Homélie du 6ème dimanche de Pâques, année A

Ac 8, 5-8.14-17
Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20
1 P 3, 15-18
Jn 14, 15-21

« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole » dit Jésus. « Aimer ». Ce verbe est un des plus quotidiens. Il est aussi susceptible de multiples significations, des plus sentimentales aux plus exigeantes.

Aimer quelqu’un, c’est avoir confiance en lui, se mettre à son service en quelque sorte, s’associer à lui à l’occasion, tenir à lui et le soutenir jusque dans l’adversité.

« Aimer », ce mot est très important dans le Nouveau Testament. Il caractérise en premier l’attitude de Dieu à notre égard, et ensuite l’attitude du disciple envers son Maitre et envers Dieu. Le maître mot de ce dimanche est bien « agapè ». Il signifie amour gratuit, charité. Cet amour que Dieu nous porte  et dont Jésus a été témoin, nous aimant jusqu’au bout.

Dimanche dernier, Jésus disait à Thomas : « Moi Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Lorsque nous connaissons l’épreuve, comme en ce temps de pandémie, et que nous sommes bouleversés, Jésus se propose à nous comme le chemin à suivre. Ce chemin nous permet de poursuivre notre existence sans perdre le cap. Christ est notre chemin dans le court terme, au jour le jour, et dans le long terme, celui de notre existence terrestre

Des persécutions verbales et physiques, les premiers chrétiens en ont connu. Mais ils ont tenu bon : « C’est par votre persévérance que vous serez sauvés », dira Jésus.

Dans la première lecture, nous découvrons comment la Bonne Nouvelle de l’Évangile s’est répandue. La croix du Christ porte des fruits qui demeurent. Elle donne l’audace de l’assurance. Tout cela ne s’est pas passé sans persécution.

Le diacre Étienne a été lapidé à mort. Mais rien, ni personne ne peut arrêter la progression de la parole de Dieu. Personne ne peut ni étouffer, ni tuer la Parole de Dieu.

Le diacre Philippe est envoyé en Samarie, non pour se cacher, mais pour proclamer le Christ : des possédés sont délivrés des esprits mauvais, des paralysés et des infirmes sont guéris. Tout cela, Philippe l’accomplit en lien avec ceux qui lui ont confié cette mission.

Dans la seconde lecture, saint Pierre s’adresse à des chrétiens qui se heurtent à la calomnie et à la persécution de leurs adversaires. Pierre leur indique la ligne de conduite à tenir : « ne jamais renoncer à témoigner de leur foi », « réagir avec douceur contre les attaques en respectant leurs ennemis », « tout faire avec respect et douceur », « avoir une conscience droite pour faire honte à l’adversaire », « mieux vaut souffrir pour avoir fait le bien, plutôt que pour avoir fait le mal »

Puisse notre foi nous habiter en profondeur, une foi qui peut tenir dans l’épreuve, dans ce temps de crise sociale, sanitaire, économique, humaine, comme celle de Jésus, comme celle du premier martyr, Etienne. Puisse notre témoignage en parole être doublé par le témoignage du comportement existentiel

Ce message de Pierre nous donne à prier pour ces nombreux chrétiens d’aujourd’hui qui sont persécutés à cause de l’Évangile, dans ce monde. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous avons à témoigner de notre attachement au Christ. Et c’est pour remplir cette mission que le Christ nous envoie l’Esprit Saint.

Dans l’Evangile, s’adressant à ses disciples, Jésus leur dit : « je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur qui sera pour toujours avec vous. ». Nous avons tous besoin de défenseur ? Le premier défenseur du bébé, c’est sa maman. L’ouvrier s’appuie sur le syndicat pour sa défense. Le malade a besoin du médecin.

« Le Père vous donnera un autre Défenseur ». Ce défenseur, l’Évangile de Saint Jean l’appelle « le Paraclet ». Dans le monde juif le paraclet, c’était le notable qui s’interposait entre le juge et l’accusé, un homme au-dessus de tout soupçon qui était écouté et respecté. Il avait la possibilité de casser une condamnation et de faire libérer l’accusé sous sa responsabilité et au nom de sa propre réputation.

L’Esprit Saint est pour nous ce Paraclet, ce défenseur qui intervient quand nous somme mis en accusation au nom de notre foi. Nous le voyons tous les jours, l’Église est tournée en dérision dès qu’elle prend position contre des orientations qui sont contraires à l’Évangile du Christ.

Comme un « avocat », l’Esprit Saint assure notre défense. Il  intervient pour nous conseiller, nous encourager, nous consoler, nous assister, nous soutenir dans les moments difficiles de la vie, comme en ce temps de pandémie. Il nous pousse inlassablement au sursaut et à l’initiative libératrice.

L’Esprit Saint, cet avocat, ce Défenseur, où est-il en ce moment d’épidémie ? Ne doutons pas de sa présence dans ce monde en difficulté, dans l’Eglise qui vit sans aucune célébration, en chacun de nous. Il fait notre unité. Nous étions confinés et maintenant déconfinés, toujours séparés, mais animés, unis par le lien invisible de l’Esprit Saint. Comme une voix silencieuse, Il nous guide, nous accompagne, nous conseille.

Dans sa lettre aux Galates, Saint Paul nous énumère les fruits de l’Esprit Saint : « Amour, Joie, Paix, Patience, Bienveillance, Bonté, Fidélité, Douceur, Maîtrise de soi ».

Animés par ces qualités, nous sommes en mesure de vivre et de combattre cette épidémie du coronavirus et cette épidémie de la peur.

L’Esprit Saint nous aide à rester patients, à trouver la paix et l’apaisement, à faire preuve de civisme et de maîtrise de soi, à être solidaires et bienveillants, plein de bonté envers ceux qui sont touchés de près (les malades et ceux qui les accompagnent), à rester fidèle à notre Église, à Dieu et à sa Parole, à notre foi baptismale, à nos engagements conjugaux ou sacerdotaux.

Frères et sœurs, soyons attentifs aux visites et appels de l’Esprit Saint. Il vient frapper à la porte de notre cœur sans en forcer l’entrée. Il n’entre que si nous lui ouvrons la porte. Ce n’est pas lui qui l’ouvrira pour nous, car l’amour ne s’impose pas.

En revanche l’Esprit Saint nous donne le mode d’emploi pour ouvrir cette porte : “si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole” : « aimer Jésus. Rester fidèle à sa Parole »

Cela suppose que nous prenions le temps de fréquenter Jésus, d’écouter sa parole, de le prier, de suivre l’enseignement de l’Eglise à travers lequel Jésus éclaire notre conscience.

En cette période difficile, face aux multiples épreuves, dans les moments d’abandon ou de découragement, faisons-nous réellement appel à l’Esprit Saint ?

Confrontés à nos propres faiblesses et à nos limites, pour lutter contre ce qui est en nous obstacle à notre appartenance au Christ et à la fidélité à l’Evangile, faisons-nous réellement appel à l’Esprit Saint ?

N’oublions donc pas la présence du Saint Esprit dans nos prières personnelles et collectives. Il est « l’Assurance » de notre vie en Christ. Il est notre Défenseur. Il nous bouscule, nous pousse à l’action.

Poussés par l’Esprit Saint, les disciples, le jour de la Pentecôte, sont sortis de leur confinement, de leur peur et ont proclamé : « Christ est Vivant, nous en sommes témoins »

Baptisés, nous avons été « oints ». Nous avons reçu l’Esprit Saint. Il habite en nous. Il nous guide. Il nous aide à garder les commandements. Il nous pousse à sortir de nos sacristies, de nos églises, de nos canapés, de notre confort, pour aller vers ceux qui, dans nos milieux de vie, ont besoin d’être défendus dans leur vie, leur honneur, leur travail, leur pauvreté de moyens. Auprès d’eux, « nous sommes en ambassades au nom du Christ », nous dit saint Paul Confortés par l’Esprit Saint, nous devons à notre tour être les défenseurs de nos frères et sœurs en humanité. Cette défense de l’autre se traduit par des gestes simples : aider quelqu’un à remplir un formulaire administratif, faire du soutien scolaire, accompagner une personne âgée dans une démarche, se mettre au service du frère …c’est ça rendre compte de l’espérance qui est en nous. Frères et sœurs, mettons-nous à l’école de la Vierge Marie : « Le Saint-Esprit se précipite dans les cœurs où Marie est souveraine », dit Grignion de Montfort.

 

Père Mathias Doamba