Commentaire de l’Ecriture, La Croix, 33ème dimanche du temps ordinaire, année A

Pr 31, 10-13.19-20.30-31
Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5
1 Th 5, 1-6
Mt 25, 14-30

Partageons la parole de Dieu avec sœur Blandine Lagrut, de la communauté du Chemin-Neuf à Chartres.

Comprendre

« Celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. » Cette petite phrase de Jésus détonne. Elle fait partie de ces expressions qu’on aurait préféré ne pas avoir à commenter tant elles sont paradoxales, gênantes. On la retrouve pourtant à plusieurs reprises dans les Évangiles (Mt 13,12 ; Mc 4,25 ; Lc 8,18, Lc 19,26) : chaque fois, elle demande une écoute attentive.

Dans cette parabole, où Jésus veut-il en venir ? Un Maître confie à ses serviteurs un certain nombre de talents. À y regarder de près, chacun se voit remettre une petite fortune quand on sait qu’un talent équivaut pour l’époque à environ vingt années de salaire d’un ouvrier. Tous reçoivent. Mais l’un des serviteurs s’aveugle. Il ne saisit pas que le maître lui fait confiance, qu’il a vraiment reçu un don, que ce trésor est sous sa responsabilité. Le malheureux se comporte alors comme « celui qui n’a rien » : incapable de tirer le moindre fruit de ce qui lui a été confié parce qu’il n’a pas compris qu’il le possédait. Pensant n’avoir rien, il finit par tout perdre.

Méditer

Tout avait bien commencé. Un Maître avisé veille à ce que le travail et la vie continuent, même hors de sa présence. Il appelle ses serviteurs et leur confie sa propre fortune pour qu’ils s’en occupent et la fassent fructifier. Pourtant, la finale laisse un goût amer : l’un des serviteurs reste en retrait, il enterre son trésor, et on finit par le jeter « dans les ténèbres extérieures ». Ne croyant devoir compter que sur lui-même, il s’est laissé conduire par la peur.

Dans cette histoire, quelque chose manque. Un non-dit qui fait sens précisément parce que le rédacteur n’en parle pas. Un silence qu’on pourrait résumer ainsi : les serviteurs ont été témoins les uns pour les autres des dons reçus ; mais entre eux, la solidarité fait défaut. Ensemble le Maître les avait appelés, ensemble ils devaient apprendre à devenir responsables du trésor. Or ils continuent de mener leurs vies en parallèle : qui fait du négoce, qui place en banque, qui creuse un trou. Chacun à son affaire, chacun de son côté. Les deux premiers serviteurs auraient peut-être pu sortir de leurs préoccupations immédiates : « À toi aussi le Maître t’avait confié. Où en es-tu ? Sur quoi dois-tu veiller en toi-même pour que le don grandisse ? » Le troisième aurait pu sortir de sa réserve, demander de l’aide : « Si vous ne m’aidez pas à percevoir le don que le Maître m’a fait, je finirai par ne plus y croire. » Tel pourrait être le centre silencieux de la parabole : nous avons besoin des autres pour nous rappeler le don qui nous a été confié.

Et si c’était vrai ? S’il nous fallait prendre au sérieux la capacité que nous avons à relayer les uns pour les autres les appels, les dons que nous avons reçus de Dieu ? Si réellement des liens de grâce nous unissaient au point d’être appelés à être, parfois, comme la mémoire de l’autre ? Mémoire du don, mémoire d’une confiance : « Le Maître t’a donné pour la vie et non pour la condamnation ». La finale serait probablement bien différente.

Prier

Fils du jour, n’aie pas peur. Ne crains pas le retour du Maître. Ne t’effraie pas.

Avec toi j’ai reçu.

Avec toi j’ai veillé pour que le don grandisse.

Avec toi j’attends

L’aube qui arrive.

Fils du jour, entre dans la joie. Sois rassuré. Laisse-toi consoler.

Le Maître est là. Depuis le seuil, il nous regarde. Son regard est tendre.

« Mes enfants ! »