Homélie 3ème dimanche de carême, année A

Ex 17, 3-7
Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9
Rm 5, 1-2.5-8
Jn 4, 5-42

Une rencontre qui change tout.  Beaucoup de jeunes filles et garçons se donnent le sacrement de mariage suite à une rencontre décisive : dans une boîte de nuit, une soirée entre amis, par internet.

Une rencontre qui bouleverse, change et oriente toute une vie. Cela n’a tenu qu’à peu de chose : un regard, un sourire, un service rendu, une conversation partagée. Et l’autre devient un être indispensable, unique. On lui fait confiance.

A partir de ce moment s’est engagé un nouveau destin, un nouveau départ, une nouvelle aventure amoureuse.

La rencontre de Jésus avec la femme de Samarie est de ce type. Une rencontre improbable car Jésus ne devait pas traverser la Samarie en raison d’une hostilité ancestrale.

La femme ne devait pas être au puits à midi, à l’heure la plus chaude du jour. L’approvisionnement en eau se faisait le matin ou le soir.

Jésus et la Samaritaine se sont croisés au carrefour de leurs « soifs » respectives : la soif du Fils de Dieu, « venu sauver ce qui était perdu » et celle d’une femme dont la quête d’eau familière était le reflet d’une recherche intérieure de vérité et d’amour. La soif physique est une expérience et la soif spirituelle en est une autre.

Jésus, fatigué et assoiffé dit ; « donne-moi à boire ». Il  exprime ce besoin fondamental de l’humanité : l’eau. Il prend une position basse, de demandeur. Plus tard sur la croix il dira encore : « j’ai soif ».

Bouleversée, surprise qu’un juif lui adresse la parole, la femme voit en Jésus, un prophète qui lit dans sa vie. Elle reconnaît enfin en lui le Messie attendu.

Transfigurée par cette rencontre qui illumine sa vie, la Samaritaine abandonne sa cruche, court dire aux gens du village : « venez voir un homme, ne serait-il pas le Messie ? ».  Par cette rencontre elle devient témoin et missionnaire de la Bonne Nouvelle.

Et ceux qui se sont tournés vers Jésus à la suite de son témoignage diront plus tard : « Nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment Lui le Sauveur du monde »

Ce dialogue au bord du puits nous interroge sur notre connaissance de Jésus-Christ. Il n’est pas un inconnu pour nous. Mais n’arrive-t-il pas que le Christ ne nous intéresse que dans la mesure où il apporte la solution à nos problèmes matériels ou intellectuels : un Jésus « utile ».

Le Christ est-il pour nous la « Parole vivante » du Père, le Verbe fait Chair, l’Envoyé de Dieu, le Sauveur du monde venu changer notre manière de vivre et d’aimer ?

Jésus demande à la Samaritaine : « Va, appelle ton mari… »  La femme fait alors œuvre de vérité : « Je n’ai pas de mari ». « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là tu dis vrai », réplique Jésus.

La rencontre avec Jésus nous conduit toujours à la vérité de notre être. Nous ne pouvons pas rencontrer Jésus réellement si nous venons avec un masque, avec un mensonge, avec une personnalité virtuelle que nous nous sommes construite au niveau spirituel et qui ne correspond pas à notre être réel.

C’est dans le concret de notre existence, avec nos blessures, avec nos péchés, avec nos limites, que nous pouvons rencontrer véritablement Jésus et le laisser opérer en nous son œuvre de salut.

Ce chemin parcouru par la Samaritaine pour connaître Jésus comme prophète d’abord, puis comme Messie, est un chemin privilégié pour nous en ce temps de carême.

Nous sommes invités à nous dépouiller de nos certitudes, de nos masques et de nos faux-semblants pour rencontrer, au plus intime de notre être, le Christ comme Sauveur,  et en être des témoins transparents qui permettent à d’autres de découvrir et d’accueillir cette source d’eau vive qu’est le Salut offert en Jésus-Christ.

Dans les moments de joie et d’amour, allons au puits rencontrer le Christ et faire à nouveau l’expérience de la rencontre.

Que notre rencontre avec Jésus au puits de l’Écriture et au puits de l’Eucharistie, soit aussi enrichissante que celle de la Samaritaine, afin que nous aussi, nous soyons porteurs de la Bonne Nouvelle.

Père Mathias Doamba