Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Une nouvelle identité
 

Qui suis-je ? Il existe bien des manières d’exprimer son identité : la carte ADN renseigne sur la biologie, une carte d’identité nous déclare membres d’une société, la généalogie permet de savoir qui sont les ancêtres. Il y a mon histoire personnelle, mon cheminement, mes convictions, ma langue, ma culture… Aucun élément à lui tout seul n’épuise la question identitaire. Mais qu’en est-il de notre identité religieuse ? Répond-elle à des critères sociologiques ou philosophiques ? Est-elle soumise à des modulations ? Change-t-elle en fonction des joies et des épreuves de la vie ?
Les récits évangéliques que nous lisons au temps pascal racontent de véritables bouleversements identitaires. Ils concernent les disciples, non le Ressuscité. Jésus, au-delà de sa mort, ne peut plus être décrit en des termes qui prennent leur sens dans le temps et dans l’espace. Il échappe à toute observation qui voudrait fixer ses traits dans les catégories de notre quotidien, fût-il exceptionnel. Il se manifeste comme le Vivant. Un Vivant qui établit des relations d’un nouvel ordre. Ces rencontres laissent des traces profondes chez celles et ceux qui en parlent par la suite.
Le texte du jour est composé de deux scènes narratives bien distinctes. La première raconte la survenue de Jésus au milieu d’un groupe d’amis figés par la peur. La deuxième met en scène sa venue pour un homme seul, figé dans un raisonnement humain qui pourrait être celui de chacun d’entre nous.
Ils sont pareillement arrêtés dans leur existence, les disciples et Thomas. La mort du maître a coupé court à tout élan de vie. Pire, cette mort ébranle leur foi. N’avaient-ils pas mis leur espoir en Dieu et accueilli en Jésus cet Envoyé promis par l’Éternel ? Se sont-ils trompés ? Dieu serait-il mis en échec par la cruauté mafieuse des humains ? Aucune argumentation ne permet de quitter cette impasse religieuse.
Le bouleversement vient d’ailleurs. Le Vivant accède librement aux doutes les plus profonds. Les enfermements, volontaires ou non, ne lui résistent pas : ils deviennent encore le lieu où sa parole relève d’une mort enfouie.
Les deux scènes de l’Évangile sont construites sur un certain parallélisme. Elles soulignent l’initiative absolue de Jésus, désigné comme « celui-qui-vient ». Ce point est capital. Par nos propres désirs, nous atteignons peut-être des fantasmes religieux mais non le lieu du Christ. Son mouvement vers ses amis n’est pas non plus une réponse à la prière ardente de ses disciples. Le Christ se manifeste librement. Le sépulcre ne peut le retenir. En lui, terre et ciel se rencontrent. Quant à nous, nous restons dans un monde limité par la mort.
Le Christ vient. Il se fait reconnaître – à travers ce qu’il fait. Le Ressuscité apporte ce don unique de Dieu qui guérit une création blessée par la division et la violence meurtrière. Quand Jésus dit : « La paix soit avec vous ! » il ne prononce pas un vœu. Il offre le pardon. Il offre une nouvelle identité.
Autre élément mis en avant par l’Évangile : la mission, cette mise en mouvement d’hommes figés. Pour les disciples, le terme utilisé est « envoyer » ; pour Thomas, « avancer ». Dans les deux situations, il s’agit de laisser derrière soi des préoccupations limitées pour accueillir une dynamique spirituelle, une dynamique pascale : l’ouverture au monde et à son avenir. La manifestation du Vivant à ses disciples n’a pas pour but de les rassurer sur son sort. Mais de les bousculer hors des emprises qui les retiennent. Dieu a pris soin des blessures de son Fils. Aux disciples de prendre soin des blessures du monde. Guérir. Par des liens qui permettent de laisser les échecs relationnels derrière soi.
Une nouvelle identité spirituelle ? Oui. Chaque fois que le Christ touche à nos vies, personnelles ou communautaires, nos identités anciennes volent en éclats. Pour faire de nous des artisans de Sa paix.

Agnes von Kirchbach






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