A l’Ascension, « Dieu se donne en s’effaçant » (Mgr Claude Dagens)

Pour de nombreux Français, l’Ascension est attendue pour son « pont », synonyme de repos, d’escapades loin de la ville... et de bouchons sur la route ! Pour les chrétiens, c’est une fête, qui, derrière un aspect paradoxal, est celle de l’espérance en la victoire de l’amour, ultime parole de l’histoire du monde.


Depuis le IVème siècle, l’Eglise fête l’Ascension le quarantième jour après Pâques, se fondant en cela sur la seconde oeuvre de Luc, les Actes des Apôtres (1,3). C’est une fête d’obligation (ou de précepte) : ce jour-là, les catholiques doivent participer à la célébration de la messe. L’Eglise a une longue tradition festive, puisque la fête est une manière de dire son espérance, de chanter la vie plus forte que les malheurs. C’est pourquoi elle a vite voulu honorer non seulement le Jour du Seigneur (dies dominica, dimanche), mais aussi les jours de la semaine correspondant à une fête du Seigneur, de la Vierge, ou des saints. L’Ascension est avec Noël, l’Assomption, la Toussaint, une des quatre fêtes chômées retenues par le Concordat de 1801, et cette obligation légale a été maintenue en 1905.

A bien regarder l’Evangile de Luc (24, 52), c’est une fête qui peut paraître paradoxale : les disciples retournent à Jérusalem « en grande joie ». Or, Jésus vient de se « séparer d’eux » (24, 31) ! Fêter Noël, c’est célébrer la venue de Jésus dans notre monde ; à Pâques, éclate l’allégresse devant la Résurrection du crucifié ; au dimanche de la Pentecôte, l’Esprit Saint promis par Jésus advient sur les disciples réunis au Cénacle. Là, il s’agit d’un départ, c’est à dire d’un moment toujours vécu dans une certaine tristesse, car il signifie l’absence. Pourquoi donc se réjouir ?
En fait, quand les textes de Luc (Evangile 24, 51, et Actes 1,9) et celui de Marc (16, 19) parlent de Jésus « emporté », « élevé » au ciel, ils ne présentent pas un départ du Christ pour une lointaine galaxie du cosmos ; mais, avec des mots familiers aux Juifs nourris de l’Ecriture, ils montrent Jésus rejoignant le domaine de Dieu (le « ciel ») et entrant dans sa gloire. Il peut donc désormais être présent, de la présence intérieure de Dieu, en permanence et partout, auprès de tous ceux qui l’invoquent en vérité. L’Ascension est donc plutôt un passage de relais : Jésus, venu de Dieu, repart vers Dieu et son Eglise qui reçoit à la Pentecôte la force de l’Esprit Saint, a pour mission non pas de « rester à regarder le ciel » (Ac 1, 11), mais d’aller annoncer au monde entier la bonne nouvelle de l’entrée de l’humanité dans la Nouvelle Alliance : « Jésus part vers le Père pour nous préparer une place » (Jean 14, 2).

Réjouissons-nous donc comme les disciples à Béthanie : « Jésus part en bénissant. En bénissant il s’en va et dans la bénédiction il demeure. Les mains du Christ qui bénissent sont comme un toit qui nous protège. Mais elles sont en même temps un geste d’ouverture qui déchire le monde afin que le ciel pénètre en lui et puisse y devenir une présence. » (Benoît XVI).

Anne-Marie Jammes