Commentaire de l’Écriture, La Croix, 21ème semaine du temps ordinaire

Is 22, 19-23
Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6.8bc
Rm 11, 33-36
Mt 16, 13-20

Partageons la parole de Dieu avec les sœurs du carmel de Frileuse, situé dans l’Essonne, à la charnière du Grand Paris et de la Beauce

Comprendre

Jésus se désigne souvent comme « le Fils de l’homme ». Ce terme peut avoir un sens faible, proche de « fils d’homme », ou un sens fort, employé dans les apocalypses juives et spécialement dans le livre de Daniel où il désigne un personnage qui reçoit de Dieu la royauté. Dans le livre d’Hénoch, le caractère céleste du Fils de l’homme s’accroît encore : Il siège sur un trône et juge les hommes : Il sauve les justes, punit les impies et accueille les élus auprès de lui.

Le titre de Messie, lui, désigne un envoyé de Dieu issu de la race de David, et qui vient comme berger terrestre du peuple élu. Ces deux titres ne se recouvrent donc pas. Pourtant il y a une constante : l’idée que leur rôle passe par la souffrance est étrangère à la pensée juive. Seule la figure du serviteur souffrant d’Isaïe pouvait annoncer cela.

Méditer

Nous sommes ici à un tournant de l’Évangile. Jusqu’ici nous avons suivi avec les disciples Jésus qui parlait du Royaume de Dieu, Jésus qui agissait, et ses signes étaient aussi une révélation de Dieu et indiquaient la façon de le suivre, mais aujourd’hui Jésus interroge : qui suis-je pour les gens ; qui suis-je pour vous ? Les réponses sont autant de pas vers la compréhension de la mission de Jésus : Jean-­Baptiste est la voix qui invite à la repentance et que Hérode va faire taire. Élie est le prophète rempli de zèle pour son Dieu, qui avait dû fuir, à qui Dieu s’était montré de dos et qui avait été enlevé au ciel. Jérémie et les autres prophètes sont des messagers qui avaient été eux aussi rejetés et tués.

Vient alors la question qui se pose à chacun de nous : pour vous, qui suis-je ? La réponse de Pierre à laquelle nous sommes trop habitués ne va pas de soi. Imaginer que le Messie est aussi le Fils de l’homme, donc un personnage céleste, et plus encore le Fils du Dieu vivant, c’est-à-dire un être qui avait une relation exceptionnelle avec Dieu ne pouvait venir à l’esprit d’un juif sans une révélation de Dieu.

Reconnaissant dans le cœur de Pierre l’action de Dieu, Jésus, sur le point de prendre la route de Jérusalem où l’attend le sort des prophètes, confie à ce disciple la charge d’édifier son Église. Pourtant le titre de Messie est trop ambigu encore pour que Jésus permette à ses disciples de l’employer publiquement. Pierre lui-même, juste après, montrera qu’il est incapable de comprendre ce que Jésus explique de sa mission. Ce n’est que lors de sa comparution devant le Sanhédrin que Jésus reconnaîtra être tout à la fois le Messie et le Fils de l’homme dans son acception la plus haute, une affirmation qui sera jugée blasphématoire et entraînera sa condamnation.

Et nous, à qui s’adresse aussi cette question, comment ne pas nous demander jusqu’où nous comprenons et acceptons ce qu’implique notre désir d’être nous aussi ses disciples.

Prier

Seigneur Jésus, toi qui t’es révélé à tes disciples petit à petit, pour qu’ils puissent comprendre, toi qui nous as appris que celui « qui t’a vu a vu le Père », toi qui nous as promis que l’Esprit que tu nous enverrais nous éclairerait sur ce que ton message avait d’obscur pour nous, sois béni de vouloir te révéler à l’humanité. Apprends-nous à te chercher en vérité avec la certitude que tu veux te donner à tous et que tu confies à chacun une place dans la construction de ton Royaume. Nous te prions aussi pour ceux qui ont de toi une image défigurée. Qu’ils te découvrent tel que tu es.