Pâques au balcon…

Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie.

Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.

( Jean 11,25)

Alors que, protestants comme catholiques, nous avancions sur le chemin du Carême, un événement fait irruption qui bouscule nos vies, nos repères, et qui tout à coup chamboule le calendrier millénaire de notre montée vers Pâques. A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas encore si le confinement imposé en France et ailleurs dans le monde sera levé d’ici là, mais jour après jour la probabilité se fait plus grande d’avoir à annuler (où peut-être reporter) nos célébrations de la Semaine Sainte. De vivre cette fête sur les balcons de nos maisons et de nos immeubles respectifs.

 

Et l’occasion nous est donnée alors d’interroger ce manque que nous appréhendons déjà.  Au côté de tout ce que ce confinement nous impose de renoncements à ce qui, hier, nous paraissait essentiel, pouvons-nous concevoir de vivre cette fête de Pâques sans nous rassembler pour prier, pour chanter, pour communier, pour célébrer ?

 

Comme souvent, je vous invite à faire un pas de côté. Un pas qui nous déplace de la vision d’une commémoration millénaire de la mort de Jésus vers la révélation d’une leçon de vie qu’il nous donne :

« Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. » (Matthieu 16,24).

 

Jésus nous invite à le suivre, à le suivre au pied de la Croix. Non pas pour souffrir et mourir avec lui, mais pour découvrir avec lui un passage (c’est le sens même du mot Pâque). Un passage qui traverse la mort pour ramener à la vie. Une épreuve initiatique qui nous enseigne qu’au sortir de toutes nos épreuves, de toutes nos morts symboliques se profile une résurrection, une renaissance.  Ressusciter veut dire se relever, être à nouveau debout et …vivants.

Et c’est avec en tête l’image de cette traversée que je voudrais vous proposer de relire ce que nous vivons aujourd’hui. De faire l’inventaire de nos habitudes, de nos convictions, de nos libertés et de nos certitudes auxquelles, chacune et chacun, nous devons provisoirement renoncer, la mort dans l’âme.

 

Comment survivre à cela sans l’espérance que dans quelques semaines, quelques mois tout au plus, ce confinement sera levé et qu’alors nous aurons l’immense joie de sortir, de renaître, de revivre comme avant… ou presque ?

Je crois profondément que cette année, ce chemin de Croix vers Pâques et la résurrection, ce passage de la mort à la vie, nous allons non pas les célébrer et les commémorer avec ferveur, mais les éprouver au plus profond de notre être.

 

Je crois que Pâques, fête de la résurrection du Christ et préfiguration de notre propre résurrection tombera cette année… le jour où, ayant traversé cette épreuve, nous sortirons tous de ce confinement. Et nous pourrons alors mesurer tout ce que ce temps nous aura enseigné sur la Vie. Sur l’amour du prochain, la solidarité, l’entraide, le courage. Sur la reconnaissance due à tous ceux qui se seront dévoués en première ligne de ce combat. Sur nos témoignages de compassion et de consolation envers ceux qui, dans cette lutte, auront perdu un être cher.

 

Sans doute aurons-nous alors entrevu quelque chose de ce Royaume de Dieu qu’il nous semblait tellement improbable de faire advenir, mais que l’espace de quelques semaines nous aurons touché du doigt. Puisse cet enseignement, avec l’aide de Dieu, s’ancrer durablement dans nos mémoires et dans nos vies.

 

Que Dieu nous soit en aide !

      

Pasteure Laurence Guitton