Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Pour que votre joie soit parfaite
 

9/5/15 -

Décidément, Jésus va trop loin. Être à son service ? D’accord. Mais devenir son intime ! Être un chrétien dévoué à la propagation de son message ? Volontiers. Mais être amis du Fils de Dieu ! L’effroi nous saisit.

Le monde d’aujourd’hui est difficile. Les persécutions revêtent une acuité impressionnante. Avouons-le, trop souvent, nous préférons rester sur le seuil. Être de loyaux exécutants des préceptes du Galiléen. Mais sans prétendre entrer dans ce vis-à-vis avec le Sauveur. Une fausse humilité nous envahit presque pour convaincre Jésus de renoncer à nous compter pour ses amis. Après tout, le serviteur a de grands mérites. Il tient bon dans une fidélité qui, en elle-même, n’est pas sans péril. Mais l’ami !…

Pourquoi Jésus prend-il ce risque de ne plus appeler « serviteurs » ceux qui ont failli plus d’une fois envers lui, depuis leur appel au bord du lac ? Amis… Cela signifie faire cause commune. Consentir à une communion. Partager une confidentialité. Est-ce sincèrement à cette amitié que nous a préparés notre « instruction religieuse » ? Est-ce cette indéfectible relation que nous enseignons aux catéchumènes, aux confirmands, aux fiancés, aux ordinands ?

Je n’oublierai jamais cette catéchiste, désormais nonagénaire. Elle ne cessait de nous dire : « Voulez-vous devenir amis de Jésus ? » Comme elle avait raison d’insister. Là est le chemin de la sainteté. Ici, réside la véritable dépossession. Le Maître veut que nous sachions ce qu’il fait, et qui il est, dans son identité profonde. Lâchons prise ! Ce n’est pas nous qui le choisissons. Devenir progressivement amis du Christ, c’est accueillir petit à petit cette certitude d’être choisis.

Le philosophe Fabrice Hadjaj dit : « N’est-ce pas trop grand pour nous ? Cette amitié n’est pas de celles que nous pourrions vouloir par nous-mêmes. Notre bassesse ne pouvait élire une telle hauteur. C’est cette hauteur qui est descendue nous chercher. » Le vertige nous prend toujours, tandis que nous contemplons l’amitié venue de lui. C’est le Seigneur qui nous élit, mais la décision intérieure de nous en remettre à lui relève de notre liberté. Acceptons-nous le changement de perspective ? Ne plus être des serviteurs honorables aux heures ouvrables. Mais devenir les amis de toute heure, en toutes les ombres et lumières, de Jésus, Chemin de l’humanité.

L’amitié, dont il est question en cet évangile du temps pascal, est à la fois un don et une quête. Toute notre vie sera découverte, dévoilement de la beauté divine de cette intimité. Pour vivre cet apprentissage permanent, les témoins de l’histoire nous seront précieux : « Il sert un bon Maître, celui qui jamais ne le perd du regard »,nous enseigne Thérèse d’Avila. De son côté, François d’Assise nous conseillera le don total : « Ne gardez pour vous rien de vous. Afin que vous reçoive tout entier celui qui se donne à vous entièrement. »

Dans l’ordinaire de chaque jour, certains objecteront : « Je suis incapable et indigne de parvenir à ce degré d’amitié avec Jésus. » Résistons à cette erreur de perspective. Le Christ n’est pas un sélectionneur élitiste qui barrerait l’espérance de ceux qui veulent le connaître en vérité. Par contre, n’oublions jamais que son Évangile bannit la tiédeur ! Non à la mollesse quand on doit brûler de tout son être pour la Bonne Nouvelle ! Tout acte d’amour, toute parole fraternelle est commencement. Il vient à nous, Celui vers qui nous peinons tant à nous rendre. Jetons-nous dans ses bras de miséricorde. L’évangéliste Jean nous écrit ces lignes d’expérience. Il parle si bien d’amitié car il a compris qu’un Ami divin se donnait totalement à lui. D’une telle relation, la véritable joie sera le fruit.

PODVIN Bernard






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