Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Une soif de connaître qui conduit au désert
 

13/12/14 -

Dans l’échange entre Jean le Baptiste et les prêtres et les lévites se trouve un personnage d’autant plus présent qu’il est absent : c’est Jésus. Cet échange porte moins sur son existence que sur son identité. Est-il le Messie ? Les prêtres et les lévites sont envoyés par Jérusalem pour répondre à cette question. L’opinion publique de l’époque est en pleine ébullition : les autorités s’en inquiètent. En questionnant Jean qui attire les foules, les prêtres et les lévites se trompent de personne. Mais Jean, refusant de se prendre pour le Messie, désigne Jésus.

Dans le récit, l’évangéliste ne décrit pas Jean, celui-ci est simplement nommé. Le lecteur peut alors d’autant plus facilement se projeter en lui et s’interroger sur ce qu’il répondrait si un tel interrogatoire avait lieu aujourd’hui. Dans ce XXIe siècle en plein chambardement, en quoi les chrétiens et l’Église préparent-ils « le chemin du Seigneur » dans ce monde ?

Comme Jean, nous avons à vivre le temps de l’attente. Ce temps correspond à l’homme, humble, qui accepte de se mettre dans la position de celui qui demande, écoute et interroge, face à l’autre sans qui rien n’est possible. Aujourd’hui, cette attitude est une véritable gageure. La culture dominante façonnée par la publicité et les nouvelles valeurs économiques et sociales comme la performance, l’efficacité et la rentabilité laissent peu de place à la fragilité de l’individu, à l’acceptation en lui du besoin de l’autre pour vivre, à la prise de risque en expérimentant la confiance et la solidarité. Et pourtant, c’est bien parce que Jean accepta cette position de vulnérabilité, celle du pauvre, qu’il fut capable d’interpréter l’histoire (sainte) et d’annoncer la venue du Logos. Sa quête de vérité l’amenant à prendre du recul et à partir au désert et son expérience de la vie le rendant sensible aux signes de son temps ont fait qu’il a compris le sens des événements et que, le premier, il a rendu témoignage à la « Lumière » (le Logos).

Comme Jean, dans ce temps de l’Avent qui est celui du questionnement, nous avons à nous interroger le plus lucidement possible sur l’actualité du monde et la direction que prend l’humanité. Où va l’homme ? Voilà un autre défi dans la mesure où, pour répondre à cette question essentielle, nous devons prendre la liberté de penser par nous-mêmes. Ne pas nous laisser emprisonner par le prêt-à-penser d’une société de masse qui a le culte des sondages. Jean ne s’est pas laissé impressionner par l’allure des prêtres et des lévites. Il a témoigné – et l’on en connaît le prix – d’une vérité qu’il tira de l’intérieur de lui-même et non pas des « autorités ». Il rendit témoignage à la Lumière afin que « tous » crussent par lui ; « tous » souligne l’évangéliste, et pas seulement une élite.
Comme Jean, dans ce temps de l’Avent, l’attente et le questionnement nous obligent à partir à l’aventure sur d’autres terres pour chercher de nouvelles réponses, à nous laisser bousculer par l’inattendu du désir dans une société qui change de langage. La soif de connaître et de comprendre est un chemin de vie qui conduit au désert : elle nous force à quitter nos habitudes et nos certitudes. Un exode spirituel est alors inévitable.

L’individu se découvre progressivement étranger dans un monde étranger ; il est obligé de réécrire le catéchisme de son enfance. En lui, confronté aux épreuves de la vie, une vérité se révèle et s’approfondit. Son histoire avec la vie, et au-delà de la vie, avec Dieu, ressemble alors à celle des amants du Cantique des Cantiques qui ne cessent de se quitter pour, à chaque fois, se retrouver différents et s’aimer dans la nouveauté. La rencontre avec le Christ est celle d’une aventure où l’Autre advient. Jean en a fait l’expérience sensible : « Il » est au milieu de nous, déclare-t-il, nous ne le connaissons pas, mais il « vient » à notre rencontre.

Aujourd’hui, ne sommes-nous pas nous aussi à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, comme Jean, comme les Hébreux qui avaient franchi le fleuve pour entrer dans la Terre promise ? Il s’agirait de trouver les mots et les gestes nouveaux pour répondre à la quête de sens de nos contemporains, à l’inquiétude du monde face au défi de la modernité, à la soif d’amour qui, seul, rend l’homme heureux. Et, ainsi, de « redresser » le chemin du Seigneur.

DUIGOU Daniel






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