Sur le chemin de la joie de Pâques

Dès le IVème siècle, le dimanche où l’on entre dans la « semaine sainte », les chrétiens de Jérusalem célébraient, par une procession joyeuse où des palmes étaient agitées, l’entrée triomphale de Jésus dans la ville sainte quelques jours avant son arrestation. En d’autres lieux, le même dimanche, on lisait le récit de la Passion afin de préparer les chrétiens à suivre le Christ jusqu’à la crucifixion.


Finalement, vers le IXe siècle, le dimanche précédant Pâques prit la forme que nous lui connaissons aujourd’hui : joie et tristesse y sont intimement mêlées.
En effet, exceptionnellement, ce dimanche dit « des Rameaux », deux Évangiles sont proclamés. Le premier Évangile, à caractère joyeux, est lu avant la procession des Rameaux, il célèbre Jésus reconnu comme Messie
envoyé par Dieu ; le caractère royal de Jésus est mis en valeur : « Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur ». La joie de Pâques est ainsi préfigurée par la reconnaissance de la véritable identité de Jésus. Au cours de l’Eucharistie qui suit la procession, l’Évangile comporte une connotation bien différente, il invite les croyants à entrer dans la passion de Jésus. Les rameaux bénis et emportés à la maison doivent, tout au long de l’année, nous rappeler la passion de Jésus qui s’ouvre sur la joie de la Résurrection.
Ce mélange des genres du dimanche des Rameaux n’est pas dépourvu de signification : la joie de Pâques, née de la victoire du Christ sur la mort et sur toute forme d’injustice, ne nous arrache pas à la souffrance provoquée
par un monde inique et cruel. Notre monde comporte une face sombre, tragique. Jésus, l’Innocent par excellence, en fut victime. Le dimanche des Rameaux nous met en garde : il n’est pas possible de nous ouvrir à la joie de
Pâques si nous n’accordons pas la place qui lui revient à la passion du Christ et aux souffrances du monde d’aujourd’hui. En différents pays, beaucoup d’hommes et de femmes vivent actuellement, à leur manière, la souffrance du Vendredi Saint. La violence, caractéristique de notre monde, est celle qu’éprouvent, en ce temps proche de Pâques, les Églises de Syrie, du Moyen Orient, du Nigeria ; nous ne pouvons pas l’oublier.
La joie de la montée vers Pâques ne nous fait pas mettre entre parenthèses la Passion du Christ et les drames d’un monde déchiré, appelé pourtant à l’unité. Tendus vers l’espérance de Pâques, mais solidaires des déchirures de ce monde, les chrétiens de la Plaine du Valentinois et tous ceux qui veulent les rejoindre se retrouveront le vendredi 29 mars à 19h30 à la salle Jean Giono à Montélier. Au cours de ce rassemblement, tout en étant attentifs aux détresses du monde d’aujourd’hui, nous méditerons le récit de la Passion, aidés par des chants chers à nos frères orthodoxes.

Père Jean-Pierre Lémonon