Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Les siens ne l’ont pas reçu
 

C’est aujourd’hui pour Jésus le retour aux sources. Tout semble bien commencer. Ses auditeurs, à la synagogue, sont frappés d’étonnement par l’autorité de son enseignement et la puissance de ses actes. L’enfant du pays devrait être congratulé en son « lieu d’origine ». Une fierté ne se développe-t-elle pas souvent dans les esprits de ceux qui ont vu croître une personne célèbre ? On savoure même fréquemment, dans les témoignages, l’écart entre la modestie des racines et la notoriété acquise. On l’accentue au besoin pour forcer le chauvinisme et faire du « prodige » une exception venue du plus humble des lieux. Tout va-t-il se dérouler de la sorte pour Jésus ? Une sagesse, dont on ne sait d’où elle vient, habite son être. De grands miracles s’opèrent par ses mains. N’est-il pas l’artisan ? Le fils de Marie ? Cette fascination autochtone, mêlée peut être de jalousie et de surprise, n’est cependant pas de la foi !
Admirer le Nazaréen n’est pas croire en Lui. Être intrigué par sa popularité n’est pas Le recevoir de l’intérieur. L’épreuve de vérité se dessine. Le choc humain et spirituel est indéniable pour Jésus. Marc précise, en son évangile, qu’il« s’étonne du manque de foi » de ceux qui l’ont vu grandir. François de Sales souligne également ce point dans une homélie : « À la vue de tant de prodiges, les hommes qui lui devraient la plus grande reconnaissance ne se convertissent pas. Oh, quelle chose étonnante, puisqu’elle étonne le Seigneur même ! » Nous touchons ici un aspect essentiel de la spiritualité chrétienne : plus nous professons Dieu incarné en Jésus, plus nous découvrons sa pleine liberté à l’égard de quiconque ; à commencer envers les siens. Comme insiste Paul VI :« Jésus est fils de Marie, sa mère selon la chair et notre Mère par notre participation à l’Esprit du Corps mystique. Jésus de Nazareth est le Christ des nations, explication mystérieuse et ultime de notre histoire. » L’enfant du pays ne se contingente donc pas dans une mémoire locale et possessive. On ne s’approprie pas sa destinée. Plus Dieu nous fait don de la pleine humanité de son Fils, plus il en désire le prophétisme. Comme dira le psalmiste, « Lui qui a engendré son Fils pour toutes les nations s’amuse de notre vain murmure ».
Il est rude pour Jésus de n’être pas reçu par les siens, mais cela n’entrave pas sa marche. Sa nourriture est d’accomplir la volonté de son Père. Il est venu pour que le monde ait la vie et non pour que d’aucuns accaparent son rayonnement. Ses compatriotes refusent de l’accueillir dans la justesse de sa dimension ? Il passe son chemin non sans nous avertir : « Nul n’est prophète parmi ses proches ! » Prions sur cette réalité. Ce qui advient à Jésus ne se vérifie-t-il pas chez ses disciples ? Sous diverses formes culturelles ou affectives, ne vivons-nous pas aussi, à notre humble mesure, l’épreuve d’une certaine vanité de l’annonce quand la proximité de notre histoire humaine stérilise notre liberté d’apôtre ? Il est capital d’y consentir, comme Jésus a pris acte de la non-réception de son message. Dieu est libre de la manière dont il désire se révéler à tout homme. Il suscite en chacun la liberté la plus fondamentale. Par exemple, les parents de ce jeune consacré furent franchement d’un accueil glacial envers la vocation de leur fils. Puis, ils prirent progressivement conscience que leur fils, selon la chair, ne leur appartenait pas. Il était heureux et rendait heureux son entourage. Cette fécondité inattendue pour eux, parvint, sinon à les réconcilier avec lui, du moins à consentir à un prophétisme plus grand qu’eux. C’est Nazareth, plus souvent que nous le pensons, dans le cœur des hommes aujourd’hui !
Père Bernard Podvin






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