Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Marcher sur la mer.
 

9/8/14 -

Décidément, Jésus ne fait rien pour entretenir sa popularité ! Franchement, qu’est-ce qui lui prend de casser ainsi une ambiance aussi favorable à sa cause ? On était de si joyeuse humeur après la multiplication des pains. N’était-ce pas le moment de prolonger la fête et d’engranger les bénéfices de ce beau succès ? Au lieu de cela, il rompt le charme et oblige ses disciples à prendre la mer, comme ça, sans transition, tandis que lui se rend dans la montagne. Pourquoi cette brusquerie ? Comme s’il avait peur que la foule rassasiée ne s’endorme de satisfaction. Et pourquoi, surtout, cette séparation terre/mer, lui seul d’un côté, les disciples de l’autre ? Sans compter qu’il y a danger à affronter, le soir, des eaux aussi tumultueuses. Des pêcheurs expérimentés ne partent pas en mer quand les vagues sont démontées. Mais la théologie a ses raisons que la raison ne connaît pas…
« Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. » Comme si de rien n’était ! On comprend le bouleversement des disciples. Déjà tout retournés – toute une nuit ! – par l’affolement des flots, c’est à l’intérieur qu’une nouvelle tempête s’affole, bien plus inquiétante que l’autre : qui est-il celui-là qui calme le vent et grimpe dans la barque comme si elle était à quai ?

Matthieu connaît bien ses classiques. En bon pèlerin de la Bible, il a fréquenté les routes qui évoquent la victoire de Dieu sur les eaux et il sait qu’à plusieurs endroits du texte sacré « Dieu marche sur les hauteurs de la mer » (en Job 9, 8 par exemple, ou en Siracide 24, 5). Mais le premier évangéliste maîtrise aussi l’art de la catéchèse pour temps troublés. S’adressant à la communauté naissante, il voit bien que la barque des premiers chrétiens doit faire face à des vents contraires.
Alors, il place sur les lèvres de Jésus des mots tout simples en apparence mais chargés de transcendance : « N’ayez pas peur ! C’est moi ! » Il parle comme Dieu ! Car en grec, « C’est moi » veut dire « Je suis », c’est-à-dire Jhvh, le nom divin qu’on ne prononce pas…

Ne pas avoir peur quand la mer se déchaîne me remet en mémoire le bouleversant témoignage du P. Philippe Bacq. Atteint d’un cancer de la gorge et devenu aphone, il ne parlait plus que par écrit. À l’hôpital, pour engager le dialogue avec ses visiteurs, il avait constitué deux petits tas de fiches. Sur celles de gauche, des questions qu’il choisissait en fonction de l’interlocuteur ; sur celles de droite des réponses aux questions que les gens lui posaient d’habitude. « Par exemple, explique-t-il, sur une des fiches, je posais la question : ”Vais-je pouvoir reparler ? J’ai peur.” La plupart répondaient : “Mais oui, Philippe, évidemment, confiance.” Alors, je leur donnais une seconde fiche : “Comment le savez-vous ?” Seul un visiteur m’a répondu : “Je ne sais pas si tu pourras reparler mais ce que tu vis maintenant, comme tu le vis, nous aide pour le jour où nous serons nous-mêmes en difficulté.” Cette parole m’a fait grand bien, poursuit Philippe Bacq. Elle ne donne pas un sens à la souffrance, mais elle donne un sens à ce que je suis devenu dans la maladie. » Quelle leçon ! Mais quelle exigence aussi.

Marcher sur la mer de la souffrance et ne pas encourager la légèreté pour masquer sa peur.

Marcher sur la mer et oser affronter l’inquiétude et l’incertitude, jusqu’à rejoindre l’autre dans la barque de son angoisse.

RINGLET Gabriel






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