Homélie du 29 ème dimanche du temps ordinaire, année C

(Ex 17, 8-13)
(Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8)
(2 Tm 3, 14 – 4, 2)
(Lc 18, 1-8)

« Baptisés et envoyés. L’Église du Christ en mission dans le monde ». Tel est le thème de ce mois missionnaire extraordinaire que le Pape François propose de vivre cette année en octobres 2019. C’est quoi les soucis pastoraux du Pape François ?

Il invite tout baptisé « à retrouver le sens de la mission, de son adhésion de foi à Jésus-Christ, foi gratuitement reçue comme don dans le baptême…L’Église est en mission dans le monde…Une Église en sortie jusqu’aux lointains confins demande une conversion missionnaire, constante et permanente »

Il ajoute ailleurs : « Vivre la mission dans le service, la seule façon d’être un disciple de Jésus ». N’est-ce pas une invitation à renouveler notre prière à toutes les intentions de l’Église-Missionnaire, notamment susciter des vocations nouvelles d’acteurs de la mission ?

Mais peut-on vivre la mission dans le service sans être une femme, un homme de prière ? Diverses réponses : un travail bien fait avec amour vaut une vraie prière à l’église. Mais laissons Dieu agir en nous par son Esprit Saint, auteur de toutes  les inspirations de beaux gestes, des paroles constructives , du sens de la compassion et du courage d’aller jusqu’au bout.

La lecture de l’Exode nous rappelait que la prière doit accompagner l’action, et l’action accompagner la prière. La prière éclaire et soutient l’action. Elle ne remplace pas l’action. D’ailleurs, tous les textes de ce dimanche de la Mission invitent à la prière.

Pendant que les soldats combattaient les Amalécites, Moïse priait les mains levées. A chaque fois que Moïse, fatigué, baissait les bras, les Amalécites gagnaient. Mais quand ses deux compagnons se tinrent de chaque côté pour lui tenir les bras dans l’attitude de la prière, Josué triomphait de ses ennemis. Dans ce passage nous reconnaissons trois choses importantes dans la vie de foi: l’agir, la prière et le soutien de la communauté.

Qui d’entre nous n’a pas fait l’expérience de la prière, consciemment ou non, à son insu ? Force est de constater que la prière jaillit bien souvent d’une situation de détresse. Si je prie quelqu’un, un ami, un membre de ma famille, c’est parce que j’ai besoin de lui. Si ma demande formulée tarde à être exaucée, c’est le découragement, au point d’être plongé dans un réel désespoir.

Lorsque nous prions Dieu, Jésus demande que cette prière ne se lasse jamais. Cette attente longue, quelque peu vacillante mais qui ne se relâche pas, qui vérifie aussi que notre prière n’est pas de l’ordre d’une demande magique assortie d’un exaucement, n’est pas là pour mettre notre foi à l’épreuve.

Arrêtons de dire : « Dieu met notre foi à l’épreuve ». Pour quel plaisir ? Dieu n’a pas besoin de nous soumettre à un test pour savoir jusqu’où notre foi tient dans l’épreuve. Tout est dans nos mains et Dieu respecte notre liberté. Il n’intervient pas pour fausser le cours de notre existence. Son intervention se produit à la fin de l’histoire ; une fin de l’histoire qui n’est en rien la fin de la vie puisque Dieu est la vie et qu’il n’a pas de fin ! Mais alors, dira-t-on, pourquoi prier ? Bonne question !

La parabole d’aujourd’hui est très suggestive : d’un côté une femme, veuve, c’est-à-dire une personne sans soutien, seule et sans défense dans un monde sans pitié, sans assurance, sans assistance, abandonnée, désirait obtenir justice contre son adversaire. Malgré un droit juridique inférieur à celui de l’homme, elle voulait que justice lui soit rendue. Elle ne lâcha pas prise et le juge finit par lui rendre justice parce qu’il en avait assez de se faire casser les oreilles. Elle a obtenu ce qu’elle désirait par une simple et persévérante insistance.

Et de l’autre côte, un juge sans conscience, qui ne craint personne, se moque de Dieu et des individus. Il n’agit pas avec professionnalisme et intégrité, lui qui devrait défendre la cause des faibles, refuse d’écouter cette pauvre veuve.

Ces deux symboles, celui de Moïse et celui que nous offre Jésus, sont là pour nous inciter à prier avec confiance, sûrs que malgré les apparences, Dieu exauce notre prière.

Jésus montre bien à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager et résister au découragement par la prière.

Dans toute prière, deux respirations se mêlent : le souffle de Dieu et le souffle du monde dans l’Esprit-Saint. Une telle prière ne peut cesser puisque l’amour ne cesse jamais. Et la persévérance de la prière ne peut pas non plus rester inexaucée puisqu’elle exprime le lien d’amour entre Dieu et l’homme. C’est parce que la prière est à la mesure d’un tel amour que Dieu, autant que l’homme, la désire et en a besoin.

Pour persévérer, mieux vaut se mettre à plusieurs. La première lecture de l’Exode nous donne un exemple convaincant : Moïse et Josué. L’un prie, l’autre combat l’ennemi

Dans ce récit de l’Exode, quatre personnages sont au centre : Moïse et Josué, Aaron et Hour. Moïse prie. Aaron et Hour soutiennent les bras de Moïse et Josué dirige les combattants dans la plaine.

Les combattants eux aussi tiennent bon et persévèrent dans leur résistance contre l’ennemi grâce à Moïse qui prie ainsi qu’à Aaron et Hour qui soutiennent ses mains levées vers Dieu. Belle image de solidarité et de complémentarité entre la prière et le combat. Belle harmonie entre action et contemplation.

Nous sommes invités à persévérer dans la marche vers la liberté, persévérer dans le combat contre l’asservissement, parce que Dieu lui-même persévère dans son œuvre de libération de l’homme. Il faut persévérer dans la confiance en Dieu parce que Dieu persévère dans sa confiance en l’homme. Pas question de baisser les bras quand surviennent les épreuves. Pour l’exprimer, Moïse reste en prière tant que dure le combat. C’est grâce à sa persévérance jusqu’au coucher du soleil, que Josué triomphe des Amalécites.

Cette chaîne de persévérance peut encore inspirer aujourd’hui tous ceux et toutes celles qui luttent contre l’injustice et pour la liberté, et bien entendu les membres de l’Église dans tous les pays du monde. Celle-ci aussi est appelée à persévérer dans les traversées désertiques et dangereuses du monde, à résister contre les ennemis de la dignité humaine, à garder vivante son espérance et sa confiance en Dieu, à mener aujourd’hui les combats qui ont été ceux du Christ.

La mission universelle de l’Église est de mener avec persévérance les mêmes combats que son Seigneur, contre le mal partout et sous toutes ses formes, et cela avec les armes de l’amour et de la prière. Sa mission est aussi de permettre à la solidarité mondiale de durer dans le partage avec les victimes du malheur.

La mission des pasteurs et des responsables dans l’Église, elle aussi, demande une grande persévérance. Le Seigneur nous rejoint par sa Parole et nous invite à prier sans nous décourager, parce que Dieu nous introduit auprès de lui-même.

 

Père Mathias Doamba