Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Renaître à l’espérance
 

19/7/14 -

Il est une génération de chrétiens qui demeurent mal à l’aise avec l’idée d’un « Dieu tout-puissant », selon une expression utilisée dans la liturgie catholique, par exemple dans les préfaces de la prière eucharistique ou les formules de bénédiction. Il n’est pas rare de lui entendre préférer l’idée d’un « Dieu tout amour ». S’il est juste et bon de critiquer la dérive de certains usages de la toute-puissance de Dieu le Père, surtout lorsqu’elle est utilisée aux dépens de l’être humain, la lecture de l’Écriture résiste à l’idée de passer la notion de « puissance » de Dieu par pertes et profits. La parabole du bon grain et de l’ivraie dans l’Évangile illustre ce dilemme.

Dans l’Écriture, l’ensemble des textes montre comment, avec le temps et dans un contexte où l’idée d’une vie après la mort n’allait nullement de soi, les croyants se sont progressivement libérés de la peur d’une puissance divine vengeresse qui s’exercerait à leurs dépens. La puissance de Dieu ne s’exerce pas aux dépens de l’homme comme tel selon un clivage qui opposerait l’homme à Dieu. Elle s’exerce au profit de la justice du Royaume et de sa miséricorde, ce dont les croyants ont pris progressivement conscience. Elle vise à offrir un avenir aux victimes de situations injustes.

L’extrait du livre de la sagesse proposé ce dimanche illustre cette autre approche de la puissance de Dieu. À la différence d’un usage répressif de la force, la puissance de Dieu est ici associée à sa justice, selon laquelle la force est utilisée avec humanité. Elle l’est aussi à la patience de Dieu, à l’indulgence de Dieu, au pardon des péchés, source d’espérance. Autant de termes rarement associés. Et pourtant, l’être humain expérimente combien patience et indulgence envers autrui et envers soi-même requièrent comme énergie de sa part. De même, dans l’Évangile, le maître refuse de retirer l’ivraie de peur d’arracher le bon grain. Cette décision exprime comment une puissance toute en retenue est exercée avec humanité. Devant la tentation d’une réaction trop rapide, que d’énergie mobiliser pour prendre le temps d’une décision juste.
Face à l’adversité des événements, face aux ruptures, face aux chagrins, une telle conception de la puissance de Dieu la présente comme un point d’appui stable proposé pour tenir bon. Dans l’histoire d’Israël, à chaque fois que la promesse de Dieu de donner vie et avenir à son peuple semblait sombrer dans les méandres des événements, elle est relancée par un croyant nourri d’une confiance de Dieu plus forte que ses doutes. Il se lève et mobilise le peuple de Dieu.

La puissance de Dieu n’est ainsi jamais dissociée de la réponse d’un homme ou d’une femme à son appel. C’est le oui de Moïse, le oui d’Isaïe, le oui de Jérémie, le oui de Marie. Chacun annonce le oui radical de Jésus à la veille de sa condamnation à mort sur la croix. Souvent fragile comme un « vase d’argile » (2 Co 4, 1-10), prononcé avec crainte et tremblement, ce « oui » ouvre la voie à l’expression de la puissance miséricordieuse de Dieu.

Comme les paraboles de la graine de moutarde et du levain l’indiquent, elle se révèle d’abord et avant tout force de résurrection, force de s’éveiller, force de se remettre debout, force de se lever. Mais, autre déplacement, la puissance dont il s’agit ici n’est pas d’abord associée à la première personne de la Trinité, le Père, terme qui, seul, implique une conception réductrice de la puissance de Dieu.

Dans cet extrait de la Lettre aux Romains, cette puissance de Dieu est associée à la personne de l’Esprit Saint. Celui qui est habité de la confiance de Dieu en est bénéficiaire parce qu’il y participe sous l’action de « l’Esprit Saint qui vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8). À la différence de l’idée clivante de « répression » à laquelle l’auteur du Livre de la sagesse reliait l’usage humain de la force, Paul, à la suite de Jésus, associe l’exercice de la puissance de Dieu à l’idée de participation des croyants et des communautés qui en sont bénéficiaires. Ils s’en font les médiateurs lorsqu’ils prennent en charge la charité de Dieu qui n’a d’autre but que de donner à l’être humain, confronté à l’adversité des événements, de bonnes raisons de renaître à l’espérance.

PICART François (prêtre de l’Oratoire)






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