Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Tous invités !
 

11/10/14

L’espérance chrétienne est exprimée, aujourd’hui, à l’aide du motif du festin messianique, composé de « viandes succulentes et de vins décantés », un bonheur… que nous anticipons dans le repas eucharistique. Mais l’accès à ce bonheur passe par notre conversion à l’ampleur et à la profondeur du dessein de Dieu pour l’humanité.

Dans le Livre d’Isaïe, le festin messianique marque l’accomplissement de la promesse que Dieu adresse à tous les peuples. L’action de Dieu à laquelle il est associé est précisée avec des verbes qui indiquent une réalisation en cours : il détruira la mort, il essuiera les larmes sur tous les visages, il effacera l’humiliation de son peuple soumis au joug des puissances païennes. La réalisation de cette promesse passe par une tension entre l’universalité des destinataires (tous les peuples) et le témoignage singulier d’un peuple dont l’espérance se nourrit de cette promesse, sans pour autant s’en approprier l’exclusivité. Le festin, et la joie qu’il produit, désigne le bonheur promis à tous, et en vue duquel quelques-uns ont revêtu la tenue de service.

Dans l’Évangile, le festin messianique devient un repas de noce. Celui-ci est contemporain de la vie de Jésus, conformément à la conviction de Matthieu, selon laquelle « le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 10, 22), il s’est approché en la Pâque de Jésus de Nazareth, lequel ressuscitait les morts, essuyait toutes larmes et effaçait l’humiliation de tout homme. Il n’est pas renvoyé à un inaccompli en cours de réalisation. Si Matthieu n’utilise pas l’expression des « noces de l’Agneau » (Ap 19), il désigne la même réalité. Les noces sont celles de Dieu avec l’humanité : l’époux, la parole de promesse et l’alliance sont incarnés par Jésus dont la résurrection par Dieu authentifie une vie mise au service de ce dessein, mais de façon contestée par ceux qui cherchaient à se l’approprier au service de leurs intérêts exclusifs.

Comme pour le festin messianique d’Isaïe, le repas de noce est associé à l’action de Dieu qui prend les moyens de se constituer un peuple bénéficiaire et porteur d’une invitation adressée à tous. Là où le lecteur pouvait attendre la joie annoncée par Isaïe, il rencontre le double refus auquel Dieu est confronté : refus des invités, peu motivés pour se rendre à la noce, et refus de revêtir le vêtement de noces. Si le premier refus désigne la résistance des contemporains de Jésus à le reconnaître comme celui qui est annoncé dans les Écritures, le second est plus énigmatique. Cet homme fait partie des invités du second cercle, ceux qui ont bénéficié du refus des invités du premier cercle. La clé de l’énigme peut être fournie par les récits de conversion des disciples d’Emmaüs (Lc 24), ou de Philippe avec l’Éthiopien (Ac 8), qui comprennent que Jésus est bien celui qui était annoncé. Participer à la noce, avec le vêtement de noce, reviendrait à suivre le Christ jusque dans sa Pâque, au lieu de prétendre le suivre tout en évitant sa Pâque, comme Pierre reprochant à Jésus d’annoncer qu’il devait souffrir, être rejeté par les siens et être tué (Mt 16). Or, l’enjeu du rejet de Jésus et de son procès porte précisément sur le périmètre des destinataires de la promesse de Dieu : le peuple de l’Alliance à partir d’une lecture restrictive de la loi mosaïque, ou le peuple de l’Alliance en tant que bénéficiaire et vecteur d’une promesse de bonheur destinée à tous.

En contestant une lecture exclusive, et en incarnant l’expression de la miséricorde universelle de Dieu comme chemin de vie et d’espérance pour tous, Jésus pointe l’enjeu ultime de la conversion à laquelle chacun est invité : se laisser travailler par la dimension universelle de l’amour de Dieu. Car si aimer est à la portée de tous, aimer selon la miséricorde de Dieu, sans exclusive et sans préférence, est un défi pour lequel l’Esprit de Dieu et la participation à l’Eucharistie ne sont pas superflus. C’est bien ce que rappelle, fort opportunément en ces temps de raidissements identitaires, l’une des prières eucharistiques que nous reprenons au moment de participer au festin des noces de l’Agneau : « Comme tu nous rassembles ici dans la communion de la bienheureuse mère de Dieu, la Vierge Marie et de tous les saints du ciel, autour de la table de ton Christ, daigne rassembler un jour les hommes de tout pays et de toute langue, de toute race et de toute culture au banquet de ton Royaume… »

PICART François






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP