Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
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Rendre à César…
 

18/10/14

Nous aimons les histoires à la logique simple et cohérente. Pour rassurer, celles-ci placent les personnages bons d’un côté, les mauvais de l’autre. Elles suggèrent des liens de causalité pour expliquer les réussites des uns ou les échecs des autres. Leurs trames narratives substituent à la complexité du réel des simplifications aux logiques biaisées. Ces histoires induisent alors en erreur si elles deviennent le point de départ pour justifier des choix. En effet elles ne cherchent pas tant à dire la vérité qu’à conforter un parti pris. Nous les racontons pour justifier nos pensées, notre manière d’agir ou notre promptitude à juger les personnes. Évidemment ces récits peuvent englober Dieu. Ils visent alors à lui attribuer un rôle dans le dispositif d’explication du monde. Mais ce dieu-là n’est pas un Vivant. On ne peut le rencontrer. On ne peut pas le servir.

Jésus se trouve face à deux groupes qui pratiquent de telles réductions. L’Évangile nous parle des pharisiens et des hérodiens. Pour le premier groupe, l’occupation de leur pays par l’armée romaine est interprétée comme une punition venant de Dieu. La causalité est clairement établie. Le péché du peuple d’Israël est la raison de son malheur actuel. Pour retrouver la liberté, ce groupe religieux fait tout pour raviver la piété personnelle et invite à une obéissance rigoureuse à la Loi tout en demandant au peuple de se tenir à l’écart de l’occupant.

Le groupe des hérodiens tient la position contraire : ils sont favorables aux Romains, puisque c’est grâce à eux que leur propre pouvoir reçoit une certaine stabilité.

Les deux groupes se détestent entre eux. Mais ensemble ils détestent l’homme de Nazareth. Il les dérange. Sa manière de se placer devant Dieu et devant les humains ne correspond pas à leur désir de présenter la vie comme une histoire sans ouverture et surtout sans interlocuteur. Pour des raisons différentes, chaque groupe s’est fermé à la pratique d’un dialogue avec l’Éternel. On se sert simplement d’un concept « Dieu » pour promouvoir son propre point de vue.

En quoi la question du tribut à payer est-elle un piège ? Si Jésus dit « ui, il est permis de payer l’impôt », il cautionne l’occupant et se mettra à dos les foules en souffrance. S’il dit « non », il devient passible d’une lourde peine. Quelle que soit la réponse, les interlocuteurs de Jésus espèrent donc qu’il se décrédibilise lui-même. Mais Jésus refuse de rentrer dans l’alternative proposée. Sa parole rétablit les dimensions plurielles omises par la question : le lien entre la responsabilité civile, culturelle et cultuelle d’un côté, et la destination ultime et transcendante de la vie qui dépasse l’immanence des préoc­cu­pa­tions liées à l’exercice des pouvoirs politiques et religieux.

La réponse de Jésus restitue au réel sa complexité et son unité. Le Dieu qu’il sert ne peut être ni absorbé par le monde ni coupé de l’inachèvement de l’histoire.

Le lecteur de cet Évangile ne peut rester dans une position d’observateur neutre. Le récit l’interpelle directement. « Pour toi, qui est aujourd’hui ce César dont tu possèdes les richesses, et qu’as-tu à lui restituer ? Compte tout ce que tu as reçu (une langue, des soins, de la sécurité, l’accès à l’information…), réinvestis pour les générations à venir (l’éducation, la confiance, l’écologie, un commerce plus équitable, un meilleur système de justice entre le Nord et le Sud…).

Mais en tout cela n’oublie pas que ta vie est placée devant Dieu. C’est de lui que tu tiens ton souffle. N’est-ce pas à lui aussi que tu le remettras, ce souffle qui est esprit ? Ce don dernier d’ailleurs, peut s’effectuer dès aujourd’hui. Ce que tu es, donne-le, comme le Christ. »

<br<VON KIRCHBACH Agnès






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