Commentaire de l’Écriture, La Croix, 24ème dimanche du temps ordinaire, année A

Si 27, 30 – 28, 7
Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12
Rm 14, 7-9
Mt 18, 21-35

Partageons la parole de Dieu avec père Norbert Rousselle, de la Communauté du Chemin Neuf à Chartres.

Comprendre

L’exhortation de Jésus au pardon clôt ici un long discours que Jésus adresse à ses disciples sur la vie en frères et sœurs à l’intérieur de l’Église. Celui-ci pointe un double danger : vouloir être grand, et refuser d’accueillir le petit, comme si l’un était la conséquence de l’autre. Qui est le plus grand parmi eux ? À cette question des disciples, Jésus introduit l’exigence du pardon comme centrale pour la vie en frères et sœurs. Mais combien de fois faut-il pardonner à son frère ?

Soulignons un détail : le péché qu’il s’agit de pardonner est « contre » Pierre, qui ne semble pourtant coupable de rien envers le frère qui le commet ; et il est étrange qu’il se répète autant : soixante-dix fois sept fois. N’est-ce pas que Pierre représente une figure d’autorité que ce frère, dans une posture de rivalité, affronte comme le « grand » à combattre ?

La parabole du roi va inviter les disciples à contempler la figure authentique de la grandeur : celle qui prend en pitié le cœur brisé.

Méditer

Sans le pardon, la fraternité est condamnée à devenir un enfer ! La parabole met en scène un serviteur impitoyable, qui refuse de remettre ses dettes à son collaborateur, alors que lui-même a bénéficié de la largesse du roi.

Jésus veut apprendre à Pierre comme aux autres disciples à imiter le roi. Ce dernier est « pris de compassion » : en grec, le terme signifie « saisi aux entrailles ». La parabole nous fait passer d’une logique comptable, « combien de fois », à un pardon du « fond du cœur » : le roi accepte d’être amputé de sa propre richesse et de remettre dix mille talents à son serviteur, une somme exorbitante, qui laisse imaginer les péchés les plus graves qui existent sur terre. S’il est capable de remettre une telle dette, impossible à rembourser, c’est qu’il croit à une dignité cachée de son serviteur.

Si nous sommes nous aussi invités à pardonner sans cesse, c’est en vertu de la foi que le frère qui pèche contre nous est digne du Père : il est et reste inconditionnellement digne d’être aimé. Réitérer patiemment son pardon revient à renoncer au mensonge qui voudrait que le pécheur soit entièrement lié à son péché.

Dans un deuxième temps, la parabole montre notre responsabilité dans la manière d’accueillir le pardon du roi. Le piège est de croire que l’on peut « tout » rembourser. La miséricorde que l’on déploie vis-à-vis des autres ne peut être elle-même que le fruit de la miséricorde que nous recevons du Père sans limite.

Prier

Jésus tu es le premier de cordée,

Ton pardon nous hisse vers le Père.

Derrière toi, Pierre et ses frères, de la même manière,

nous assurent par leurs pardons.

Tu as rendu possible

une fraternité si fragile,

où le petit est accueilli

et le frère pécheur délié.

Tu t’interposes pour protéger tes frères

Du mauvais qui les condamne au refus du pardon.

Grâce à ta prière,

Pierre a pu affermir ses frères.

Donne-nous d’autres Pierre,

qui condamnent le mal, mais jamais le frère.