Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence
Paroisse Saint Martin de la plaine de Valence


Les gestes et la parole
 

6/6/15 - 00 H 00

Le geste fait partie de la vie quotidienne. On n’y réfléchit guère. C’est une habitude. En tout cas en Europe. Le pain est là, sur la table, chez le boulanger, au pire au congélateur. Il suffit de le prendre, et d’en manger, un morceau après l’autre. Même si le pain ne constitue plus notre nourriture principale mais se consomme surtout en accompagnement d’autres plats, il évoque pour nous un essentiel. Nous ne sommes pas équipés pour une existence en autonomie. La vie s’arrêterait si nous ne mangions pas. De là, la forte charge symbolique liée au pain. Il vient à exprimer tout ce dont nous avons besoin : produits de la terre et du travail de nos mains, investigations scientifiques et sécurité, bienveillance humaine et haltes pour refaire nos forces, amitié et partage des savoir-faire, paroles et silence.

L’Évangile inscrit le geste du Christ dans cette longue tradition. Mais d’autres gestes s’y rajoutent. Et des paroles. Tout d’abord la prière, cette orientation intérieure vers Celui qui tient et appelle nos vies à proximité de la sienne. Jésus rend grâce. À la veille de cette mort violente qu’il subira, le maître dit merci. Pour quoi ? Nous ne le savons pas explicitement mais cette action de grâce s’inscrit certainement dans la tradition spirituelle qui reconnaît la fidélité de Dieu se manifestant et agissant dans l’histoire des humains. Rendre grâce au milieu de la violence, c’est transformer de l’intérieur ce que l’on ne peut changer. Pour le Christ, c’est subvertir le martyre en sacrifice, une assignation de sens ultime en Dieu de ce qui demeure insoutenable par ailleurs, le meurtre pour blasphème.

Puis vient le geste du partage. Rompre le pain et le donner sont des actions toutes simples, mais nécessaires si l’on désire que d’autres reçoivent de cette nourriture. Jésus donne le pain et la coupe ; et il se donne. Toute sa vie a été communion avec le Père et communion avec ses disciples. Cela restera vrai au-delà de la mort. L’Esprit le lèvera du tombeau et nous le rendra présent quand, en lui, nous devenons nous-mêmes hommes et femmes d’action de grâce.

La perspective de ce dernier repas est eschatologique. Elle évoque la libération dernière et définitive du monde de sa fragilité. Elle invoque la force créatrice de Dieu dans le présent du monde. Dans le Christ, le lendemain de l’humain n’est plus seulement sa mort, mais son accueil dans le Royaume de Dieu. En Christ, Dieu vient à la rencontre du monde. Il est sa limite et le garant de sa transformation. Le salut désiré ne saurait être réservé à quelques-uns. Israël et les nations sont convoqués ensemble à passer dès aujourd’hui vers une ouverture et un accueil réciproques qui puisent leur audace dans ce qui est déjà accompli : en Dieu une communion construite sur l’altérité. L’amour se reconnaît ainsi.

Comment cette vie se reçoit-elle ? Une vie au-delà des émiettements, au-delà des corrosions des rêves ? Ni les efforts éthiques ni les enseignements, même s’ils viennent du Christ. Pour vivre il faut autre chose : l’accueillir, le recevoir, lui, comme le don surprenant du Père. Jésus tend le pain à ces disciples. Il leur présente la coupe. Sa parole accompagne les gestes. Elle donne une nouvelle destination, une nouvelle densité à cette nourriture pascale. La première Alliance, celle du Sinaï, n’est ni oubliée ni balayée. Elle s’approfondit dans un accomplissement totalement inattendu. Dans la réalité du monde, dans son opacité même, la foi discerne une nouvelle présence. Celle-ci demeure humble, comme Jésus de Nazareth a été humble. Du pain et du vin. Une présence qui touche au corps et le nourrit réellement.

VON KIRCHBACH Agnès






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