Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Une prière qui provoque l’imagination
 

31/5/14

En ces temps où les chrétiens cherchent comment assurer la transmission de la foi qu’ils ont reçue, nombreux sont ceux qui peuvent partager les questions que l’Évangile de Jean prête à Jésus. Alors même qu’ils ont le sentiment d’avoir accompli l’œuvre qui leur avait été confiée, alors même qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, la transmission du mystère qui les fait vivre ne semble pas assurée. La source vive semble s’être tarie qui les confronte à une sécheresse aussi bien dans le contexte paroissial que dans le contexte familial.

Entre l’Ascension et la Pentecôte, et donc au terme du temps pascal, cet extrait de l’Évangile nous présente Jésus confronté à la possibilité d’un refus, par ses contemporains, du témoignage qu’il a rendu à son Père au long de ces trois années vécues en Galilée. Sauf à croire que la croix n’est qu’un mauvais moment à passer. Jésus formule la prière rapportée en Jean 17 au moment crucial de sa vie, à la veille de son arrestation, de son procès, de sa condamnation à mort et de son exécution sur la croix. Une sorte de testament. Ce contexte dramatique donne une certaine intensité à sa prière, une prière universelle par laquelle le Verbe venu de Dieu communie à la prière ordinaire de celles et ceux qui sont confrontés à l’adversité des événements.

Dans ce contexte incertain, Jésus s’en remet à son Père, afin qu’il authentifie son témoignage. La glorification renvoie ici à une dynamique de transmission, celle de l’amour de Dieu communiqué à son Fils dont la mission est de le révéler à l’humanité tout entière. La gloire de Dieu est ainsi moins un état qu’une dynamique de vie, une source de vitalité qui « fait toutes choses nouvelles » (Is 43, 19 ; Ap 21, 5). Ses disciples ont reconnu la valeur de ce témoignage, selon un processus de transmission que détaille le texte : ils ont reçu les paroles confiées par Dieu à son Fils ; les ayant reçues, ils ont reconnu que Jésus est venu de Dieu, autrement dit qu’il était celui qui incarnait la loi et les prophètes des Écritures. L’ayant reconnu comme tel, ils ont cru que Jésus était envoyé de Dieu et, comme l’évangéliste qui rédige ces lignes, ils témoignent de sa résurrection, autrement dit de sa glorification qui n’est autre que l’authentification par Dieu du témoignage que Jésus lui a rendu.

Le fil conducteur qui permet de franchir chacune de ces étapes n’est pas mentionné dans ce passage. Il l’est quelques lignes plus haut, aux chapitres 15 et 16 : l’Esprit qui introduit les disciples de Jésus de Nazareth dans le mystère de la vérité de Dieu qu’il incarne, celui-là même en qui Jésus rend témoignage à son père. L’Esprit Saint, le don de Dieu, est ici à la fois celui qui vivifie la fidélité de Jésus à la mission reçue de son Père alors même qu’il est confronté à la possibilité d’un échec, et celui qui introduit ses disciples dans le mystère de sa vie. Dans l’Esprit Saint, ceux-ci bénéficient ainsi de la même vitalité trinitaire que celle que Jésus reçoit de son Père. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il ne les appelle plus ses serviteurs, mais ses amis (Jn 15).
Face à l’adversité des événements, il n’est pas d’autre voie que celle empruntée par Jésus pour assurer la transmission de l’eau vive qui désaltère les soifs contemporaines : une prière « utopique » au sens que Paul VI donnait à ce terme, c’est-à-dire qui « provoque souvent l’imagination prospective, à la fois pour percevoir dans le présent le possible ignoré qui s’y trouve inscrit et pour orienter vers un avenir neuf ; elle soutient ainsi la dynamique sociale par la confiance qu’elle donne aux forces inventives de l’esprit et du cœur humains (…). L’Esprit du Seigneur, qui anime l’homme rénové dans le Christ, bouscule sans cesse les horizons, où son intelligence aime trouver sa sécurité, et les limites, où volontiers son action s’enfermerait ; une force l’habite qui l’appelle à dépasser tout système et toute idéologie. Au cœur du monde demeure le mystère de l’homme qui se découvre fils de Dieu au cours d’un processus historique et psychologique où luttent et alternent contraintes et liberté, pesanteur du péché et souffle de l’Esprit » (Octogesima adveniens, § 37).

Que notre prière se laisse irriguer par la même utopie qui mobilisait Jésus !

PICART François






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP