Homélie, 1er dimanche de carême, année C

(Dt 26, 4-10)
(Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab)
(Rm 10, 8-13)
(Lc 4, 1-13)

 

Depuis mercredi dernier, nous sommes entrés dans le temps du Carême. Cette période qui dure quarante jours nous prépare à la grande fête de Pâques.    Ces quarante jours sont pour nous l’occasion de retrouver les vraies priorités de notre vie chrétienne.

Trop souvent, nous organisons notre vie en dehors du Seigneur. Il est là pour nous dire et nous redire : « Revenez à moi de tout votre cœur ! »

Le Carême c’est précisément ce temps privilégié qui nous est donné pour revenir vers le Seigneur. Il est urgent de le remettre au centre de notre vie.

Le carême est un temps de pénitence et rudes mortifications, disons-nous. Certes, mais pas en premier lieu. La pénitence n’a jamais été une fin en soi. Simplement un moyen

L’essentiel du carême, c’est cette expérience, à la fois personnelle et communautaire, de l’Amour de Dieu pour l’homme et en particulier du bienfait, sans prix, de la foi en Jésus-Christ.

En d’autres mots, le carême, c’est le temps d’une découverte des véritables valeurs humaines, des valeurs qui apportent à la fois grandeur et bonheur. Et cette découverte, nous sommes invités à la faire sous la conduite du Christ-Jésus

Le carême est donc une démarche de foi qui est insérée dans le temps. Nous avons besoin de cette période liturgique pour nous aider à mieux participer aux mystères de la mort et de la Résurrection du Christ.
Aujourd’hui, l’auteur du livre du Deutéronome nous parle des prémices offertes à Dieu. En effet, chaque année, le peuple d’Israël offrait à Dieu, au cours d’une importante cérémonie, les prémices de ses récoltes.

Ce peuple avait la foi et croyait que Dieu entendait sa voix dans le désert. Ces gestes rituels étaient sa part d’une authentique profession de foi

Cette offrande était comme une nouvelle prise de conscience de tout ce que Dieu avait fait pour libérer son peuple de la servitude d’Egypte

Frères, que nos gestes religieux, durant ce temps de carême, soient vraiment l’expression de notre foi authentique. Qu’ils nous aident à comprendre, que tenant tout de Dieu, nous avons à Lui rendre une incessante louange d’adoration et d’action de grâce

Saint Paul dans sa lettre aux Romains nous rappelle, en ce début de carême, l’essentiel de la foi : c’est de proclamer de bouche et de cœur le mystère de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour la libération et le salut des hommes

Pour que cette foi soit vraiment source de vie, il faut qu’elle imprègne l’âme en profondeur, qu’elle soit l’inspiratrice de ses décisions, de ses activités, de ses sentiments

Frères, que nos gestes religieux ne soient pas entachés de formalisme, au détriment d’une foi sincère

Le Carême s’ouvre avec le récit des tentations de Jésus. Placées au seuil de son ministère public, elles annoncent en quelque sorte les nombreuses contradictions que Jésus devra subir dans son itinéraire, jusqu’à la violence ultime de la mort.

Le tentateur se présente à Jésus en commençant par le flatter : « Si tu es le Fils de Dieu… »

À chacune des tentations, Jésus répond par une parole de la Bible : « Il est écrit : l’homme ne vit pas seulement de pain… C’est devant Dieu que tu te prosterneras et à lui seul que tu rendras un culte… Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu… »

Le Christ a résisté aux tentations du matériel, de la puissance, du pouvoir politique et des manigances des royaumes de la terre. Il en a triomphé, uniquement et passionnément tendu vers l’accomplissement des volontés du Père

Frères, nous connaissons des tentations. Elles sont nombreuses : la recherche du bien-être matériel, le désir de paraître, la soif de la puissance, de l’argent, du pouvoir et de l’orgueil.

Satan rentre en nous par notre poche, notre porte monnaie ou sac à main,  en utilisant la même technique : en flattant notre orgueil, notre désir de liberté et d’indépendance : « Fais donc ce qui te plaît ; ainsi tu pourras retrouver ta dignité et ta liberté ». Et cette tentation nous conduit à une impasse, nous détournant de l’amour de Dieu.

Pour lutter contre toutes ces tentations qui traversent le monde, il nous faut d’abord reconnaître le tentateur.

Le danger qui nous guette est de nous laisser séduire, enfermer dans des idées qui mènent au repliement sur soi-même, au mal et à la mort sous toutes sortes de formes.

En ce temps de carême, les textes liturgiques nous invitent à des changements d’un état à un autre, tout comme le passage à travers le désert doit aboutir à Dieu.
Face aux dangers de l’égoïsme, demandons à Dieu de nous garder du mal afin que nos cœurs ne durcissent pas comme les pierres.
Face aux dangers des faux dieux, demandons à Dieu de faire de nous des êtres capables de se prosterner devant Lui et Lui seul.
Dans tous les moments où nous sommes appelés à choisir entre le bien et le mal, réaffirmons notre adhésion au Christ et à sa parole.
L’abandon entre les mains du Père est la source de la seule et véritable liberté, qui consiste à refuser que l’on nous traite d’une manière contraire à ce que nous sommes.

Père Mathias