Homélie du 1er dimanche de carême, année A

Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a
Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
Rm 5, 12-19
Rm 5, 12.17-19

Depuis le mercredi des Cendres, les chrétiens catholiques sont  entrés dans le Carême.

Pour les plus anciens, cette période évoque le temps des légumes à l’eau. Pour les générations actuelles, le Carême évoque le bol de riz, l’action de solidarité, le souci du Tiers-monde. Il est heureux que notre paroisse s’engage dans cette voie.

L’Evangéliste Matthieu nous  dit que Jésus « fut poussé au désert par l’Esprit Saint pour être tenté ». Le tentateur le conduisit dans trois lieux différents:

D’abord le désert. Dans la Bible, le désert est un lieu de privation et de souffrance. C’est le lieu biblique de la rencontre et du combat, de la solitude et de l’écoute, de l’exode et du dépouillement

C’est au désert que le peuple d’Israël était prêt à troquer sa liberté toute neuve contre des marmites de nourriture et à oublier sa vocation de fils chéri de Dieu. Le désert a été le lieu de « murmure » incessants contre le Seigneur et contre Moïse.

Tiraillé par la faim, le tentateur se présente à Jésus en commençant par le flatter : « Si tu es le Fils de Dieu, tu peux changer des pierres en pain ».

Jésus refuse de se livrer à l’appétit  de posséder et de consommer. Il se veut le nouvel Adam qui reçoit du Père sa dignité et sa mission de Fils. Il vient inaugurer le monde nouveau où ce ne sont pas les pierres qui seront changées en pain, mais des cœurs durs comme pierre qui deviendront tendres comme du bon pain, en se laissant pétrir par l’amour.

« L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » proclame Jésus. Il annonce ainsi qu’il est le « Pain de Vie », venu du Père.

Notre désert à nous, n’est-ce pas là où nous nous investissons totalement dans l’appétit et la consommation matériels ? Notre cœur devient incapable de s’ouvrir à la Parole de Dieu et de partager, fermé à la faim de Dieu, imperméable à son amour. Et nous renions notre identité de fils et filles de Dieu

Ensuite le Temple. C’était l’endroit privilégié où montait la prière d’Israël. C’est le lieu du service du Dieu trois fois saint. : « Si tu es le Fils de Dieu, tu peux sauter sans risque du haut du Temple », dit le tentateur à Jésus.

Jésus n’utilise pas le Temple en vue de son succès personnels. Sa mission est de purifier le Temple devenu « maison de trafic ». Il est venu remettre debout tous les handicapés du corps, du cœur ou de l’esprit. Il est le vrai temple de Dieu qui glorifie le Père.

Et nous !!!! Ne nous servons-nous pas de Dieu et de la religion pour notre propre intérêt, ne sommes-nous pas tenter de demander à Dieu n’importe quoi et de lui en vouloir s’il ne nous l’accorde pas ?

Enfin la montagne. Au pied de la montagne, Israël a sacrifié devant un veau d’or et s’est prosterné devant lui. : « Si tu es le Fils de Dieu, tu peux dominer le monde ».

Jésus a résisté à l’idolâtrie et a rappelé le sens de l’adoration de Dieu seul, en esprit et en vérité.

À trois reprises, Satan a voulu amener Jésus à se servir de son pouvoir : sa faculté de faire des miracles, le pouvoir de sa foi, qui prétendrait mettre Dieu à l’épreuve, sa domination sur le monde, par la soumission à Satan et à son gouvernement de violence.

Jésus résiste parce que Dieu est au cœur de son existence, il vit de sa parole, il a une telle confiance en lui qu’il ne veut pas porter atteinte à sa souveraineté ni à sa liberté, parce qu’il s’est engagé exclusivement à le servir.

            Lorsque le tentateur s’approche de nous, il utilise la même technique en disant par exemple : « si tu es un homme libre, si tu es une personne qui a l’initiative de sa propre vie, fais donc ce qui te plaît ; ainsi, tu pourras manifester ta liberté et ta dignité. »

Ne nous  arrive-t-il pas d’adorer le « veau d’or » de l’argent, du pouvoir, du plaisir ?

Toutes les tentations ont pour but de nuire à la relation qui existe entre l’homme et Dieu. C’est l’objectif que s’est fixé le tentateur.

Être fils de Dieu, c’est se laisser conduire par Dieu sans lui imposer nos voies et nos moyens. C’est lui faire totalement confiance sans vouloir obtenir des garanties, sans espérer de miraculeux prodiges qui nous démobiliseraient de nos luttes et de nos engagements.

Etre fils de Dieu, c’est faire de la volonté de Dieu notre nourriture de tous les jours.

Seigneur, donne-nous le désir et la force de te suivre et de t’aimer. Sois avec nous sur le chemin qui nous mène à Pâques, Fête de la Vie.

Avec toi, nous marcherons comme un peuple de frères, heureux de témoigner que Tu nous aimes, que Tu nous sauves et que Tu es Amour. Amen

Père Mathias