Homélie 5ème dimanche carême, année A

Ez 37, 12-14
Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8
Rm 8, 8-11
Jn 11, 1-45

Après les évangiles de la Samaritaine et de l’aveugle-né, voici, avant que s’ouvre la Semaine Sainte, le récit de la résurrection de Lazare. Comme les deux précédents, il s’agit d’une catéchèse sur le baptême, sur la « plongée » dans la mort et la Résurrection de Jésus.

La résurrection de Lazare est, dans l’Evangile de saint Jean, le dernier « signe » de Jésus et le plus important. Il se situe quelques jours avant la pâque, préfigurant en Lazare ce qui va arriver à Jésus.

Retenons quelques points marquants de ce récit :

Le retard de Jésus. Il ne semble pas pressé de partir, alors même que Marthe lui  a dit : Seigneur, celui que tu aimes est malade ». C’est-à-dire, il est au plus mal. Jésus reste encore trois jours sur place avant de se mettre en route.

Et Marthe, la maîtresse de maison, qui n’a pas la langue dans la poche, dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Une parole qui sonne comme un reproche. Elle reproche à Jésus son silence et son absence.

En cette période exceptionnelle de confinement, nous vivons dans un monde malade, qui souffre  à cause de deux épidémies : l’épidémie du coronavirus et l’épidémie de la peur qui en découle.

Ne nous posons-nous  pas très souvent les questions, telles que : « où est-t-il notre Dieu ? Que fait-t-il ? », « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour que cette épidémie nous arrive ? », « Si tu avais été là, si tu existais réellement, tout cela ne nous arriverait guère ».

Vendredi avant la célébration des obsèques au cimetière de Montelier, un monsieur me posa la question : « l’épidémie de coronavirus, de qui vient-elle, de Dieu ou des hommes ? Nous sommes des Marthe qui reprochons à Dieu son absence, son silence, son indifférence.

Jésus dit à Marthe : « je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez. ». Puis il ajoute : « cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu ». Parole étrange, énigmatique.

Jésus montre que Dieu n’est pas du côté de la mort, mais de la vie. S’il laisse à la mort un temps son pouvoir, c’est parce que, à travers elle, il donne à l’homme, par la foi, l’espérance d’en sortir vivant et vainqueur.

Notre monde sent la mort, tant il manque de confiance, d’ambition, d’espérance, de fraternité, de solidarité, tant il est en crise spirituelle.

Au cœur de ce récit évangélique, ce n’est pas le miracle qui importe, mais le dialogue de Jésus avec Marthe.

« Je suis la résurrection et la vie », dit Jésus. Et la réponse de Marthe: « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. »

Cette confession de foi de Marthe est bien plus plénière que celle de Pierre : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle ».

Marthe est ici, bien plus que Pierre, le modèle de la croyante. Et Marie, accablée par le chagrin, sans professer sa foi, se tourne vers Jésus et non vers le sépulcre. Dans son immense peine, elle choisit de regarder la vie. Encore là, elle choisit la meilleure part.

Que devient Lazare dans tout cela. Il entend le cri de Jésus : « viens dehors ! » Il revient des enfers, comme le baptisé remonte de la piscine baptismale.

Avec Marthe, passons de la mort à la vie, en confessant la foi pascale de notre baptême : « tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » Avec Marie, tournons les yeux vers le Seigneur.

Encore quinze jours et nous célèbrerons la Résurrection de notre Seigneur. Supportons patiemment  le jeûne et le combat civique contre l’épidémie du coronavirus et  la peur qui nous ont été imposés.

Accueillons l’invitation à la prière comme une plus grande intimité avec Dieu et un soutien moral pour tous ceux et celles  qui sont au front du combat contre ces épidémies.

Aujourd’hui, c’est « le dimanche de l’espérance ». L’espérance nous aide à faire face aux difficultés de la vie, à accepter l’épreuve, à tenir ferme dans la souffrance.

         Nous sommes confinés, oui, c’est une réalité. Mais nous ne sommes pas isolés. Confinés, oui… mais envoyés pour être solidaires et prier en faveur des malades, de leurs soignants, de leurs familles et de tous ceux qui prient pour la fin de la pandémie dans le monde entier.

Frères et sœurs, faisons nôtre la prière du Pape François à saint Joseph :

« Saint Joseph, protège notre pays. Éclaire les responsables du bien commun afin qu’ils sachent – comme toi – comment prendre soin des personnes qui leur sont confiées.

Donne l’intelligence de la science à ceux qui recherchent des solutions adaptées à la santé et au bien-être physique de leurs frères et sœurs.

Soutiens ceux qui se dépensent pour les nécessiteux : bénévoles, infirmières, médecins, qui sont en première ligne pour soigner les malades même au prix de leur propre sécurité.

Saint Joseph, bénis l’Église : à commencer par ses ministres. Fais d’elle un signe et un instrument de ta lumière et de ta bonté.

Saint Joseph, accompagne les familles : par ton silence priant, construis l’harmonie entre les parents et les enfants, surtout les plus petits.

Préserve les personnes âgées de la solitude : ne laisse personne dans le désespoir de l’abandon et du découragement.

Réconforte les plus fragiles, encourage ceux qui vacillent. Intercède pour les pauvres.

Avec la Vierge Marie, prie le Seigneur de libérer le monde de toute forme de pandémie. Amen.

Père Mathias