Homélie du 28ème dimanche, année C

(2 R 5, 14-17)
(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
(2 Tm 2, 8-13)
(Lc 17, 11-19)

Le fil rouge de ce 28 ème dimanche est : « Le devoir de la reconnaissance ».

La 1ère lecture et l’Évangile nous parlent de la lèpre. Les personnes atteintes de cette maladie devaient se tenir loin et crier pour avoir l’aumône et se nourrir. La loi leur interdisait d’entrer dans la ville et d’aller au temple. Leur maladie symbolisant le péché qu’eux ou leurs ancêtres avaient commis, ils étaient déclarés impurs.

Le général Syrien Naaman ne connaissait pas le Dieu d’Israël. Atteint d’une lèpre, il foule une terre étrangère, à la recherche d’une guérison auprès du prophète Elisée. Il s’attendait à des soins sophistiqués et voilà que le prophète Elisée lui demande d’aller se baigner sept fois dans les eaux du Jourdain.

Encouragé par son conseiller, il eut foi en la parole du prophète Élisée. C’est cette foi qui a été le point de départ de sa guérison et de sa conversion. Il décide alors de quitter les idoles pour ne plus adorer que le Dieu d’Israël : « il n’y a plus d’autre dieu, sur la terre que Celui d’Israël ». Ce Dieu n’est pas celui d’un peuple mais aussi celui de toute la terre. C’est de cela que nous avons à témoigner. L’étranger devient modèle de croyant.

Comment ne pas voir dans la lèpre l’image du péché, et dans la plongée dans le Jourdain la préfiguration des sacrements du Baptême et de la Pénitence.

A l’école d’un païen, nous, baptisés, nous pouvons réapprendre la reconnaissance envers Celui qui nous a sauvés, Jésus-Christ.

L’Évangile de ce dimanche nous montre Jésus au cours de sa montée à Jérusalem ; lieu où il va livrer son Corps et verser son Sang pour le monde entier. Dix lépreux viennent à sa rencontre. Exclus, car leur lèpre les rendait impurs, ils avaient tous un même et unique désir fou : « être guéris ». Ils ont bravé les interdits pour venir jusqu’à Jésus. Ils l’appellent par son nom à l’aide. Ils mettent en lui leur espoir et lui font confiance.

A la démarche de foi de ces lépreux, Jésus impose une autre démarche de foi : « Allez vous montrer aux prêtres ». C’est la même épreuve de foi qu’Élisée a fait subir à Naaman.

Lorsqu’une personne guérissait de la lèpre, elle devait aller voir les prêtres aux fins de constat et procéder à sa purification. Le rituel demandait une offrande d’oiseaux, le lavage complet du corps, le rasage de tout poil sur le corps, le lavage du linge, des onctions d’huile…

Leur obéissance est récompensée : en route, ils voient soudain leur lèpre disparaître. Ils sont purifiés.

Mais parmi eux, il y avait un Samaritain. En tant que Samaritain, il restait un exclu. Il ne pouvait donc pas se présenter au prêtre. Alors il revient vers Jésus « en glorifiant Dieu à pleine voix ». Sa foi ne l’a pas simplement guéri, elle l’a sauvé. Il peut maintenant retourner auprès des siens qui ne font pas partie du peuple de Dieu. Il pourra y témoigner de cette bonne nouvelle : Jésus est le sauveur de tous les hommes, ceux qui font partie de son peuple et ceux qui sont loin.

Ce Samaritain a découvert qu’en Jésus, c’est Dieu qui est intervenu dans sa vie de misère. Il a découvert qu’il comptait pour Dieu, son cœur est rempli de reconnaissance et la reconnaissance est la porte ouverte à la vie.

Lorsque nous disons à la messe : Seigneur, prends pitié, percevons-nous que, comme les lépreux, nous crions à Dieu de nous changer et de nous unir à Lui ? Entrons-nous collectivement dans cette foi pour que le Christ nous purifie, c’est-à-dire qu’il nous transforme par sa Parole et son Pain ?
L’ancien lépreux retrouve Jésus, se jette face contre terre aux pieds de Jésus et rend grâce à Dieu pour la parole de Jésus qui guérit. Il reconnaît en Jésus, celui qui vient de Dieu pour le sauver.

Profondément bouleversé par ce retour du Samaritain, Jésus lui dit : « relève-toi et va : ta foi t’a sauvé »

Naaman et le lépreux reviennent, pas pour chercher la santé : ils l’ont retrouvée, ils viennent trouver Dieu, remplis de reconnaissance. Au début ils cherchaient la guérison, maintenant ils cherchent Dieu.

La foi véritable, c’est de chercher Dieu, de vivre en communion avec lui, ce n’est pas d’utiliser Dieu pour avoir des grâces, mais de s’attacher à sa personne. Naaman s’engage à ne plus servir que le vrai Dieu.

Savoir dire « merci », tel est le souci de tous les parents : apprendre à leurs enfants à dire « s’il te plaît », « excuse-moi » et « merci ».

Quand nous allons au supermarché, ce que nous avons mis dans le caddie est important pour nous. Mais le bonjour que nous échangeons avec la caissière et le merci que nous lui disons en recevant le ticket est d’une certaine manière encore plus important : c’est un signe de reconnaissance mutuelle.

Ne pas faire ces gestes rendrait notre vie inhumaine. Nous avons tous besoin les uns des autres, d’entrer en relation en recevant et en donnant. Ne pas le faire signifierait que les objets ont plus d’importance que les personnes, et que les personnes sont pour nous des objets parmi d’autres.

Ce qui compte dans la vie, ce qui nous fait grandir, devenir des humains tels que Dieu nous a créés, à son image, c’est la relation. Et c’est ainsi que chaque personne, chaque famille, chaque communauté humaine, chaque paroisse se construisent à travers de multiples gestes de reconnaissance mutuelle. L’action de grâce est porte ouverte sur la vie.

Toutes nos prières au fond pourraient se résumer ainsi : « merci », et « s’il te plaît, guéris-moi, guéris-nous ».

Nous sommes dans le mois du Rosaire. Tournons-nous vers la Vierge Marie. Dans le Magnificat, elle rend grâce au Seigneur non seulement pour ce qu’il a fait en elle mais aussi pour son action dans l’histoire du Salut. En célébrant cette Eucharistie, nous nous unissons à cette action de grâce de Marie et nous lui demandons de nous aider à rester fidèles à la mission qui nous est confiée.

Père Mathias Doamba