Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Les mots de Jésus
 

Comment rendre compte des émotions qui surgissent en nous, nous traversent et nous structurent ? Certes, il y a les larmes ou le rire, les frissons, la sidération… Mais tout cela signale la présence d’émotions sans constituer pour autant une communication. Pour insérer ce vécu dans un partage avec autrui, il faut passer par un travail important : chercher des mots. Ce passage à la parole produit une certaine distanciation, il rend possible le dialogue, l’échange. Mais qu’en est-il des expériences spirituelles ? Comment rendre compte de ce Dieu qui nous visite et soulève en nous un désir puissant de communiquer sa grâce ? Comment parler de ces réalités qui ne relèvent ni des savoirs ni des émotions ?
À lire les Évangiles, nous nous apercevons que cette question s’est posée aussi à Jésus. Comment rendre compte à son entourage de cette plénitude de vie intérieure et de cette conviction inébranlable que le projet de Dieu l’emportera sur toutes les déviances humaines ? Les langages du Christ sont variés et passent par des mots ou des gestes. Souvent il enseigne. Mais cet enseignement n’emprunte guère le discours conceptuel. Il s’appuie plutôt sur ces petites histoires inventées à partir des réalités toutes simples de la vie de tous les jours. Nous les appelons paraboles.
La lecture de ce dimanche nous en propose deux. Leur point commun est la référence au Royaume de Dieu et le renvoi aux expériences des gens qui travaillent la terre, agriculteurs ou jardiniers. Tout ce qui est dit de l’interaction entre un cultivateur et la production agricole correspond à nos propres observations. Même en situation urbaine, nous savons reconnaître combien nous dépendons de la nature.
Le terme Royaume de Dieu, lui, constitue l’une des énigmes les plus difficiles à déchiffrer dans le cadre du Nouveau Testament. Tantôt il apparaît comme un don à recevoir, tantôt comme une réalité à construire. Jésus déclare qu’il est déjà présent, mais aussi encore à venir. Impossible de l’observer. Et pourtant il oriente la prière du Christ et toutes ses décisions.
En parlant du Royaume de Dieu, le Christ indique à ceux qui l’écoutent de quelle joie il parle. Et en vue de quelle réalité il est en route. Et puisqu’il est impossible de donner envie à autrui de se mettre en recherche spirituelle en lui fournissant des informations ou des injonctions, Jésus propose une histoire. Il invite ainsi l’auditeur à sortir de son immobilité spirituelle et à chercher, par lui-même, à s’approprier (vivre ?) le présent comme ce lieu où Dieu vient aussi à sa rencontre à lui.
Confiance, ce mot résume probablement au mieux les attitudes décrites dans la première des paraboles de ce jour. Celui qui sème a besoin de nourriture. La terre pourra lui offrir le nécessaire pour continuer la route s’il accepte que les graines s’enfoncent dans la terre, sans y gratter jour après jour avec angoisse pour vérifier le résultat.
Pour sa part, Jésus sait qu’il ne maîtrise pas l’efficacité de sa parole dans le cœur de ses auditeurs. Il accepte de travailler sans savoir à l’avance quelle sera la récolte. Il fait confiance : un Autre que lui veille et donne la moisson nécessaire à la vie de son peuple.
Et la deuxième histoire ? Elle paraît moins proche de la réalité biologique : la graine de moutarde n’est pas la plus petite des semences et la plante ne donne pas des branches d’une telle envergure. L’histoire est excessive. Pour notre bonheur. Les dimensions du Royaume de Dieu ne coïncident pas avec nos petits prés carrés. On entend dans cette histoire comme la jubilation profonde de Jésus. Ce que fait advenir son Père dépasse infiniment ses propres efforts et ses échecs.
Et nous ? Comment traduire nos expériences du Christ pour que d’autres découvrent que la joie de Dieu les concerne ?

Agnes von Kirchbach






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