Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire, année A

Si 15, 15-20
Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34
1 Co 2, 6-10
Mt 5, 17-37

Dans la liturgie de ce dimanche, il est question de commandements, de lois. N’est-ce pas que notre vie est encadrée par des lois, par des commandements.

La loi n’a pas bonne presse aujourd’hui dans nos sociétés. Elle est une contrainte à la liberté, un frein à l’initiative. Trop nombreuses et envahissantes, les lois finissent par corseter la vie sociale et l’initiative personnelle. Du coup, la revendication des droits prend le pas sur la reconnaissance des devoirs.

Chaque groupement humain, pour assurer son équilibre, pour son fonctionnement normal, est obligé de se doter de lois, d’un règlement qui doit être respecté par tous.

Aucune famille, aucune société, aucune administration, aucune religion ne peut se passer de commandements. Pour jouer ensemble, au football, à la belote, on a besoin de règles du jeu.

Quand on vit en société, en Eglise, en paroisse, il est important de se respecter les uns, les autres. On ne peut pas faire n’importe quoi. C’est d’ailleurs ce qui fait l’unité et la spécificité de chaque groupement.

Pour accomplir son œuvre de salut, Dieu Lui-même nous donne des règles, des commandements qui nous aident à vivre en harmonie.

Dans la première lecture, Ben Sira le Sage propose de choisir : d’un côté, la vie qui résulte de l’observation des commandements et de l’autre, la mort qui est la sanction de l’orgueil. Que choisirons-nous ?

Dans sa lettre aux corinthiens, saint Paul s’adresse à des chrétiens venus du monde païen. Ils ont accueilli le message de l’Évangile. Il les invite donc à vraiment faire « le choix de Dieu ».

L’Évangile de ce jour est un traité de l’AMOUR que nous devons avoir les uns pour les autres. Jésus y revient sur la loi transmise par Dieu aux anciens. C’était un minimum indispensable à la vie en société : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper, ne pas commettre d’adultère.

            « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ». Pour Jésus, la LOI de Dieu n’est pas faite pour brimer l’homme, mais pour le rendre heureux, pour l’aider et le guide dans sa marche vers la VÉRITÉ. Inscrite sur la pierre, elle est d’abord inscrite dans le cœur de l’homme. Elle  est plus intérieure qu’extérieure.

Il est donc hors de question de supprimer ces acquis. Bien au contraire, Jésus invite ses disciples et chacun de nous à aller encore plus loin.

C’est comme dans une famille, la pratique scrupuleuse d’un règlement interne ne suffit pas à la rendre heureuse. Il lui faut de la solidarité, de l’accueil, du partage et surtout de l’amour.

Pour se faire comprendre, Jésus entre dans le concret de la vie des gens : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre… Eh bien, moi je vous dis : Tout homme qui se met en  colère contre son frère en répondra au tribunal ».

Nous serons tentés de dire que Jésus exagère, qu’il en veut toujours plus, que la barre est haute.

Jésus nous rappelle ainsi que des paroles peuvent tuer : les calomnies, le harcèlement, les propos racistes sont un poison qui cause des dégâts importants. De même les médisances qui tuent la renommée des personnes.

Aujourd’hui, Jésus nous propose la perfection de l’amour. Si nous refusons de faire la paix avec notre prochain, nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu.

Avant de manifester notre dévotion dans la prière, nous sommes invités à nous réconcilier avec lui.

« Vous avez appris qu’il a été dit…. Eh bien, moi je vous dis ». Jésus invite ses disciples et  nous aussi à aller plus loin dans le pardon, dans la charité, dans l’amour du prochain, dans la vérité.

Les autres agissent peut-être de façon extérieure en soignant leurs gestes, vous, agissez de l’intérieur, en soignant votre cœur.

Ce que Jésus attend de nous, c’est une vie remplie d’amour : « Soyez parfaits comme votre Père est parfait ». Il attend de nous une cohérence entre nos paroles et nos actions : « que votre parole soit » oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ».

Le pape François nous dit qu’on ne doit pas louer Dieu avec la même langue qui insulte notre frère. Cela ne se fait pas. Si nous voulons louer Dieu, nous devons tout faire pour nous mettre d’accord entre nous.

            Dieu nous propose  de contempler son Fils  à l’œuvre dans le monde et de nous laisser associer à celle-ci, pour plus d’amour, plus de justice, plus de sens du service, plus de pardon.

Aujourd’hui, Jésus questionne notre propre rapport aux différentes lois, aux différents règlements auxquels nous sommes souvent soumis : dans notre famille, dans la circulation, dans nos services, dans l’Eglise, dans notre paroisse…

Jésus nous met en garde contre cette tendance naturelle à vouloir toujours abolir au lieu d’accomplir, à vouloir toujours nous soustraire au règlement, à la loi, à la contourner, à la prendre toujours comme un fardeau dont on se décharge à la première occasion.

Jésus nous dit aujourd’hui que notre vie chrétienne est une vie d’accomplissement. Si on fait les choses à moitié, Satan se chargera de l’autre moitié.

La mission de l’Eglise, c’est aussi de fabriquer des saints. Et les saints, ce sont ceux qui ont accompli et non ceux qui ont aboli.

Demandons au Seigneur qu’il nous aide à sortir de nos rancunes et de notre rigidité.  Ce qui fera la valeur de notre vie c’est la qualité de notre amour pour tous ceux et celles qui nous entourent. C’est à cela que nous serons jugés. Amen

Père Mathias Doamba