Homélie du 30 ème dimanche du temps ordinaire, année C

(Si 35, 15b-17.20-22a)
(Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23)
(2 Tm 4, 6-8.16-18)
(Lc 18, 9-14)

Chaque être humain est unique devant Dieu et devant les autres. Dieu ne nous crée pas en série, malgré la tendance actuelle fière de ses expériences génétiques. La différence est une expression de la richesse et de la créativité de Dieu.

Malheureusement, cette différence peut devenir source de divisions, de discriminations et même de violence entre les humains. Je ne suis pas comme les autres, sous-entendu, « Je suis le meilleur », et ainsi les autres n’ont plus droit de cité.

L’attitude opposée n’est pas non plus acceptable. Je ne suis pas comme les autres, sous-entendu, « Je suis pire » et n’ai plus besoin de me situer en me comparant aux autres, soit pour me surestimer ou me sous-estimer.

Osons-nous demander : quelle est notre disposition intérieure en venant dans cette église écouter la parole dont la vocation est d’orienter notre vie ? Quel sera notre état d’âme après avoir partagé le pain eucharistique et échangé le baiser de paix ?

Prendrons-nous conscience, à la suite de la première lecture, que  « le Seigneur ne fait pas de différence entre les hommes et qu’il écoute la prière de l’opprimé » ?

Ce questionnement nous introduit au cœur de la bonne nouvelle de ce dimanche où, à travers deux personnalités, voire deux attitudes, s’illustrent : l’égocentrisme pour l’un, l’humilité pour l’autre.

Nous ne pouvons saisir le drame et la beauté de ce qui se passe, sans interroger l’histoire afin qu’elle nous éclaire sur les pharisiens et les publicains.

Qui sont les Pharisiens ?

Selon l’historien Flavius Josèphe, les pharisiens constituaient l’un des partis juifs en activité en Judée pendant la période du second temple (IIème siècle avant Jésus Christ). Le recours à la Torah orale pour fixer la loi juive était leur pédagogie.

Pour des raisons de pureté rituelle ce groupe s’est séparé du reste du peuple, car maître dans l’interprétation de la loi, ils devaient vivre selon les règles de pureté imposées aux prêtres. Leur influence était grande. Ils sont décrits comme « ceux qui se gardent de l’impureté en toute circonstance, y compris lorsqu’ils réalisent des activités ordinaires ne demandant pas d’être en état de pureté ou de sainteté ».

Ils ont cependant le mérite d’avoir fait renaître le judaïsme des cendres de la destruction du temple de Jérusalem. Les griefs et invectives contre les pharisiens sont à interpréter comme une conséquence de l’exclusion des judéo-chrétiens de la synagogue.

La cinglante critique de Jésus à leur endroit concerne le rituel des purifications, dont quelques survivances subsistent en relation avec la prière dans le Christianisme et dans l’Islam, entre autre « ce n’est pas l’extérieur que je veux que vous purifiez mais l’intérieur » dira Jésus.

Sans manquer au devoir de charité fraternelle, peut s’identifier au « pharisien »  celui qui pratique une piété ostentatoire, un formalisme hypocrite, celui qui croit incarner la perfection morale et porte des jugements sévères sur l’attitude où le comportement des autres, dans la communauté.

Qui sont les publicains ? Dans l’administration romaine, le publicain était un homme d’affaire intervenant dans les domaines économiques et fiscaux. Dans une Palestine sous occupation romaine, il devait faire l’avance des sommes à collecter et recouvrer ses fonds et ses commissions, mais ses pratiques usuraires ne faisaient pas l’unanimité. Pour le peuple ce n’était qu’un « collaborateur » de plus.

On pourrait le comparer aux virtuoses du blanchiment et de l’évasion fiscale de notre époque. Le publicain est, dans le Nouveau Testament, méprisé et tristement associé aux pécheurs.

Cependant Jésus va les fréquenter, il accepte de manger avec eux, pire Il appelle l’un d’eux comme proche disciple et collaborateur : Matthieu. Cette attitude, surprenante de Jésus, choque les bien-pensants.

Jésus donne ce publicain en exemple. Au lieu de vanter ses malversations financières, il fait une relecture de sa vie, « un mea culpa » en quelque sorte. Il n’est pas tourné sur lui-même, mais vers Dieu : il sait qu’il a besoin de sa miséricorde et il lui fait humblement confiance.

Le publicain est déclaré « juste » par Jésus, parce que sa prière a sonné juste au cœur du Père ! Celui qui est appelé à entrer dans l’intimité de Dieu, ce n’est pas « le parfait » – fier de lui -, mais celui qui se reconnaît pécheur, qui en souffre, et qui se tourne humblement vers Dieu.

Sa mise en présence de Dieu dans le Temple est empreinte de respect et de révérence : « Il se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant, mon Dieu prend pitié du pécheur que je suis ».

Alors s’opère en lui un retournement que seul l’Esprit procure, parce qu’il implore la miséricorde d’un Dieu qui pardonne. Cette irruption de Dieu dans sa vie le change complètement.

Des publicains Jésus dira : « les collecteurs d’impôts et les prostituées vous précèdent dans le royaume des cieux ». L’attitude de Jésus, qui n’est ni approbation ni condamnation mais miséricorde et appel au changement de vie, réhabilite le publicain.

Ce pharisien et ce publicain de l’évangile nous invitent à la réflexion pour nous situer devant Dieu. Je ne suis pas comme les autres, mais alors, qui suis-je ? Je ne suis ni le meilleur, ni le pire, mais un homme ou une femme qui se tient devant son Dieu, en toute vérité. Pécheur ou pécheresse, mais appelé(e) à être saint(e) comme Dieu.

L’évangile nous dit que le publicain est rentré chez lui justifié pour avoir confessé son péché devant Dieu et non le pharisien, rempli de lui-même, qui met sa confiance dans ses œuvres et son obéissance méticuleuse à la loi. Ce ne sont pas ses œuvres qui lui ouvrent le salut  mais la grâce de Dieu, le don que Dieu lui fait de sa miséricorde.

En chacun de nous hiberne un pharisien et un publicain, puissions-nous par cette célébration, avec la grâce de Dieu, bâtir une communauté ecclésiale sans exclusion et une société fraternelle qui communient au mystère du « dépouillement du Fils » manifesté lors du lavement des pieds : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».

Quand Jésus nous dit qu’il faut redevenir comme des enfants pour avoir part au Royaume, il nous dit simplement qu’il faut, comme le publicain, reconnaître, « sentir », que notre avenir dépend de Dieu. Comme les adultes au contraire, qui se croient plus forts que les autres, le Pharisien n’a vraiment besoin de personne. Sa « prière » n’a pas fait chaud au cœur du Père.

 

Père Mathias Doamba