Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Une seule chair
 

25/10/14

Quel est aujourd’hui le grand commandement que l’Église devrait mettre au sommet de ses préoccupations ? À quelle urgence devrait-elle accorder la priorité ? On devine le pluriel des réponses en ce moment où la géographie spirituelle paraît tellement éclatée. Comme au temps de Jésus ! Car la tension était vive, à l’époque, entre communautés, et « l’opinion publique » déjà très divisée. La preuve par saint Matthieu qui dans un chapitre 22 bien rythmé va nous amener sur scène trois groupes d’opposants à Jésus. Ce qui ne veut pas dire qu’ils s’entendent entre eux car la lutte est féroce pour la conquête du pouvoir. Mais tous veulent le piéger.

Les hérodiens ouvrent le bal. Souhait du parti : que la Judée soit gouvernée, non par un procurateur romain, mais par un membre de la famille d’Hérode. D’où la question perverse à propos de l’impôt à César : payer ou pas payer ? Il dit oui et il a le peuple à dos. Non, et il est révolutionnaire. Mais Jésus élève le débat : rendre à chacun son dû. Ils doivent bien le laisser partir, « décontenancés » (Mt 22, 22).

Suivent les sadducéens. Ils sont riches, conservateurs et contrôleurs du Temple. Diplomates aussi. Ils rejettent la tradition orale et se moquent de la croyance en la résurrection des morts. Du coup, ils tentent de ridiculiser Jésus avec la fameuse histoire de la femme aux sept maris : « De qui sera-t-elle l’épouse au jour du relèvement des morts ? » Là encore Jésus botte en touche avec sa réplique : « Dieu n’est pas le Dieu des morts mais celui des vivants. » Rideau. Et les spectateurs applaudissent, « frappés d’étonnement » (Mt 22, 33).

Troisième acte avec les pharisiens, et troisième épreuve : « Quel est le grand commandement ? » Le super-piège puisque la Loi compte 613 préceptes divisés en « petits » et « grands », 248 positifs et 365 négatifs. Même une chatte théologienne formée aux meilleures écoles rabbiniques n’y retrouverait pas ses jeunes ! D’ailleurs, les juifs eux-mêmes sont de plus en plus énervés par une Loi déchiquetée et des prescriptions en pagaille. Mais la synagogue persiste et pèse, cherchant à coincer ce jeune prédicateur bien trop indépendant. Une fois de plus, comme souvent lors des « disputes » auxquelles il participe, consentant, Jésus déplace la question et ramène les 613 préceptes à deux injonctions : aimer Dieu et aimer le prochain.

D’autres rabbis, plus nombreux qu’on ne l’imagine, précédaient Jésus en affirmant que « tout ce qu’il y a dans l’Écriture (…) dépend de ces deux commandements ». Mais, comme souvent, Jésus innove au cœur de la tradition. Il simplifie, plus encore. Deux, oui. Mais les deux font la paire. Comme l’homme et la femme de la Genèse. Ils ne sont pas « les mêmes ». Ils sont « semblables ». Si l’un diffère de l’autre, il ne va pas sans l’autre. La vie coule entre les deux quand ils ne font « plus qu’un ». Et Dieu vit que cela était « vraiment bon » (Gn 1, 31).

Pouvait-il comprendre, le « docteur de la Loi », que le Dieu de chair dont parlait Jésus se rencontrait dans la chair de l’homme ? Que là étaient son temple et son territoire ? Que la chair de l’homme et la chair de Dieu, c’est « tout un ». il ne faut pas chercher ailleurs l’inimaginable bouleversement du christianisme : « Avoir la garde de Dieu jusque dans la chair d’autrui », écrit Frédéric Boyer, « parce que Dieu lui-même a été une fois cette chair-là » (1).

(1) Frédéric Boyer, Le Dieu qui était mort si jeune, P.O.L., 1995, p. 22.
RINGLET Gabriel






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