Commentaire de l’Écriture, La Croix, 2ème dimanche du temps ordinaire, dimanche 17 janvier, année B

1 S 3, 3b-10.19
Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd
1 Co 6, 13c-15a. 17-20
Jn 1, 35-42

Partageons la parole de Dieu avec Bénédicte Bouillot, sœur consacrée de la communauté du Chemin-Neuf, à Chartres.

 

Comprendre

Nous assistons ici à la naissance d’une relation, celle que Jésus noue avec ses tout premiers disciples : deux hommes, dont André, conduits à Jésus par Jean Baptiste.

Que se dévoile-t-il dans ce commencement ? Tout d’abord le désir de Jésus d’entendre ces hommes formuler leur attente, eux qui se sont déjà mis en marche à sa suite. « Que cherchez-vous ? » : telle est la première parole de Jésus dans l’Évangile de Jean : non une affirmation, ni un impératif, mais une question, qui fait de l’autre un interlocuteur et le laisse exister comme être de désir. « Où demeures-tu ? », lui demandent-ils en réponse. « Venez, et vous verrez » : Jésus les invite à poursuivre le chemin avec lui, et demeurer ainsi « auprès de lui ».

Jésus honore leur attente, mais lui donne un sens nouveau. La transformation tient dans ce passage de l’adverbe « où » à la préposition « auprès », que la suite de l’Évangile continuera d’éclairer : la demeure de Dieu n’est pas un lieu géographique, mais une relation personnelle avec le Christ ; relation qui entraîne toujours plus loin, et peut se vivre en tous lieux, jusqu’aux plus inattendus.

Méditer

« Où demeures-tu ? » Où rencontrer Dieu ? La question est bien légitime, car si Dieu se laisse trouver, il ne cesse aussi de se laisser chercher : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? », demande la bien-aimée du Cantique des Cantiques (3, 3), elle qui disait pourtant un instant plus tôt : « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui » (2, 16). Chercher la demeure de Dieu, c’est chercher le lieu de sa présence, mais peut-être aussi tenter de saisir celle-ci pour la retenir, comme Marie Madeleine au matin de la Résurrection. Si Dieu se laisse constamment chercher, n’est-ce pas ainsi pour modeler notre désir, l’ajuster à l’infini de sa Présence, qui ne se laisse pas posséder ni enfermer dans les limites auxquelles elle consent pourtant pour se manifester à nous ? « Ne pas être enserré par le plus grand, être cependant contenu par le plus petit, c’est chose divine », écrivait un jésuite anonyme du XVIIe siècle : toute la vie du Christ en témoigne.

Jésus révèle en effet que sa demeure est d’être avec le Père, et que rien ne peut briser cette relation qui fonde et sauve le monde : à la Croix, elle est la seule chose qui demeure, quand tout s’effondre, que les ténèbres s’abattent sur la terre et que le voile du Temple se déchire : « Père, entre tes mains je remets mon Esprit » (Lc 23, 46). Mais sa demeure est aussi en nous et il nous invite à demeurer en lui pour que nous aussi, nous soyons avec le Père, notre Père.

Or qu’est-ce que demeurer avec le Christ ? L’Évangile nous l’enseigne : c’est méditer la Parole qui est aussi sa demeure, le lieu de sa présence. C’est accueillir sa chair offerte comme Pain de vie : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6, 56). C’est se laisser conduire par l’Esprit, pour reconnaître la présence du Père là où nous ne l’aurions peut-être jamais cherchée, en nous et autour de nous, dans l’infiniment grand mais aussi l’infiniment humble et petit. Ainsi préparons-nous le jour où Dieu, présent « tout en tous », aura sa demeure parmi les hommes, pour toujours.

Prier

Je vais

ça va

J’habite le chemin

J’apprends le Verbe

Comme il se donne

Au jour le jour

Il se fait tard

On entre à l’auberge manger

boire ensemble

ça va

je cherche la terre pacifiée

où dire Notre père

sans oublier personne

je vais en guetteur

sur la brèche où me porte le vent ça va loin

mon ami ton regard.