Homélie du 32ème dimanche du temps ordinaire, année A

Sg 6, 12-16
Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 7-8
1 Th 4, 13-18
1 Th 4, 13-14
«Veillez», tel est le fil rouge de ce 32èmedimanche, Jésus nous exhorte à la vigilance: «Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure». Cette parabole des jeunes filles invitées aux noces n’a pas pour but de nous faire peur. L’Évangile est la Bonne Nouvelle de Jésus Christ : il veut réveiller, attiser en nous le désir ardent du retour du Seigneur, nous faire vivre dans cette attente.La vigilance doit être l’attitude intérieure du chrétien. Nous devons veiller parce que nous ne pouvons pas ne pas nous préoccuper du futur. Nous veillons parce que nous savons que notre futur est vaste. La vigilance n’est-elle pas l’attention au futur? L’absence de vigilance, par contre, est dissipation, négligence, paresse, repliement sur le présent, sur sa jouissance, sur le plaisir immédiat: les jeunes pensent à la discothèque du samedi soir (impossible en ce temps d’épidémie), l’adulte au jour de paie, aux dépenses qu’il va effectuer (tout est bien réduit). Il s’agit de  d’une échéance à court terme. Nous restons sur ce modèle trop humain. Ce qui fait que l’homme est un homme, c’est précisément la capacité qu’il a de se rendre compte de son futur et de l’urgence d’y penser, un avenir qui embrasse la mort et va au-delà de la mort. Malheureusement, nous vivons, quelquefois, dans cette insouciance pratique, c’est-à-dire, dans une certaine exclusion, une tendance à marginaliser ce qui constitue l’ensemble de notre futur, et c’est pour cela que nous nous préoccupons trop du présent, de ce que nous avons et de ce qui nous manque, de ce qui va nous être enlevé ou de ce qui va nous être donné. Notre horizon est souvent si étroit! Jésus définit l’homme comme une personne ouverte au futur de Dieu : «Soyez vigilants, veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure». Il s’agit d’une attitude spirituelle fondamentale qui nous prépare à entrer dans la salle des Noces du Royaume des cieux! La condition essentielle pour y entrer est clairement exprimée: Il faut veiller. Nous devons non seulement croire, mais veiller, non seulement aimer, mais veiller, non seulement obéir, mais veiller. Mais pourquoi veiller ? Pour ce grand événement : la venue du Christ». Comment veiller ? Garder notre cœur en état d’éveil. Garder notre lampe toujours allumée. Cette lampe allumée, c’est celle de notre foi et de notre amour. Au jour de notre baptême, nous avons reçu un cadeau extraordinaire. Mais ce cadeau, c’est un peu comme le téléphone portable : il faut le recharger chaque jour, sinon il ne sert plus à rien. Si nous voulons que notre vie porte du fruit, nous avons besoin d’être reliés au Christ. Le Christ nous prévient qu’il nous vient dans la nuit : la nuit de nos échecs, de nos deuils, la nuit de nos évènements familiaux trop difficile à vivre…Il nous invite à ne pas laisser s’éteindre la petite flamme «Espérance». Il nous faut, coûte que coûte, faire provision d’huile: l’huile de la prière, l’huile de la Parole de Dieu méditée, l’huile du partage en Église du Pain Eucharistique et des autres sacrements qui nous redonnent des forces pour continuer notre route. Si nous n’avons pas cette huile, notre lampe s’éteint, notre vie ne porte pas de fruit. L’huile, c’est ce qui permet à la lampe d’éclairer, c’est la lumière grâce à laquelle nous pouvons marcher dans les ténèbres. L’huile peut donc symboliser la foi et l’espérance qui sont cette lumière, qui nous permet de trouver un sens au milieu des ténèbres du monde et de notre vie, au milieu du mystère du mal et de la souffrance, de la mort, de la contingence humaine qui n’a pas de réponse en elle-même.

Mais l’huile c’est aussi le symbole de ce qui se consume pour les autres, de ce qui donne chaleur pour le cœur des hommes, c’est le symbole de la charité. Foi, espérance et charité : voilà les trois vertus théologales, le noyau de la vie chrétienne, qui nous est résumé en une seule image: «l’huile». Cet Évangile nous renvoie à notre vie personnelle : de quel côté sommes-nous ? Des prévoyants ou des insensés ? Des deux côtés, n’est-ce pas ? Tantôt du côté des insensés quand nous construisons notre vie sur du sable : argent, jouissance…. Les vierges folles sont présentes « physiquement » avec les autres mais, dans leur tête et leur cœur, elles sont « ailleurs ». Tantôt du côté des sages, des prévoyants, des avisés, quand nous nous nourrissons de la Parole de Dieu et des sacrements, quand nous nous donnons du temps régulier de prière, quand nous savons nous installer dans la fidélité à nos engagements personnels, familiaux, professionnels, religieux…. Car un feu qui n’est pas alimenté s’éteint vite. Nos prières, nos temps d’adoration, nos bonnes œuvres, nos actes de vertu, l’amour de notre cœur nous aident à nous préparer pour le dernier jour, pour que notre lampe reste allumée.Cette provision d’huile précieuse nous est offerte chaque dimanche à la messe. La Parole de Dieu et l’Eucharistie sont une nourriture qui nous permet de rester en état de veille. «Veillez et priez», Dieu donne foi et espérance pour une attente active. C’est l’huile de notre lampe. D’une manière plus discrète, cette parabole est aussi un appel à l’humilité et à la confiance dans la miséricorde de Dieu. Que notre petite flamme «Espérance» ne s’éteigne pas en nous. Le Seigneur nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance, capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage», nous dit le Pape François, puissions-nous suivre l’exemple de vierges prévoyantes et attendre Jésus au fond de notre cœur! Alors, nous pourrons chanter en vérité: «Il est grand le mystère de la Foi : nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta Résurrection, nous attendons ta venue, dans la Gloire». «Veillez et priez»

 

Père Mathias