Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


« Plus j’offrais, plus je vivais » 30/8/14
 

30/8/14

Tout au long de l’été, la souffrance des chrétiens d’Irak, de même que celle des yézidis, a été exposée à la une des médias en raison des persécutions dont ils sont l’objet à cause de leur fidélité à leur religion. La béatification des martyrs de Corée et l’avancement du procès de béatification de Mgr Oscar Romero rappelaient aussi à un Occident marqué par une certaine indifférence religieuse qu’ailleurs, vivre en fidélité à sa foi est un choix qui expose aux persécutions et à la mort. Ces témoignages illustrent les propos de Jésus et du prophète Jérémie sur l’adversité, voire l’hostilité provoquée par la réalisation de la promesse de Dieu et la souffrance qui en résulte.

La souffrance n’a pas de sens, mais la fidélité à l’amour de Dieu a un prix. Le prix payé par Jésus sur la croix au terme de son procès ; avant lui, par Jérémie, ou par celui connu dans l’Écriture sous le nom de « serviteur souffrant », ou encore, après lui, par les martyrs. Depuis les commencements de la révélation judéo-chrétienne, le témoignage rendu à la réalisation de la promesse de Dieu dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ a ainsi partie liée avec la souffrance. Lui-même n’y a pas échappé. Son expérience est précieuse pour donner du sens à ce que nous vivons douloureusement face à l’adversité des persécutions ou celle des événements. Dans le mystère pascal, c’est par le Fils que Dieu répond au cri des hommes.

La souffrance n’a pas de sens, ce dont attestent, à travers leur construction, les psaumes qui expriment le cri que l’homme souffrant adresse à Dieu. La plainte est suivie par la confession de foi. Les deux sont juxtaposées sans lien de continuité logique entre l’une et l’autre. Dans cette juxtaposition, s’exprime une limite à la puissance du verbe, seul, à donner sens à la souffrance, à enfermer le serviteur souffrant dans une logorrhée étouffante. Mais le Verbe lui-même a expérimenté cette limite dans son incarnation en Jésus de Nazareth.

Sur la croix, le Verbe rejoint l’expérience si universellement partagée, où coexistent sentiment d’abandon de la part de Dieu qu’il sert, et confession d’une confiance offerte malgré tout. Qui peut relier les deux, sinon celui qui offre « sa personne et sa vie » (Rm 12) à l’action de l’Esprit Saint ? Le Serviteur souffrant entre dans une dynamique d’offrande, par laquelle il apprend comment relier sentiment d’abandon, de doute et confession de foi, avec des mots, des silences, des gestes qui deviennent prière. Une prière que seul le Serviteur souffrant peut balbutier, et personne à sa place. Si la souffrance n’a pas de sens, il montre, par sa fidélité, que l’amour de Dieu vaut mieux que sa vie.

En effet, le mystère pascal ouvre un chemin, lorsque dans « l’adoration véritable », le Serviteur souffrant s’abandonne et s’en remet entre les deux mains du Père que sont, dans la tradition d’Irénée de Lyon, le Fils et l’Esprit Saint. L’offrande de soi rejoint la mystérieuse offrande par laquelle Jésus-Christ a signé la Nouvelle Alliance. Avec une foi ainsi vécue et confessée dans la force de l’Esprit (1 Co 13, 3), le Serviteur souffrant laisse à Dieu le soin d’éclairer la part d’ombre de ce qu’il vit, cette part irréductible laissée par l’impression de discontinuité ou de morcellement qui nourrit le doute éprouvé par Jésus, par le psalmiste, par les « serviteurs souffrants » d’hier et d’aujourd’hui.

La souffrance n’a pas de sens, mais ce qui la provoque peut être offert à la lumière de l’Esprit Saint. Il éclaire les ténèbres, cautérise ce qui saignait, éveille ce qui dormait, selon une dynamique qui a conduit Simone Piguet et Grégory Turpin à témoigner que « plus j’offrais, plus je vivais (1) », et, finalement, confesser avec Paul que « ni la mort, ni la vie, ni les hauteurs ni les abîmes, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38-39).

(1) Simone Piguet, Grégory Turpin, Psychanalyse, album Attache-moi (2009).

PICART François






  Mentions légales   Contact   Intranet   Administration        Suivre la vie du site    SPIP