Commentaire de l’Écriture, La Croix, 27ème dimanche du temps ordinaire, année A

Is 5, 1-7
Ps 79 (80), 9-12, 13-14, 15-16a, 19-20
Ph 4, 6-9
Mt 21, 33-43

Partageons la parole de Dieu avec la communauté assomptionniste de Valpré, à Écully, près de Lyon.

  • Comprendre

On connaît les fameux cèdres du Liban ; on pourrait tout aussi bien parler des vignes de Juda, tant cet arbre fruitier – car c’en est un – a pu recouvrir la terre de Canaan et bien au-delà. Son fruit est savoureux d’où l’on tire le vin, boisson à la fois belle à regarder, bonne pour la santé et dangereuse dans son excès.

Isaïe, comme le psalmiste (Ps 79) ou d’autres auteurs bibliques, compare Israël à une vigne, pour en dire la valeur, la beauté et aussi l’ambivalence, le caractère capricieux et parfois décevant. Car le peuple d’Israël au long de son histoire n’a cessé à la fois de réjouir le cœur de Dieu et de le faire pleurer. Dans cette sorte de parabole, qui fait penser à celle que Jésus enseigne aux grands prêtres et aux anciens en Matthieu (chap. 21), la déception de Dieu prend la forme de brèches dans les murs, d’animaux voraces et de ronces envahissantes, qui dénaturent la plantation. Car une vigne, ce n’est pas seulement un lieu où poussent des ceps ; c’est un espace arrangé, protégé. La vigne est en somme un verger agrémenté aux temps anciens par des arbres, figuiers ou autres. Dévastée, la vigne n’en est plus une ; infidèle, Israël prend le chemin de n’être plus le peuple de Dieu, de n’être plus le dépositaire de son message pour les hommes.

Méditer

L’image de la vigne abonde dans les textes de l’Ancien Testament. Certains rabbins voient même dans la vigne l’arbre au fruit interdit du premier jardin. L’Évangile qui fait une part belle au blé, à l’olivier et au figuier, reprend plusieurs fois à son compte la vigne. Au chapitre 15 de l’Évangile selon saint Jean, Jésus se compare lui-même à la vigne de Dieu et ses disciples à des sarments. Comme pour Isaïe, le fruit de la vigne renvoie aux fruits portés par les actions des hommes. Il n’est alors plus question de savoir qui accapare ce fruit ou même s’il est bon ou mauvais. L’important est qu’il soit, sous-entendant ainsi que le raisin ne peut être mauvais. L’enseignement de Jésus porte la marque de cette confiance : peu de règles, très peu d’instructions sur le comment faire, en revanche, une insistance incontournable sur la confiance et la miséricorde. Jésus semble convaincu que, si ceux qui le suivent sont dans la foi, l’amour et le pardon, alors leur témoignage portera du fruit, un fruit de qualité en grappes abondantes.

Le péché d’Israël a été d’oublier Dieu comme un vigneron qui laisserait la vigne se gâter. Dans l’Évangile de Matthieu, le péché est de ne pas rendre au propriétaire le fruit de la vigne, de vouloir faire son profit de la foi du peuple ; pour saint Jean, le drame du disciple est de se couper du cep, de vivre hors du Christ. En quoi consiste cette infidélité ? Les formes et les occasions sont légion. En ce dimanche 4 octobre, fête de saint François, jour de clôture du mois de la Création voulu par le pape François, nous pourrions revisiter la prophétie d’Isaïe et y voir que le crime et l’injustice ont fait « crier » la vigne. On retrouve là l’intuition la plus forte de l’encyclique Laudato si’ : le cri de la terre rejoint le cri des pauvres, double cri qui appelle l’humanité à la conversion.

Prier

« Pourquoi veux-tu abandonner la vigne que tu as plantée ?

Nous avons soif de toi, Seigneur, comme une terre en plein été !

Pourquoi tenir dans le malheur le peuple que tu dis aimer ?

Voici les cieux nouveaux et la nouvelle terre !

Voici que la justice habite chez les hommes ! Il n’y a plus ni mort, ni larmes, ni souffrance :

Le monde ancien a disparu, un nouveau monde est arrivé ! »

(Didier Rimaud, Des grillons et des anges, Desclée, 1979).