Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
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Libérés du découragement
 

14/3/15 -

Vous rappelez-vous cette histoire de serpent d’airain ? Oui ? Alors c’était quoi : un logo, une publicité, un trophée, une exposition artistique ? Un signe ! D’accord. Mais pourquoi fut-il levé ? De quel mal le peuple d’Israël avait-il besoin d’être guéri ?

Il importe de se remettre à l’écoute de cette histoire ancienne pour saisir ce que l’évangéliste écrit. Il met en parallèle l’élévation de la figuration d’animal venimeux et la crucifixion du Fils de l’homme. À moins qu’il ne faille entendre que cette exécution est en même temps la glorification du Christ auprès de Dieu. On connaît le langage johannique. Il aime le double sens des mots pour obliger la pensée à ralentir, à revenir en arrière et à reprendre le chemin de l’interprétation. Comme si à la première lecture, on n’avait pas tout saisi. Or il y va de la vie. De la vie telle que Dieu seul peut la donner. Une vie qui se déploie à partir d’une confiance et qui place celui ou celle qui se laisse porter par elle aux confluents de l’amour. Celui qui croit, dit l’évangéliste, perçoit que la vie abîmée dans la passion du Christ révèle, de fait, l’intime de Dieu.

L’histoire du serpent d’airain est complexe. Il ne suffit pas de se rappeler la fin heureuse, c’est-à-dire la guérison de ceux qui, mordus par ces animaux dangereux du désert, trouvaient la force de lever le regard vers le signe dressé par Moïse. De fait, l’apparition des serpents fait suite à une rupture de confiance. Un retrait hors de la relation porteuse de vie entre le peuple et son Dieu.

Le narrateur signale un découragement. Le lecteur du récit reçoit donc une information importante. Le découragement : chacun de nous sait combien il est difficile de repérer pour soi-même ce changement de météo intérieure. Car le propre du découragement, c’est qu’il reste longtemps méconnu par celui qui en est atteint. Le peuple d’Israël cheminant dans le désert est pris par une lassitude spirituelle, mais celle-ci n’est pas la conséquence d’un changement objectif. Il marche comme au jour précédent, il mange comme au jour précédent, il connaît l’environnement, les nuits étoilées, les heures de la soif… tout est pareil. Mais le regard sur soi et sur la situation a imperceptiblement changé. Et ce regard de soi à soi provoque le dégoût ; on ne se sent plus bien. Mais puisque la cause de ce sentiment n’est pas identifiée, on cherche un responsable. Quelqu’un doit être désigné pour qu’on puisse lui attribuer la survenue de ce mal-être. Et le peuple se met à accuser Dieu et Moïse. Il les soupçonne, l’un et l’autre, de vouloir provoquer leur mort – prématurée et inconfortable.

Le découragement dont il est question n’indique pas un coup de déprime saisonnier. Il est plus grave. Il atteint le cœur. Il gangrène la volonté de marcher avec un Dieu exigeant. Car celui-ci ne se contente pas du franchissement des barrières politiques et sociales. La sortie d’Égypte n’a de sens que si le peuple laisse derrière lui les esclavages in­té­rieurs : les attirances exercées par la peur devant le manque, l’illusion de la maîtrise du religieux ou les sentiments de jalousie, d’avidité et de domination, donnant lieu à des comportements violents. Comme si ces entraves intérieures mordaient aux talons, rendant incapable de poursuivre la route.

Ce qui délivre le peuple de la violence envers Dieu, c’est de faire face à ce qui a provoqué la blessure. Seul le « détournement » de l’accusation peut les guérir : reconnaître leur tort envers Celui qui désire les mener vers sa vie. L’Évangile ne nous dit-il pas la même chose ? Tourne-toi vers Celui qui te révèle ton tort. Tourne-toi vers Lui, sa parole te guérira.

VON KIRCHBACH Agnès






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