Des liens fraternels à soigner 7/09/2014

De quoi nous faut-il guérir ? Au cours d’une vie, quelles sont les maladies qui peuvent survenir et comment les soigner ? Quand il s’agit de dysfonctionnements physiques, nous savons trouver les spécialistes pour soulager notre peine. Quand il s’agit de dysfonctionnements du corps social, nous recourons à un affinement de la législation. Mais comment fonctionne la reprise quand le « corps spirituel » est atteint par des maladies ? D’ailleurs quels pourraient être les signes d’une santé spirituelle défaillante ?

Le passage de l’Évangile proposé pour ce dimanche fait partie d’un ensemble de réflexions concernant des situations relationnelles internes à l’Église. « Est-il possible de déterminer qui est le plus grand dans notre groupe ? », demandent les disciples à Jésus. Que faire quand mes actions sont contradictoires, comme si ma main droite faisait le contraire de ma main gauche ? Rester dans cette fissuration interne au prétexte que mon corps est un, ou renoncer de manière volontaire et décisive à ce qui entraîne pour moi la perte de la liberté salutaire et pour autrui la rature de ce qu’affirme mon discours ? Dans notre passage d’autres questions encore apparaissent, toujours implicitement en arrière-fond de l’enseignement donné par le Christ. Qu’en est-il quand ce n’est pas moi mais un autre membre de la communauté qui devient auteur d’une rupture de lien, soit envers Dieu soit envers moi ? Quelle sanction faut-il envisager et à quel moment doit-elle intervenir ? Est-ce qu’une réconciliation est envisageable et le pardon possible, de la part de Dieu quand il s’agit de péché à son encontre mais aussi de ma part quand il s’agit de blessures interpersonnelles ?

Tout groupe doit trouver ses règles de fonctionnement pour vivre ensemble dans la durée. L’Église n’est pas exempte de cette nécessité. Mais l’autorité qui s’exerce en son sein est celle du Christ. D’où un déplacement important par rapport aux structures patriarcales de l’époque de Jésus. Ce qui frappe dans l’Évangile, c’est son insistance pour qualifier les liens internes à la communauté des disciples comme des liens fraternels, donc non hiérarchiques.

Mais si telle est la structure interne à l’Église, comment régler les problèmes qui surgissent ? La proposition du Ressuscité à sa communauté reste bien surprenante et exigeante pour nous aujourd’hui. « Va trouver ton frère », dit le texte. Cependant pas comme Caïn qui alla effectivement trouver son frère non pour lui parler mais pour le rendre muet à tout jamais en l’assassinant. « Va trouver ton frère et parle-lui, toi qui relèves de la même autorité spirituelle que lui. Chacun de vous a été baptisé dans la mort et la résurrection du Christ. Chacun de vous est appelé à vivre de son pardon et de sa mission. Garde le lien avec ce frère, cette sœur, quoi qu’il arrive. Même si vous ne vous comprenez pas au sujet de la foi au seul Maître, le Christ. S’il te semble que vous ne parlez plus la même langue suscitée par l’Esprit Saint, ne romps pas le lien avec ton frère. Recommence à lui parler comme s’il ne connaissait rien à l’Évangile ; comme s’il avait oublié qu’il est aimé de toute éternité. »

Pas de sanction ou d’exclusion comme dans la communauté de Qumrân, contemporaine de Jésus et de ses disciples. Mais la parole : en forme de dialogue d’abord, en forme de prière ensuite. Mettez-vous d’accord à deux ou à trois pour déterminer ensemble ce que vous désirez recevoir de la part de Dieu. Une thérapeutique spirituelle pour un corps spirituel. En Christ, le pardon de Dieu peut passer en nous et par nous pour devenir salut du monde.

VON KIRCHBACH Agnès