Homélie du 18 ème dimanche du temps ordinaire, année C

Qo 1, 2 ; 2, 21-23
Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc
Col 3, 1-5.9-11
Lc 12, 13-21

Quelle est la préoccupation la plus immédiate de la plupart des hommes et des femmes de notre temps ? N’est-ce pas posséder les biens de la terre en abondance et même en surabondance pour se donner une garantie contre tous les risques de la vie ?

La liturgie de ce 18ème dimanche nous invite à une réflexion sérieuse sur le sens de la vie. Qu’en dit la législation juive sur l’héritage, à l’époque de Jésus ?

Après le décès du père, les terres étaient habituellement transmises à l’aîné des garçons. Cette manière de procéder assurait la pérennité des biens et permettait l’accroissement du patrimoine.

Toutefois, l’aîné, eu égard à une certaine obligation à l’égard des autres membres de la famille, devait remettre à ses frères une partie des autres biens.

Quant aux filles, elles ne recevaient un héritage que s’il n’y avait pas de garçon dans la famille. En cas de litige concernant le partage des biens, les personnes s’adressaient aux rabbins, lesquels tranchaient les différends : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ».
La réaction de Jésus est surprenante : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Jésus se situe immédiatement hors de la discussion. Il  se défend d’entrer dans les affaires temporelles, dans les questions d’argent.

Pour mettre ses auditeurs en garde contre la cupidité, Jésus raconte la petite parabole sur les soucis d’un riche propriétaire insensé. Il offre une catéchèse sur le sens de la vie.

Aux yeux de cet homme de la parabole, seuls comptent les biens matériels. Aussi cherche-t-il à les accumuler pour les mettre à l’abri dans d’immenses réserves. Il rêve de posséder beaucoup de biens matériels afin de jouir pleinement de son existence. Sa vie n’est axée que sur la richesse matérielle.

C’est bien de se construire un patrimoine, de faire des placements à la banque, de préparer l’avenir des enfants, de se donner une sécurité pour sa retraite.

Ne faussons pas la pensée de Jésus. La richesse n’est pas mauvaise en soi. Tant mieux si votre compte en banque est bien fourni. La seule question est de savoir « pour qui » vous le dépensez. Est-ce que vous faites servir vos biens ? Est-ce que votre souci essentiel est l’amour ? L’argent peut être bon s’il n’est pas uniquement « pour soi-même ». La richesse aveugle, isole, endort.

Jésus ne condamne pas la richesse. Il ne dit pas qu’il ne faut rien posséder, ne pas prévoir sa retraite. Il fait prendre conscience à ce riche insensé qu’il est centré sur son « moi », et qu’il en oublie l’Éternel. Il amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.
Parce que, ce riche insensé oublie une chose : la mort est à sa porte. « Tu es fou : l’infarctus te guette et le cancer te menace. Cette nuit même, on te redemandera ta vie. Et ce que tu auras mis de côté qui l’aura? »

Et Jésus lance à chacun de nous une mise en garde : « Gardez-vous de toute âpreté au gain, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses. »

Ce qui « cloche » ici pour l’homme riche c’est qu’il se laisse enfermer par ses possessions matérielles. C’est son attachement à celles-ci.
Ce n’est pas de les utiliser, mais c’est de ne regarder que cela, de se laisser fermer le cœur par ses biens, par ses possessions de toutes sortes. C’est contre cela que Jésus nous met en garde.
Il nous dit : « Faites de la place à autre chose qu’aux biens matériels, à des biens spirituels qui sont plus importants, qui ne s’achètent pas : faire un trésor de l’amour pour votre famille, pour votre mari ou votre femme, pour vos enfants, vos amis…la main qui aide le démuni, la paix que vous cultivez. Voilà des richesses plus importantes que les richesses matérielles. C’est cela qui vous enrichit en vue de Dieu.

Il faut savoir qu’après la mort, on n’emporte rien avec soi. Le coffre fort ne suit pas le cercueil ! Inutile d’être le plus riche au cimetière.

C’est notre générosité pour les pauvres, les malheureux, les bonnes œuvres qui sont des valeurs aux yeux de Dieu.  Tout le reste est éphémère, passager, « vapeur de vapeur » ou « vanité de vanité » comme disait Qohélet… Il est fou celui qui réduit son horizon à la terre; il est sage celui dont la richesse est en Dieu.

Pour vous et moi, la question nous interpelle à chaque instant de notre existence : à quoi et à qui soumettons-nous notre vie ? Que faisons-nous pour nous enrichir de l’essentiel et pour enrichir l’humanité ?

Ne cédons pas trop facilement à nos envies, nos coups de cœurs ou les influences de tous les médias publicitaires. Vivons bien dans les réalités terrestres tout en ayant le cœur et l’esprit rivés sur les réalités du ciel.

 

Père Mathias Doamba