Commentaire de l’Écriture, La Croix, 26ème dimanche du temps ordinaire, année A

Ez 18, 25-28
Ps 24 (25), 4-5ab, 6-7, 8-9
Ph 2, 1-11
Mt 21, 28-32

Partageons la parole de Dieu avec le frère Nicolas Morin, de la fraternité franciscaine de Besançon (Doubs).

Comprendre

Saint Matthieu place cette parabole dans le contexte des derniers affrontements de Jésus avec ses adversaires et en fait un ultime appel aux responsables du peuple juif pour qu’ils se convertissent et accueillent sa parole. Elle est invitation pour chacun de nous à entrer dans l’obéissance du cœur, à entendre la parole de Dieu pour la mettre en pratique.

Méditer

C’est l’histoire d’un fils rebelle. Dans son besoin de s’affirmer face à son père, il lui en fait voir de toutes les couleurs, fait les quatre cents coups et va traîner avec les voyous du quartier. D’ailleurs, Jésus lui-même va comparer ce fils aux publicains et aux prostituées. Que fait-on avec ces gens-là ? On les met à part, on les isole de la communauté.

Or, que fait son père ? Il lui fait cette demande, presque une prière : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne. » Entendez toute la tendresse de ce père qui s’adresse ainsi à son grand fils : « Mon enfant », j’ai besoin de toi, je te fais confiance, tu es capable. Ce père sait regarder au-delà des apparences. En revenant vers son fils encore et encore, sans jamais se lasser, il voudrait le voir s’éveiller à la tendresse et à l’amour qu’il a pour lui. En même temps, ce père ne veut pas s’imposer. Il veut une réponse libre de son fils. Il s’adresse à des libertés : si tu veux…

Et le fils de répondre abruptement : « Non, je ne veux pas. » Et tournant le dos à son père et à la vigne, le voilà qui s’éloigne. Pourtant, la parole de son père continue de cheminer en lui. Il lui faut l’entendre profondément, avec le cœur. Peu à peu, il comprend que son père, loin de vouloir lui imposer quoi que ce soit, lui ouvre le chemin de la vie. Il change de regard sur son père mais aussi sur lui-même : je suis donc capable d’œuvrer aux côtés de mon père ? A-t-il vraiment besoin de moi ? Suis-je si important pour lui ? Et le voilà qui choisit de faire confiance dans la parole de son père. Discrètement, il part travailler à la vigne.

Le père s’adresse alors à son deuxième fils. Celui-ci est tout l’opposé de son frère. Extérieurement, c’est l’enfant idéal, qui jamais ne s’oppose, qui s’arrange toujours pour observer les règles scrupuleusement. Ainsi, on le laisse tranquille. L’apparence est sauve. Mais son drame, c’est qu’il ne connaît pas son père. Il n’a jamais fait l’expérience de sa tendresse et de son pardon. Il s’est toujours tenu à distance, une distance faussement respectueuse, qui peut cacher un certain mépris : « Cause toujours, je sais mieux que toi ce qui est bon », semble-t-il penser. À la demande de son père, il répond, comme toujours : « Oui, Seigneur ». Mais c’est un oui qui dit non. Sa parole ne l’engage pas, elle n’est pas mise en pratique. Il dit et ne fait pas.

Son père, pourtant, ne se décourage pas pour autant. Il espère en lui aussi : peut-être, aujourd’hui, va-t-il écouter ma parole et la mettre en pratique ? Ce père souffre de voir son fils s’enfermer dans de fausses certitudes, une suffisance qui le coupe des autres et de son moi profond.

Quel enfant suis-je pour le Père ? Suis-je vraiment à son écoute, une écoute profonde, intérieure, qui me transforme ? Ai-je vraiment au fond de moi le désir de vivre l’Évangile, de le mettre en pratique ?

Prier

Dieu notre Père, tu viens à ma rencontre et tu me demandes :

« Veux-tu travailler à ma vigne aujourd’hui ? »

Qui suis-je pour que tu me fasses confiance ?

Donne-moi, Seigneur, de croire en ta parole de vie,

de l’écouter pour la mettre en pratique.

Donne-moi aussi de croire suffisamment en moi pour oser répondre oui,

un vrai oui, un oui qui engage toute ma vie à la suite de Jésus.