Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Poussés comme toi au désert
 

21/2/15 -

« Le texte d’évangile de ce premier dimanche de Carême est aussi bref que court ! », dit en souriant cette paroissienne. Saint Marc, il est vrai, a l’art d’en dire tant en si peu de mots. Son récit surprend. Voici que l’Esprit pousse Jésus au désert alors que son baptême est « tout neuf » ! On pensait qu’il le propulserait vers un ministère actif et fécond. Les années de jeunesse et d’enfouissement à Nazareth n’ont-elles pas suffi ? L’urgence est d’exercer un ministère public, traverser les villes, prêcher, guérir, convertir. Le Christ, sauveur de l’humanité, a vocation à rejoindre les foules. Sa place n’est pas dans cette aridité désertique où nul être vivant ne subsiste, sinon… les bêtes sauvages.

Tout en nous résiste à ce retrait de Jésus au pays de la soif. Son baptême récent devrait, selon nos vues, être source d’un dynamisme immédiat. L’Évangile ne saurait attendre ! À quoi pense donc l’Esprit, en livrant Jésus aux affres de la solitude et de la tentation ? Nous n’aimons pas être disciples d’un Maître qui se retire en un lieu inhumain que, seuls, les anges visitent, pour marquer la sollicitude du Père envers son Fils. Nous n’aimons pas que notre Dieu nous précède dans la lutte intérieure que, tôt ou tard, nous livrerons. Nous n’aimons pas que notre Dieu affronte la faiblesse pour être totalement nôtre, à l’exception du péché. Comprendrons-nous que le disciple n’est pas au-dessus du Maître ? Si Jésus fait cette expérience, c’est pour forer profond en nous le désir intérieur de le choisir pour toujours. Nos déserts n’auront de sens que fondés sur le sien.

L’écrivain Saint-Exupéry disait : « Le désert, pour nous, était ce qui naissait en nous. Ce que nous apprenions sur nous-mêmes. » Ceci est vrai sur le plan psychologique. Mais l’Évangile nous entraîne plus loin. Avec Jésus, nous dépassons ce que certains appellent le « vertige horizontal ». Le désert spirituel est l’expérience du Christ avec nous. Il vient nous saisir et nous vivifier dans le dénuement le plus complet de notre âme. Le Carême est donc temps privilégié de la vérité sur nous-mêmes. Vérité reçue de la part du plus grand Amour que le désert ne saurait contenir. La proclamation de l’Évangile par Jésus prend force et résonance dans les quarante jours dont il ne fit pas économie pour lui-même. De même, notre décision de « faire Carême » ne sera pas une simple promesse formelle, si nous voulons être d’ardents annonciateurs de la Bonne Nouvelle.

Sans un Carême aussi humble que sincère, nous ne pourrons saisir la force et la portée de la Nouvelle Alliance incarnée en Jésus. Ce que l’Église nous propose n’est donc pas un parcours du combattant en solitaire afin de vaincre illusoirement les tentations désertiques. Ce que l’Église nous propose est de mettre nos pas dans ceux de Jésus, tenté quarante jours, mais jamais délié de la fidélité à son Père. Carême sans grandiloquence, mais qui soit la marque indéfectible envers Celui qui est tout pour nous. Carême de consentement aux passages de la nuit désertique afin que sa Lumière advienne. Prenons un exemple afin que ceci prenne chair en nous : trop souvent la société, et parfois aussi nos communautés, nous habituent à considérer autrui pour sa fonction ou son titre, bien plus que pour sa personne et son rayonnement. Comme s’il importait davantage d’être quelque chose que quelqu’un ! Peut-être la conversion nous attend-elle de ce côté dans la marche vers Pâques ? Réapprendre de Jésus à regarder autrui tel qu’en lui-même.

Il importe en effet à Jésus de savoir qui il est pour nous, car il ne cesse de nous révéler qui nous sommes pour Lui. À sa suite, laissons l’Esprit nous pousser au désert duquel tout sera renouvelé.

PODVIN Bernard






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