Homélie du mercredi des Cendres, année A

Jl 2, 12-18
Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
2 Co 5, 20 – 6, 2
Mt 6,1-6.16-18

 

Aujourd’hui, partout dans le monde, des millions de chrétiens catholiques, comme nous, de tous horizons et de toutes générations, font leur entrée solennelle en carême avec cette célébration solennelle des Cendres.

« Revenez à moi ». C’est par ce cri du cœur de Dieu que s’ouvre le Carême. « 40 jours pour revivre comme les Hébreux au Sinaï, comme Jésus dans le désert, un chemin de libération intérieure ».

Un temps de joie, un temps de conversion, un temps pour reprendre le chemin du Christ, un temps pour nous laisser saisir, rejoindre, transformer par le Christ. En un mot, un temps pour « Fleurir là où Dieu nous a plantés ».

Frères et sœurs, le Carême, un chemin de paix, d’humilité et de simplicité,  est un triple rendez-vous. Prenons le temps pour être présents à ces rendez-vous.

Notre rendez-vous avec Dieu le Père : la prière (préparer un coin prière « spécial carême »). Il ne s’agit pas d’aligner des exercices de piété que nous aurions à comptabiliser. Mais de nous tourner vers Dieu, vers le Christ, vers l’Évangile… pour y retrouver le visage d’un Dieu qui nous aime, pour redécouvrir la force d’un Évangile qui nous appelle à aimer à la manière du Christ.

Prier « dans le secret », précise Jésus. Pourquoi ? Parce qu’une relation ne se mesure pas au nombre de lettres, de coups de fil ou d’heures passées ensemble. Elle est dans l’intensité de la communion, et ça c’est dans le secret du cœur.

Notre rendez-vous avec nos frères : « le partage » (penser à mettre de côté l’argent récolté du jeûne pour la paroisse ND de Lourdes de Saponé, accueillir chez-soi une personne en difficulté). Personne n’est trop pauvre pour ne rien donner, personne n’est trop riche pour ne rien recevoir.

Il ne s’agit pas de claironner notre générosité, même si elle est très louable, ni de calculer la totalité de nos dons pour en faire un bilan, mais d’ouvrir notre maison pour un repas 4×4, pour  un  partage d’Évangile, ou pour visiter une personne âgée, malade, isolée… ouvrir nos mains à la dimension de l’ouverture de notre cœur, « dans le secret», précise encore Jésus.

Pourquoi ? Parce que « si la main gauche ignore ce que donne la main droite », c’est pour laisser Dieu, et Dieu seul, reconnaître notre sens du partage. Le partage est le nouveau nom de l’aumône, il exprime la reconnaissance de l’autre que l’on cherche à aimer comme soi-même puisqu’on lui donne une part de soi-même.

Qui dit « partage » dit aussi « échange » : il faut un cœur de pauvre pour recevoir de l’autre, pour s’enrichir de la richesse de l’autre. De même que la prière n’est pas un monologue, mais un dialogue, de même le partage n’est pas que don, mais aussi échange : créer un groupe de prière, de partage d’Évangile, de réflexion sur les évènements mondiaux à la lumière de l’Evangile….

Notre rendez-vous avec nous-mêmes : « le jeûne » (journée sans écran, se retrouver pour jeûner entre amis, entre familles). Le jeûne a ce but : nous prouver à nous-mêmes que nous pouvons vivre de l’essentiel, en nous libérant du superflu. En jeûnant, le croyant cherche à se rendre disponible à Dieu, et en même temps, il est invité à partager ce que, en jeûnant, il économise, pour l’offrir aux pauvres. Le jeûne est ce temps d’épreuve, au sens fort du mot, temps où l’on s’éprouve soi-même pour être plus en relation avec Dieu et avec les autres.

Ce n’est donc pas l’ascèse pour l’ascèse qui est recherchée, ni non plus la somme des privations qui compte, mais ce comportement vécu « dans le secret », précise encore Jésus.

Le jeûne, la prière et le partage, ces caractéristiques d’une vie spirituelle authentique,  nous les pratiquons pour devenir des justes, c’est-à-dire pour être ajustés au Père qui nous regarde et qui nous sourit.

Ils seront donc nos compagnons, notre bâton de marche et notre boussole pour la traversée du désert.

Mais, à ces trois compagnons, nous pourrons en ajouter deux autres : la réconciliation (dire une parole valorisante à un de ses proches…) et le service (proposer ses services à une personne âgée ou malade, garder les enfants d’un couple afin qu’il puisse s’offrir une sortie des amoureux…).

Ainsi, tout au long des 40 jours qui vont nous conduire jusqu’à Pâques, nous pourrons faire route chaque semaine avec l’un de ces compagnons, le bâton à la main gauche et la boussole à la main droite :

-C’est un Dieu Père que nous allons rencontrer dans la prière, ça doit nous réjouir.

-C’est un Christ frère que nous allons rencontrer dans nos gestes de partage, ça doit aussi nous réjouir.

-C’est un Christ sauveur que nous allons rencontrer dans le jeûne, ça doit encore nous réjouir.

C’est Dieu qui nous regarde « dans le secret », n’oublions pas de lui sourire.

Bon et saint Carême sous le regard bienveillant et souriant de Dieu.

Père Mathias Doamba