Homélie du 4ème dimanche de carême, de Laetare, année A

1 S 16, 1b.6-7.10-13a
Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6
Ep 5, 8-14
Jn 9, 1-41

 

« Prière, Jeûne, Partage », sont les piliers du carême chrétien. Exceptionnellement, cette année, notre carême se vit autrement : « un carême dans le désert du confinement ».

Est-il une exagération de faire un rapprochement entre ce temps de carême et celui du confinement. L’un se vit dans le cadre religieux et l’autre à travers une crise sanitaire sérieuse. L’un et l’autre sont un temps de « désert ». Nous sommes renvoyés à une vie quasi monastique.

Frères et sœurs nous sommes invités à faire une pause dans notre vie, encouragés à suivre l’exemple des moines : « lire, travailler, prier, se reposer  », retrouver le sens d’une vie dépouillée, plus pleine et concentrée sur l’essentiel.

Frères et sœurs, implorons la miséricorde de Dieu pour que cesse cette épidémie de coronavirus qui isole et tue des milliers d’êtres humains dans le monde. Prions pour eux et pour le personnel de la santé, tout confondu.

À l’approche des Jours Saints, l’Église nous met sous les yeux l’histoire d’un laissé-pour-compte, un homme enfermé dans sa cécité depuis sa naissance, un homme qui vit au dépend, à la merci et à la générosité des passants.

Ne pas voir est un manque, un handicap majeur. Il n’a jamais vu ni la lumière, ni l’harmonie de couleurs, ni la beauté d’un paysage ou d’un visage.

Cet homme né dans les ténèbres est le vivant symbole de l’humanité plongée dans la nuit de l’incroyance.

Jésus le voit, crache sur le sol et avec de la salive, fait de la boue et l’applique sur ses yeux en lui disant : Va te laver à la piscine de Siloé, qui signifie en hébreu « Envoyé ». Jésus vient en notre monde pour réaliser l’action du Père qui l’a envoyé.

Jésus nous fait comprendre que l’eau de la piscine de Siloé préfigure la fontaine baptismale qui nous a incorporés à lui et à son Corps, l’Église.

Ce baptême fait de nous des envoyés en mission dans notre milieu, dans le monde d’aujourd’hui : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

Comme Jésus est l’envoyé du Père, l’aveugle est l’envoyé de Jésus à la piscine qui lui donne la vue et la lumière.

L’Esprit de Jésus, par notre baptême, nous a ouvert les yeux aux réalités du Royaume à édifier : notre famille chrétienne à aimer de tout notre cœur, notre communauté paroissiale qui a toujours besoin de nos interventions, de notre participation pour se relever, pour se fortifier.

L’Évangile vient transformer notre regard sur notre mission de baptisés. À la suite de Jésus, nous sommes les envoyés de Dieu dans le monde, pour accomplir la Parole de Dieu faite chair en Jésus, pour l’actualiser, pour la laisser respirer en nous.

Entrons dans la Parole proclamée pour faire route avec elle, comme les disciples marchant avec Jésus, comme cet aveugle-né allant à la piscine de Siloé. Allons d’un pas alerte comme lui, avant et après sa guérison.

À la fin du récit, Jésus réapparaît en compagnie du miraculé et reçoit sa profession de foi : « Je crois, Seigneur ». Jésus dit alors aux passants : « Je suis venu en ce monde pour que ceux qui ne voient pas puissent voir et que ceux qui voient deviennent aveugles ».

Oui, Seigneur, nous voulons, nous aussi, être disponibles à ta Parole, dans cette Eucharistie que nous célébrons, que nous partageons.

Oui, nous voulons te demander de nous ouvrir les yeux aux merveilles de ton amour, d’ouvrir nos mains qui se ferment pour tout garder, d’ouvrir nos cœurs parfois fermés aux misères et aux détresses d’autrui.

Avec ton appui, nous arriverons à nous remettre en question car nous savons maintenant que c’est une attitude nécessaire pour que nos yeux, souvent aveuglés, puissent mieux te voir et mieux te reconnaître en ceux et celles que tu nous confies.

Demandons à la Vierge Marie de remplir nos cœurs de foi, d’espérance et de charité en ces temps de carême et de confinement et de nous obtenir la grâce de l’Esprit-Saint pour que nous sachions trouver les gestes nécessaires.

Père Mathias Doamba

 

Dimanche de Laetare : La joie se fait intense, le 4e dimanche du carême l’exprime et la célèbre.

Le violet disparait laissant place au rose dans la liturgie.

Chasuble rose portée par le célébrant le dimanche de laetare © DR

Premier mot latin de l’Introït du quatrième dimanche de Carême : «Réjouissez-vous».

Comme au dimanche Gaudete au milieu de l’Avent, l’Église fait une pause dans la pénitence quadragésimale, pour mieux se hâter vers les joies pascales.

En vue de mieux le signifier, on peut porter en ce jour des ornements roses, mettre des fleurs dans le sanctuaire, jouer de l’orgue.

Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés

(source : croire.la-croix.com)