Homélie des Rameaux

Mt 21, 1-11
Is 50, 4-7
Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a
Ph 2, 6-11
Mt 26, 14 – 27, 66

Confinés…oui, isolés… non ! Merci au MCR pour cette devise, cette conviction. En effet en Eglise, personne n’est jamais seul. Jamais nous ne sommes isolés.

Nous continuons notre carême, la marche vers Pâques. Aujourd’hui, c’est le dimanche des Rameaux et de la Passion de notre Seigneur.

Nous avons raison de crier très fort : « étrange carême ». La Semaine Sainte sera unique cette année : il ne sera pas possible d’aller à un seul office. Tous les repères sont emportés par la vague du virus. Les grandes célébrations qui rythment la marche vers Pâques sont annulées. Du jamais vu en temps de paix.

Malgré l’épidémie de Covid-19, nous devons célébrer cette Semaine Sainte comme mystère de notre Rédemption par la mort et résurrection de notre Rédempteur et frère, Jésus Christ.

Nos églises sont fermées à clef. C’est normal. Nos assemblées eucharistiques sont interdites. C’est normal. Nos églises sont entrées en confinement, dirons-nous. Toute l’Eglise est entrée en confinement. Mais ne laissons pas voler la Semaine Sainte de nos cœurs! Suivons à domicile Jésus qui marche vers sa mort. Que sa Passion nous fortifie tous.

Ce mystère pascal demeure en nous, parmi nous, avec nous. Il nous entoure, il nous embrasse. C’est vraiment notre vie, notre être, notre identité.

Confinés…oui, isolés…non.  Par l’Esprit Saint qui habite nos cœurs, nous sommes reliés les uns aux autres par des fils mystérieux, invisibles, mais réels : la PRIERE.

Par la prière, nous vivons la communion des saints, nous tenons la main, assurons, assistons les personnes dans les hôpitaux, les maisons de retraite, ou isolées dans leur appartement.

Nombreuses sont ces personnes qui vivent en ce moment un chemin de croix ou qui se dépensent sans compter, avec passion pour sauver des vies, au risque de leur propre vie, par la prière, nous les portons au Seigneur.

Jésus ne nous a-t-il pas appris à prier (quand vous priez dites NOTRE PERE) à vivre la solidarité, la charité fraternelle : « Père qu’ils soient un comme Toi et moi nous sommes un ». Ce temps de confinement nous révèle une vertu fondamentale : la solidarité.

C’est en priant que Jésus entre dans sa Pâque. Il emmène avec Lui Pierre, Jacques et Jean, les trois témoins  de sa transfiguration, aujourd’hui, témoins de sa déréliction : Jésus se retire un peu à l’écart pour prier.

L’Eglise célèbre aujourd’hui le dimanche des Rameaux et la Passion. Passion et Résurrection sont les deux facettes d’un unique mystère de mort et de vie, de l’unique Mystère pascal du Christ. C’est le Cœur de notre foi : la mort et la Résurrection du Christ, le cœur de notre religion chrétienne.

Notre entrée dans la Semaine Sainte doit être pour nous un plongeon dans la prière. Ce plongeon nous aide à prendre conscience de nos propres limites et de nos peurs lorsque les évènements nous sont hostiles. N’est-ce pas le cas avec cette épidémie du covid-19 ?

Elle isole, tue, fait souffrir et les malades, et leur famille et le personnel de la santé. certes. Mais elle réveille dans l’esprit des populations en souffrance, le sens de la solidarité, de la fraternité.

Dans notre paroisse des couturières, qui n’ont pas perdu la main, se sont mises à confectionner des masques pour l’hôpital ou des associations. Le téléphone permet de prendre les nouvelles des voisins, de rendre service aux personnes à mobilité réduite.

Les prêtres, confinés, téléphonent, célèbrent des messes en ligne, envoient des petits messages pour redonner goût à la vie. Des prières sont organisées pour la fin de cette épidémie. Faisons sortir nos chapelets donc.

Ne pensons pas que notre prière est pauvre. Humble et pauvre, ne nous inquiétons pas, elle est forte de la prière du Christ, lui qui ne cesse d’intercéder pour nous.

Sans être un refuge, un repli sur nous-mêmes, notre prière est une communion avec le Christ et avec tous nos frères et sœurs en humanité.

L’épidémie de COVID-19 nous oblige à vivre autrement ces jours saints. L’absence de rassemblement sera d’autant plus vive que la Semaine Sainte est l’occasion de suivre le Christ seul dans son appartement ou en famille.

Confinés nous n’aurons ni le Corps, ni le rameau bénis, mais sa Parole. Ne sommes-nous pas, devant le Christ, des beaux rameaux vivants verts, de toutes les couleurs, bénis par Dieu pour acclamer son Fils qui passe dans notre vie.

Ce temps de confinement est triste, angoissant, plein des gémissements. Que ce temps de la Passion soit : témoignage d’une confiance et d’une espérance sans faille. Le Christ n’a reculé devant aucune incompréhension humaine, aucune contradiction humaine.

Malgré le doute et la trahison de Jésus, le reniement de Pierre, l’abandon des disciples Jésus décide de s’offrir librement.

Face à cette spirale de violence, Jésus reste celui qui aime jusqu’au bout. Il pose sur tout homme, même du haut de la Croix, un regard d’amour qui invite à vivre de l’amour, et par amour.

Par sa Passion d’amour, Jésus a été fidèle jusqu’à la mort, fidèle à son amour infini pour le Père, et pour les hommes.

Il a vécu sa Passion et sa mort comme il a vécu sa vie, par amour. Sa mort est une mort donnée, comme sa vie fut une vie donnée totalement à la mission que le Père lui a confiée.

La couleur rouge des ornements liturgiques nous rappelle l’humiliation vécue par le Christ Jésus et la Croix, instrument de sa Passion et de sa mort, est devenue signe de reconnaissance de ses disciples.

Cette semaine Sainte réconcilie avec Dieu les hommes divisés que nous sommes. Elle rassemble au pied de la Croix tous ceux que la tentation de ce monde a dispersés.

Sur la Croix Jésus rejoint ceux qui ploient sous le poids de la haine ou du mensonge. La Passion du Christ ravive notre foi, nourrit notre espérance car son amour triomphe du péché. « Nous t’adorons, Ô Christ et nous te bénissons, car tu as racheté le monde par ta Sainte Croix ».

Frères et sœurs, osons pleurer sur nos péchés et nos reniements comme Pierre. Osons nous ouvrir à la conversion, en nous faisant serviteurs les uns des autres.

Comme Pilate, ne nous lavons pas les mains devant les situations de détresse et de misère que nous côtoyons.

En temps de malheur comme en temps de grande joie, aimons Jésus.

Etre disciple du Christ, c’est devenir serviteur de nos frères. C’est aimer le frère, tel qu’il soit, d’un amour qui peut aller jusqu’au don total. Soyons des Simon de Cyrène.

Confinés…oui, isolés… non ! Bonne Semaine Sainte.

Père Mathias doamba

Le Pape fait appel à la créativité de l’amour

«Il veut dire à tous sa proximité et son affection» en nous incitant à utiliser au mieux ce temps : «soyons généreux ; aidons ceux qui sont dans le besoin dans notre voisinage».

«Même si nous sommes isolés, la pensée et l’esprit peuvent aller loin avec la créativité de l’amour».

Le Pape invite enfin à faire «un geste de tendresse envers ceux qui souffrent, envers les enfants, envers les personnes âgées».

Il exprime sa reconnaissance envers «la générosité de ceux qui s’exposent pour traiter cette pandémie ou pour garantir les services essentiels à la société. Combien de héros, de tous les jours, de toutes les heures !»