Homélie du 20ème dimanche du temps ordinaire, année C

Jr 38, 4-6.8-10
Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18
He 12, 1-4
Lc 12, 49-53

« Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit allumé ». Rien ne donne une idée plus juste de la mission de Jésus que l’image du feu.

Mais ces paroles de Jésus sont déroutantes et assez effrayantes, elles ne sont ni faciles à comprendre, ni faciles à recevoir.

Dans la tradition biblique, le feu est à la fois ce qui réchauffe, détruit et purifie. Ce n’est pas le feu des bombes qui détruisent des villes entières, ni celui de l’incendie, ni encore le feu des bûchers, mais bien plutôt le feu de l’Esprit Saint, le feu de l’amour.

Un feu qui brûle nos péchés et allume en nous l’étincelle de l’Amour, qui détruit les déchets dans les décharges, réduit en cendres tout ce qui est inutile.

Les paroles du Christ ont cette puissance purifiante du feu. Elles viennent décaper tout ce qui est contraire à l’amour. Ce feu nous embrase.

« Comme le feu transforme toute chose en lui-même, de même l’amour de Dieu pour qui se laisse embraser », dit Saint Jean de la Croix. Notre Dieu est un feu dévorant dit saint Paul.

Dans toute la Bible, le feu est le symbole de Dieu. Il vient à la rencontre de Moïse dans un buisson ardent, dans les éclairs de l’orage au Sinaï. Les victimes qui lui sont offertes en sacrifice sont passées par le feu.

Dès les débuts de l’Eglise, le feu de la Bonne Nouvelle, allumé au jour de la Pentecôte, s’est répandu dans le monde entier. Le feu qui nous habite est celui du baptême, celui que l’Esprit- Saint met en nous si nous le laissons agir et nous rendre capables d’aimer.

Le pape François nous dit : ne restons pas assis sur notre canapé mais osons sortir à la rencontre de nos frères : partageons la source d’énergie durable qui est en nous ! ,
L’incendie de Jésus dans le monde, c’est le feu de l’Esprit Saint gagnant de proche en proche, purifiant tout, embrasant tout, illuminant tous les hommes. C’est l’Esprit Saint qui allume la foi dans le cœur des hommes grâce à la parole portée par les témoins de Jésus.

Le baptême que Jésus désire nous donner, c’est un baptême de feu, un feu purifiant nos péchés, un feu d’amour qui nous transforme et nous embrase de charité, pour la gloire de Dieu et notre salut.

Seigneur, allume en nous le feu de ton amour, pour que nous puissions embraser le monde de ta charité. Répands dans nos cœurs la ferveur de ton amour.

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ». Autres Paroles déroutantes et effrayantes de Jésus. Comment peut-il affirmer une telle chose ? Lui dont la naissance fut révélée par un beau chant des anges : « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ? ».

N’est-il pas le Messie qui doit guider nos pas sur le chemin de la paix ? », le « Prince de la paix venu apporter l’amour et le pardon. N’a-t-il pas proclamé : « Heureux les artisans de paix. ».N’a-t-il pas dit : Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix ? N’est-il pas venu « pour guider nos pas sur une route de paix, » lui « qui est notre paix, » ?

Est-ce que la religion amène avec elle essentiellement la violence d’un feu dévorant, brûlant l’impie et le pécheur?

«  Je suis venu apporter la division ». Ce n’est donc pas la division que la haine apporte avec elle. C’est plutôt le courage qui consiste à démasquer le mal là où il se cache.

En son temps, le feu dévorant animait le prophète Jérémie lorsqu’il appelait le peuple à des comportements plus justes. Il s’est vu jeté dans une citerne pleine de boue où il aurait péri. Un homme courageux fait prendre conscience au roi du mal qu’il laisse faire.

Deux attitudes de courage et d’honnêteté qui pourraient être les nôtres en bien des domaines de la vie quotidienne : oser défendre la vie et la justice quand elles sont menacées, même si cela peut nous attirer des ennuis.

            Aujourd’hui cette division peut s’installer jusque dans nos familles (on le remarque pendant la préparation des funérailles avec les familles), dans nos lieux de service, lorsque quelqu’un se convertit ou ose simplement témoigner de sa foi. Vivre dans la foi et de la foi n’est pas du tout repos, dans nos milieux de vie.

L’Evangile, bien compris, non dénaturé ou édulcoré, ne laisse personne indifférent : il interroge, provoque et oppose, autrement dit, il met le feu.

François Mauriac disait : « Si vous êtes un disciple du Christ, beaucoup se réchaufferont à ce feu. Mais les jours où vous ne brûlerez pas d’amour, d’autres mourront de froid. » Alors, frères et sœurs, laissons nos cœurs s’embraser de cet amour qui est en Dieu.

Père Mathias Doamba