser, presque à son corps défendant. Il craque. Face à la souffrance, Jésus est faible et il le sait. Il y a en effet des prières irrésistibles, qui ont toujours raison de lui. Celle du lépreux, une des plus belles, et des plus courtes : si tu le veux, tu peux me guérir. « Si tu le veux. » Quatre petits mots qui font mouche parce qu’ils en appellent à l’amour du Christ. Belle audace de celui qui ose prétendre être la joie de Jésus, dont il devine la profondeur du cœur. Et il atteint sa cible, car c’est bien par amour, par excès d’amour que Dieu se trouve ainsi à la croisée de nos chemins, livré à nos implorations. La plus inguérissable des lèpres, le plus impardonnable des péchés ne résistent jamais au débordement de son cœur. En vérité, il n’a pas été bien prudent et il va le payer cher. « Il ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, restait à l’écart dans des endroits déserts. » La malédiction qui frappait le lépreux est désormais sur lui. Le banni, maintenant, c’est lui. Demain, il sera bafoué, traîné hors de la ville comme un lépreux. Sa chair ne sera plus qu’une plaie, comme celle du lépreux. Et il le sait bien. Cet homme, il ne s’est pas contenté de le guérir, il lui a secrètement donné sa vie. La croix d’amour ne pouvait pas attendre le Golgotha.

Prier

Seigneur, mets sur nos lèvres les mots simples du lépreux et donne-nous l’audace de sa prière et de sa demande à Dieu.

Seigneur, regarde avec amour les lèpres de notre vie : toi qui n’as de dégoût pour aucune, viens les toucher et les purifier.

Seigneur, regarde avec amour les lèpres de notre monde : aide-nous à les guérir et à ne désespérer d’aucune.